Arkéa Ultim Challenge: L'Histoire de la Course au Large Redéfinie par les Ultim

Les Ultim, ces bateaux de course au large parmi les plus rapides de la planète, capables d'effectuer un tour du monde en "volant", représentent l'aboutissement d'un long processus d'innovation technologique et sportive. Leur développement, étalé sur une quinzaine d'années, a conduit à des machines exceptionnelles, aptes à raccourcir considérablement les distances en mer.

Genèse et Évolution du Concept Ultim

L'émergence des Ultim n'est pas le fruit d'une conception unique et instantanée, mais plutôt d'une évolution progressive. Groupama 3, lancé en 2006, est souvent considéré comme le précurseur de cette catégorie. À une époque où les trimarans de course au large standardisés (ORMA) mesuraient 60 pieds, et où les grands multicoques de record étaient principalement des catamarans de 30 à 40 mètres, Groupama 3 se distinguait par sa ressemblance à un trimaran ORMA agrandi. Sa taille atypique de 31,50 mètres résultait d'une stratégie visant à optimiser les coûts tout en maximisant la taille en fonction de l'équipement disponible. Selon Stéphane Guilbaud, secrétaire général de la classe Ultim et team manager de Groupama à l'époque, le dimensionnement du bateau fut déterminé par le plus gros winch disponible chez Harken, qui définissait la surface de voile d'avant maximale.

Franck Cammas, alors skipper de Groupama 3, a marqué les esprits en remportant le Trophée Jules Verne en 2010 (en 48 jours, 7 heures, 44 minutes et 52 secondes), suivi de la Route du Rhum la même année. Cette victoire a souligné la capacité d'un trimaran léger et puissant à surpasser les catamarans en termes de polyvalence. Groupama 3 a également prouvé qu'il était possible de naviguer en solitaire sur un trimaran de 100 pieds, une tâche auparavant considérée comme impossible.

L'Ère du Vol et le Changement de Paradigme

Un tournant décisif dans l'histoire des Ultim fut la Coupe de l'America 2013 à San Francisco. Bien que l'idée de voler sur l'eau ne fût pas nouvelle (Éric Tabarly l'avait imaginée dès 1979), c'était la première fois que des bateaux capables de naviguer au près, au vent arrière, de virer et d'empanner sans toucher l'eau, et à des vitesses stupéfiantes, étaient présentés au public. Ce spectacle a provoqué un engouement général dans le monde de la course au large, incitant de nombreux acteurs à explorer le potentiel du vol.

Malgré cet enthousiasme, une certaine prudence restait de mise lors du développement de ces machines de course au large, surtout lorsqu'il s'agissait de les concevoir pour un tour du monde. Thomas Coville, dès 2008, envisageait déjà un multicoque de record capable de naviguer autour de la planète. Après une première collaboration avec Irens-Cabaret, il a transformé l'ancien Geronimo d'Olivier de Kersauson en un trimaran optimisé selon la jauge Ultim, rebaptisé Adagio. De son côté, François Gabart a lancé son trimaran Macif en 2015, intégrant des foils et des plans porteurs sous les safrans, tout en conservant une dérive classique. Bien que Macif ne volât pas complètement, il a pulvérisé le record du Tour du monde en solitaire sans escale, le Trophée Saint Exupéry, précédemment détenu par Thomas Coville.

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Parallèlement, l'équipe Gitana a expérimenté des plans porteurs sur les safrans d'un MOD 70, remportant la Transat Jacques Vabre 2015. Cette expérience a renforcé leur conviction qu'un bateau entièrement volant pouvait accomplir un tour du monde. L'étude d'Edmond de Rothschild, confiée à Guillaume Verdier, architecte de Team New Zealand, a abouti à la conception d'un bateau polyvalent, capable de naviguer en solo, en équipage, en course et en record. Bien que l'équipe n'ait pas adhéré formellement à la Classe Ultim dès sa création en 2016, elle s'est assurée de respecter le cadre physique fixé par le règlement.

Le Maxi Edmond de Rothschild, mené par Sébastien Josse, a été le premier Ultim à voler à 100 % grâce à ses foils, ses safrans de flotteur et de coque centrale, et sa dérive équipée d'une aile de raie (plan porteur). Malgré des débuts difficiles, ce bateau a imposé un nouveau standard de performance. D'autres équipes, comme Banque Populaire avec Banque Populaire IX puis XI, Thomas Coville avec Sodebo Ultim 3, et François Gabart avec SVR - Lazartigue, ont suivi cette voie, développant des bateaux entièrement volants.

L'Arkéa Ultim Challenge: Un Tour du Monde Inédit

L'Arkéa Ultim Challenge, dont le départ a été donné le dimanche 7 janvier 2024 à Brest, marque une étape importante dans l'histoire de la course au large. Six marins chevronnés se sont lancés dans cette première course autour du monde en solitaire à bord de maxi-trimarans. Ce périple de 40 000 km les a conduits à franchir les trois caps emblématiques (Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn), représentant un défi extrême jamais réalisé en course au large.

Les six skippers engagés étaient :

  • Charles Caudrelier sur Maxi Edmond de Rothschild
  • Tom Laperche sur le trimaran SVR-Lazartigue
  • Anthony Marchand sur Actual Ultim 3
  • Armel Le Cléac'h sur Maxi Banque Populaire XI
  • Thomas Coville sur Sodebo Ultim 3
  • Éric Péron sur Trimaran Adagio

Cette course emprunte le même parcours que le Vendée Globe, mais autorise les escales techniques, avec un temps d'arrêt minimum de 24 heures. Chaque skipper avait la possibilité d'activer deux fois un "mode ghost" de 24 heures, masquant sa position géographique à ses concurrents et au public.

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Le village départ, installé Quai Malbert à Brest, a offert gratuitement des animations et des expositions au public jusqu'au jour du départ, créant un événement populaire et festif.

Victoire de Charles Caudrelier et Bilan de l'Édition 2024

Charles Caudrelier a remporté la première édition de l'Arkéa Ultim Challenge, devenant le premier navigateur de l'histoire à gagner une course autour du monde en solitaire en multicoque. Malgré des blessures physiques et l'usure de son voilier, il a maintenu le cap, effectuant une escale technique aux Açores pour éviter la tempête Louis.

Cette victoire a confirmé le talent de Charles Caudrelier et a marqué l'histoire de la course au large. Gitana 17, son Ultim, est le premier à avoir réalisé cet exploit en volant au-dessus des flots.

Sur les six skippers au départ, cinq ont rallié l'arrivée, témoignant de la fiabilité des Ultim et du travail acharné des équipes techniques. Guillaume Rottée, le directeur de course, a souligné le succès technique de cette édition, malgré les doutes initiaux sur la capacité des Ultim à réaliser un tel challenge.

L'Arkéa Ultim Challenge a également été un succès populaire, attirant plus de 230 000 personnes sur les différents sites de l'événement. La course a généré d'importantes retombées médiatiques, avec plus de 8600 apparitions dans les médias et 54 millions d'euros d'équivalent publicitaire. Les canaux digitaux de la course ont été largement suivis, avec des millions de vues sur les réseaux sociaux et le site Internet.

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Impacts et Perspectives d'Avenir

L'Arkéa Ultim Challenge a permis de sensibiliser le public à la protection des océans, avec la mise en place de Zones de Protection des Cétacés (ZPC) sur l'ensemble du parcours et des actions de sensibilisation auprès des jeunes.

Le succès de cette première édition a confirmé l'intérêt pour ce type de course extrême et a ouvert la voie à de nouvelles perspectives pour la classe Ultim. Une deuxième édition est prévue pour l'hiver 2027-2028, promettant d'être encore plus intense et spectaculaire.

Julien Carmona, Président du Crédit Mutuel Arkéa et du Crédit Mutuel de Bretagne, a souligné la fierté d'avoir accompagné cet événement en tant que sponsor titre, valorisant ainsi le territoire et ses acteurs. François Cuillandre, Président de Brest Métropole et maire de Brest, a salué l'engouement populaire suscité par la course et a confirmé la mobilisation de la collectivité pour la prochaine édition. Loïg Chesnais-Girard, Président de la Région Bretagne, a mis en avant les valeurs partagées entre la Bretagne et les marins d'exception qui ont participé à cette aventure. Maël de Calan, Président du Département du Finistère, a souligné l'excellence des navigateurs bretons et l'engagement de toute une filière dans la course au large.

Patricia Brochard, Présidente de la Classe ULTIM, a salué l'exploit réalisé par les skippers et a souligné l'aboutissement de 10 ans de construction et de développement. Joseph Bizard, Directeur Général d'OC Sport, a confirmé que l'Arkéa Ultim Challenge s'imposait désormais au Panthéon de la course au large et a remercié tous les partenaires pour leur engagement.

Charles Caudrelier, Thomas Coville et Tom Laperche ont partagé leurs impressions sur cette course hors du commun, soulignant les défis, les émotions et les souvenirs inoubliables qu'elle a engendrés.

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