Comprendre et surmonter l’aquaphobie : un guide complet

L’aquaphobie est une peur intense et irrationnelle de l’eau qui peut aller de la simple appréhension à une panique totale. Les personnes aquaphobes peuvent ressentir une forte anxiété ou une peur panique face à l’eau, même lorsqu’elle est peu profonde ou calme. Cette proportion augmente avec l’âge : 5 % chez les 15-24 ans et plus de 35 % chez les 65-75 ans. Cette peur du milieu aquatique, plus ou moins ancrée, peut survenir très jeune et perdurer aux fils des années. Qu’il s’agisse des enfants ou des adultes, la phobie de l’eau peut toucher absolument tout le monde. Et parmi les peurs qui existent aujourd'hui, cette dernière peut devenir très handicapante. En effet, au-delà de la classique baignade de vacances que l'on aimerait apprendre à apprécier, certaines personnes développent une crainte globalisée du milieu aquatique.

Définition et manifestations de la peur de l’eau

Pour parler d’une peur intense de l’eau à tel point que celle-ci en devient une phobie, on parle d’aquaphobie. Côté étymologie, le terme aquaphobie vient du latin aqua signifiant eau, et du grec phobia, comprenez peur. Quant à lui, le dictionnaire Larousse définit l’aquaphobie comme étant une « crainte angoissante d'une situation, d'un objet ou de l'accomplissement d'une action », ou encore « d’une peur instinctive de quelque chose ». L'aquaphobie est souvent confondue avec l'hydrophobie, bien que ces deux termes soient différents. La peur de l’eau est aussi parfois confondue avec le fait d’avoir peur de l’eau car vous ne savez pas faire de la natation. Au contraire, l’aquaphobie fait partie des troubles anxieux. Elle est persistante et échappe au contrôle des personnes qui en souffrent.

La phobie de l’eau va générer une réaction plus ou moins angoissante et bloquante pour la personne concernée, que ce soit autour d’un point d’eau (plage, piscine, lac…) et parfois même sous la douche. Cette peur peut se manifester autant face à de grandes étendues d’eau que des plus petites, comme les piscines. Lorsque l’aquaphobie est vraiment sévère, elle peut même vous empêcher d’aller dans une baignoire. Les symptômes les plus courants de l’aquaphobie sont : des sueurs froides, votre rythme cardiaque qui s’accélère, une peur persistante et excessive, des tremblements et des frissons, votre bouche qui devient sèche, des difficultés à respirer, des vertiges, des crises de panique, des troubles du sommeil, et le fait de vouloir éviter l’eau.

Les origines de l’aquaphobie

Les causes qui déclenchent une aquaphobie sont nombreuses et appartiennent à l’expérience de chacun·e. Cette peur peut d’ailleurs survenir à tout âge, bien que, dans la majorité des cas, elle apparaisse assez jeune et perdure ensuite au fil des ans, voire s’intensifie lorsqu’elle n’est pas prise en charge. Ainsi, l’aquaphobie peut être due à un événement traumatisant dont on se souvient ou non, et que l’on a vécu directement ou non (par exemple, en ayant échappé à une noyade ou en ayant été témoin de la noyade d’une autre personne, ou encore si l’on a été poussé·e/brusqué·e dans l’eau contre notre gré).

L’aquaphobie peut aussi vous avoir été transmise par vos parents. Si vos parents étaient aquaphobes, il se peut qu’ils vous aient transmis cette peur de l’eau inconsciemment. Le simple d’associer et de qualifier le milieu aquatique comme dangereux peut vous donner une peur bleue de l’eau. Et ça, même avec une personne qui n’est pas de votre famille. Voir quelqu’un subir sa phobie ou l’entendre parler de sa peur peut causer de l’anxiété. Enfin, une mésestime de nos propres capacités à nager (que l’on sache nager ou non) ou un manque de confiance en soi dû à un jugement extérieur non-fondé peuvent également jouer un rôle majeur.

Lire aussi: Apprendre à nager : le guide étape par étape

L’approche thérapeutique : TCC et exposition

Parfois, le degré d’aquaphobie dont est atteint une personne est tel qu’il n’est pas possible pour cette dernière d’envisager de vaincre sa phobie en étant physiquement confrontée à l’eau. Dans ce cas-là, il est possible d’envisager une thérapie comportementale et cognitive (TCC). La thérapie comportementale et cognitive a pour objectif de vous aider à identifier, à comprendre, et à modifier les schémas de pensées dont l’influence sur vos comportements et vos émotions est négative et nuisible. Pour ce faire, le·la psychologue, psychiatre, ou psychothérapeute à qui vous faites appel va vous confronter à votre phobie en vous amenant à vous demander pourquoi est-ce que vous avez peur de l’eau.

Juste après vos séances de TCC, vous allez pouvoir passer à la thérapie d’exposition. Pendant cette thérapie, vous allez être exposé·e aux sources de votre phobie (toujours en lieu sûr). Votre thérapeute va noter vos réactions, vos pensées, vos sensations et vos sentiments face à ces sources de peur. Tout ça va alors lui permettre de vous aider à contrôler votre anxiété face à l’eau. On cherche d’abord à modifier le comportement de la personne aquaphobe, en affrontant de façon progressive, jamais brutale, l’objet de sa peur. Puis on travaille sur ses pensées : « pourquoi ai-je peur ? », « ai-je raison d’avoir peur ? ». Il s’agit d’amener la personne à reconsidérer ses pensées et ses « croyances » pour la ramener sur des éléments réalistes. L’hypnose peut aussi jouer un rôle bénéfique pour vous aider à déprogrammer la peur de l’eau, notamment en cherchant le déclencheur de l’aquaphobie dans ses souvenirs, conscients ou inconscients.

Les cours d’aquaphobie : enjeux et méthodologie

Pour venir à bout de l’aquaphobie, certaines piscines proposent des cours. Les cours d'aquaphobie se déroulent en petits groupes avec le coach dans l’eau afin de coller au plus près aux besoins spécifiques et au degré de peur de chacun. Il est essentiel de réaliser que les cours d’aquaphobie s’adressent aux personnes motivées à l’idée de surmonter leur phobie. On ne peut, en effet, aucunement forcer un·e aquaphobe à vaincre sa peur puisque le processus de soulagement de l’aquaphobie ne peut évidemment être entamé sans la volonté de la personne concernée à aller mieux.

Au programme ? Apprivoisement de l’eau à votre propre rythme et apprentissage des techniques de respiration. Les moniteur·trices vont également vous aider à entrer dans l’eau progressivement et au gré de votre envie, à vous tenir à la verticale, à vous déplacer dans l’eau en toute sécurité, à découvrir la flottaison, à apprendre à mettre votre tête sous l’eau sans appréhension (et toujours si vous vous en sentez capable), et à ne pas paniquer lorsque vous n’avez plus pied. Bref, vous l’aurez compris, l’objectif des cours d’aquaphobie n’est pas d’apprendre à nager mais bien de (re)trouver progressivement le plaisir d’être serein·e et détendu·e au contact de l’eau.

Certains professionnels, comme ceux de la méthode "Le Pied dans l’eau", soulignent néanmoins une nuance importante : le mot "aquaphobie" désigne une pathologie qui relève de la compétence psychiatrique et non du maître-nageur. Selon cette vision, il serait préférable de parler de "cours de bien-être aquatique" plutôt que de "cours d’aquaphobie". Pour ces experts, les personnes qui viennent en cours ne sont pas réellement aquaphobes au sens clinique, mais ont peur dans l’eau, ce qui se traite par un apprentissage progressif et sécurisant, sans jamais brusquer l'élève.

Lire aussi: Surf à 40 ans : comment s'y prendre ?

Méthodes d’auto-apprentissage et exercices progressifs

Si vous souhaitez avancer à votre rythme, différentes manières de vaincre l’aquaphobie existent. Vous pouvez commencer par tenter de vous sentir à l’aise dans votre baignoire. Pour cela, vous pouvez par exemple disposer des huiles essentielles dans l’eau, leurs vertus relaxantes vous aideront à vous détendre. Faites le test du verre d’eau : plongez un verre vide à l’envers dans une bassine. Vous constaterez que l’air reste à l’intérieur du verre ! Eh bien c’est le même principe lorsqu’on plonge la tête sous l’eau : l’air reste dans le nez et empêche ainsi l’eau d’y pénétrer tant qu’on ne penche pas la tête en arrière.

Si vous vous en sentez capable, à la piscine, essayez de vous immerger jusqu’à la taille puis d’aller poser vos mains sur le sol. Vous vous rendrez compte que votre corps remonte tout seul à la surface : il flotte ! En effet, lorsque vos poumons sont remplis d’air, vous ne pouvez pas couler. Il est aussi conseillé d'utiliser des accessoires pour se sentir en sécurité. Matthieu Chadeville, maître nageur, note : « je pense que dans un premier temps, tous les moyens sont bons pour se sentir à l’aise. La personne doit se sentir sécurisée, et si elle a besoin d’un pince-nez pour l’être, alors pourquoi pas ! ». Enfin, ne sous-estimez pas le pouvoir de la respiration : en respirant profondément et calmement, vous vous ancrez dans le moment présent ainsi qu’à vos sensations réelles et non à celles que vous projetez ou que vous craignez de ressentir.

La prévention et l’accompagnement des enfants

Apprendre à ses enfants à gérer leur peur est crucial. Chez de nombreuses structures spécialisées, les enfants apprennent par le jeu et deviennent de plus en plus à l’aise dans l’eau. Les cours de natation pour enfant sont souvent découpés en niveaux : les « petit bain » permettent de découvrir et appréhender l’eau afin d’avoir les bons réflexes, tandis que les « grand bain » sont faits pour que vos enfants découvrent les bases de la natation. Il est fondamental de ne jamais brusquer ou forcer une personne aquaphobe, enfant ou adulte, à apprendre à nager. Surprendre un·e aquaphobe en l’éclaboussant ou en le·la jetant à l’eau est aussi extrêmement dangereux. Il est effectivement essentiel de comprendre qu’une phobie induit un contrôle de la part de celui ou celle qui la subit. En prenant une personne aquaphobe par surprise, on lui retire toute possibilité de contrôle et concourons donc à accentuer sa peur de l’eau.

Lire aussi: Techniques de brasse pour débutants

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *