Antoine Joubert, navigateur au parcours distinctif, a récemment brillé sur la scène internationale de la voile de compétition, marquant son empreinte de manière significative. Son voyage, loin des côtes bretonnes traditionnellement associées à ce sport d'exception, témoigne d'une persévérance et d'une passion inébranlables qui l'ont mené des plans d'eau intérieurs de Chambray-lès-Tours aux podiums des transatlantiques les plus exigeantes. En novembre 2025, Antoine Joubert s'est distingué en montant sur le podium de la Transat Café L’Or, anciennement connue sous le nom de Transat Jacques-Vabre. Il a décroché une impressionnante troisième place en duo avec Luke Berry, une performance remarquable dans la catégorie des trimarans Ocean Fifty. Cet accomplissement est le fruit d'années d'engagement et d'une détermination sans faille. Quelques semaines après cette prouesse maritime, le 24 janvier 2026, Antoine Joubert était de passage à Chambray-lès-Tours. Cette visite fut l’occasion pour lui de revenir au lac de ses débuts, un lieu empli de souvenirs et d'une signification particulière dans sa trajectoire de marin.
Les Premières Voiles : Une Vocation Née Loin de la Mer
La voile, pour Antoine Joubert, n’est pas une activité découverte à l'âge adulte, mais une passion profondément enracinée dès l’enfance. Il l'exprime avec une anecdote éloquente : « À la maternelle, les autres dessinaient des maisons, moi je dessinais des bateaux. » Cette vocation précoce fut rapidement encouragée par son entourage. C'est en 1998 que ses parents, attentifs à cette fascination naissante pour le monde maritime, l’inscrivent au club de voile de Chambray-lès-Tours. Ce club représentait une section de l’USC, l’Union Sportive de Chambray, et avait été créé et présidé par Philippe Baudot. Aujourd’hui disparu, Philippe Baudot a joué un rôle déterminant dans les premiers pas d'Antoine Joubert. Le navigateur lui rend d'ailleurs un vibrant hommage en déclarant : « Venir ici c’est lui rendre hommage, il m’a permis d’en arriver là où je suis. »
Le jeune Antoine, animé par une ardeur inaltérable, fréquentait assidûment le lac de Chambray-lès-Tours. Il y était présent le mercredi, le samedi, et durant toutes les vacances scolaires, profitant de chaque opportunité pour tirer des bords en Optimist, le dériveur emblématique des écoles de voile. C’est sur ce plan d’eau, au cœur de la Touraine, qu’il a fait ses premières compétitions, se familiarisant avec les rudiments de la course et la stratégie navale. Ces expériences formatrices ont jeté les bases d'une carrière exceptionnelle. Devant l'intensité de cette passion grandissante et l'engagement indéfectible de leur fils, ses parents prennent une décision de vie majeure : ils choisissent de s’installer sur la côte, posant leurs valises à Vannes, dans le Morbihan, terre de prédilection des marins. C'est à partir de ce moment que la voile, d'un simple loisir d'enfant, commence sa transformation pour devenir le métier d'Antoine Joubert. Ce parcours se distingue d'ailleurs de celui de nombreux de ses pairs, comme il le souligne avec une pointe d'humour : « J’ai une histoire différente des autres skippeurs, ils sont presque tous bretons. » Ce cheminement, ayant ses racines loin des embruns de l'Atlantique, confère à sa trajectoire une originalité et une détermination particulières.
L'Ascension vers le Multicoque et les Partenariats Clés
Après avoir fait ses premiers pas de marin à Chambray-lès-Tours en 1998, avec l’Union Sportive de Chambray, section voile, Antoine Joubert a progressé de manière constante dans le monde de la course au large. Le passage à la catégorie des multicoques a représenté une étape majeure dans son évolution professionnelle. Ce changement de support est intervenu après cinq années passées en Class40, une classe monocoque réputée pour ses courses exigeantes. En franchissant le cap des multicoques, le skipper s'est orienté vers des machines plus rapides et plus complexes, nécessitant une expertise technique accrue et une gestion d'équipe différente.
C'est dans ce contexte qu'a pris toute son importance la collaboration avec Luke Berry, un skipper expérimenté et reconnu dans le milieu. Ce navigateur malouin, qui est également ingénieur de formation, présente un palmarès bien fourni, attestant de son talent et de sa persévérance. Parmi ses réussites notables, on compte notamment une impressionnante septième place lors de la Route du Rhum 2022, acquise en Class40, ainsi qu'une victoire éclatante sur la Rolex Fastnet Race en 2023. La transition de Luke Berry vers les multicoques a été concrétisée par la mise à l'eau de son trimaran le jeudi 9 mars 2023, à la base nautique de Lorient. Ce bateau n'était autre que l'ancien Primonial de Sébastien Rogues, un engin de course qui avait déjà fait ses preuves. Ce fut un grand jour pour Luke Berry, ses partenaires et l’ensemble de son équipe, marquant le début d'une nouvelle ère et l'engagement dans une catégorie où la performance repose sur des machines d'une puissance et d'une vélocité supérieures.
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Le passage sur un « support plus grand et plus rapide » comme l'Ocean Fifty a inévitablement impliqué de nouvelles exigences. Selon Luke Berry lui-même, cela « nécessite de gérer une équipe plus conséquente et d’agrandir le pool de partenaires. » La classe des Ocean Fifty a connu des évolutions significatives en termes de compétitions. En 2024, elle a lancé une nouvelle série d'événements, l’Ocean Fifty Series, qui a pris la relève du Pro Sailing Tour. Ce circuit est conçu pour offrir un équilibre entre les régates inshore, disputées près des côtes, et les épreuves offshore, des courses au large qui testent l'endurance des marins et de leurs embarcations. La combinaison de ces formats de course permet de mettre en lumière la polyvalence des équipes et des bateaux, tout en garantissant un spectacle nautique varié et captivant. L'intégration d'Antoine Joubert dans cette dynamique de la classe Ocean Fifty, aux côtés de Luke Berry, a permis de former un duo complémentaire, essentiel pour aborder les défis techniques et stratégiques de ce type de compétition. La recherche de sponsors, une étape capitale dans la vie d'un skipper comme Antoine Joubert, se concrétise également par des partenariats solides. Lamotte, par exemple, s’engage comme partenaire titre de Luke Berry et de son trimaran, travaillant aux côtés de l’association Le Rire Médecin, témoignant d'une démarche qui combine performance sportive et engagement solidaire.
Des Défis Atlantiques aux Triomphes sur l'Ocean Fifty
La saison 2023 fut marquée par un objectif majeur pour le duo Luke Berry et Antoine Joubert : participer à la course transatlantique qui relie Le Havre à Fort-de-France. Cette épreuve, véritable test d'endurance et de stratégie, met à l'épreuve les marins et leurs machines sur des milliers de milles marins. Cependant, cette ambition fut mise à rude épreuve lors de la Transat Jacques Vabre de l'époque. La seconde étape de cette course, qui devait les mener à l’arrivée finale dans la magnifique Baie de Fort-de-France en Martinique, s’est malheureusement brusquement arrêtée. Au large de La Corogne, en Espagne, le trimaran subit une avarie critique. Dans un saut de vague, le bras bâbord de l'embarcation se cassa, entraînant la désolidarisation du flotteur de la coque centrale. Juste après cet incident majeur, le mât céda et tomba, rendant la poursuite de la course impossible. Fort heureusement, le duo put être rapidement secouru par le Mérida, le bateau d’assistance d’Adrien Hardy, mettant fin à leur aventure transatlantique de manière abrupte mais en toute sécurité.
Cet événement, bien que décevant, n'a fait que renforcer la détermination de l'équipe. Pour le skipper et son équipe technique, l'année 2024 a surtout démarré avec un chantier colossal : la réparation du trimaran suite à l’avarie subie lors de la dernière Transat Jacques Vabre. Luke Berry a analysé cette période difficile, expliquant que « depuis le lancement du projet en Ocean Fifty, il y a trois ans maintenant, nous avons connu des moments forts, positifs, mais aussi des périodes très compliquées, comme cette Jacques Vabre 2023. » La mobilisation fut totale pour remettre le bateau en état de naviguer. « La mobilisation de chacun a été totale. Ainsi, nous avons réussi à reconstruire un bateau qui était quasiment bon pour la casse. On l’a transformé en une machine compétitive, capable de décrocher un podium sur une grosse transat, » a-t-il souligné, témoignant de l'ampleur du travail accompli.
Cette résilience et ce travail acharné ont été récompensés de manière éclatante en fin d'année 2025. Aux côtés de Luke Berry, Antoine Joubert a décroché la troisième place de la Transat Café L’Or, toujours en catégorie Ocean Fifty, après plus de douze jours de navigation intensive entre Le Havre et Fort-de-France. Ce résultat sur la Transat Café L’Or 2025 constituait une véritable « forme de revanche et surtout une récompense pour tout le travail fourni par une équipe soudée, et pour tout l’investissement de partenaires engagés, » selon les mots de Luke Berry. La performance fut d'autant plus satisfaisante que la course s'est avérée extrêmement exigeante. Luke Berry a raconté les défis rencontrés : « L’enjeu essentiel, notamment durant la première nuit, où trois Ocean Fifty ont chaviré, a été de doser la prise de risque. » Le duo a fait preuve d'une navigation prudente et stratégique : « On a su faire le dos rond. Les trois ou quatre premiers jours ont été vraiment costauds. Mais à aucun moment, on a eu la risée qui fait peur. On a géré ça “proprement”. » Il a également reconnu qu'un peu de réussite est toujours nécessaire, mais a insisté sur la qualité de leur navigation : « sans se jeter des fleurs, on a bien navigué, on a tiré les bons bords, pris les bonnes options, quand d’autres duos ont parfois un peu subi les phénomènes météo. » Le bateau, bien préparé, a montré toutes ses capacités : « Le bateau allait vite, et on a trouvé les bonnes manettes sur la traversée de l’Atlantique. »
Le duo a également connu d'autres succès, comme une belle troisième place sur le Trophée des Multicoques en Baie de Saint-Brieuc. Mais c'est la victoire sur la Rolex Fastnet Race, entre Cowes et Cherbourg-en-Cotentin, qui fut un moment marquant pour Luke Berry et Antoine Joubert. « Nous sommes très heureux mais il ne faut pas s’enflammer non plus. Nous avons rencontré très peu de casse, voire pas du tout. C’est vraiment le signe d’une bonne préparation. Je tiens à saluer le travail de l’équipe technique, » avait alors déclaré Luke Berry, soulignant l'importance de la préparation et du soutien de l'équipe.
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La troisième place sur la Transat Café L’Or 2025 est d'autant plus remarquable qu'elle a été acquise à bord de l’un des Ocean Fifty les plus anciens de la flotte, un bateau lancé en 2009. Luke Berry s'en est réjoui : « C’est génial, il n’y a que dans cette classe qu’on peut terminer sur le podium d’une grande course avec un bateau de plus de 15 ans. » Il a également insisté sur l'intensité de la compétition : « Tout au long du parcours, on s’est vraiment battus au contact. On a souvent été deuxièmes ou troisièmes aux pointages. Pour autant, il ne faut pas croire qu’on a eu la vie facile ! » Ce qui a véritablement fait la différence dans cette épreuve exigeante, c’est aussi la complicité et la complémentarité du duo Luke Berry/Antoine Joubert, désormais très rôdé. Luke Berry a confirmé l'importance de cette alchimie : « À aucun moment je n’ai imaginé partir avec quelqu’un d’autre qu’Antoine, et c’était le bon choix. On se connaît bien, on se fait confiance et on prend du plaisir à naviguer ensemble. C’est un vrai plus pour la performance. » Après ces efforts intenses, les deux marins ont pu profiter d’un repos bien mérité, tandis que l’équipe s’occupait du convoyage de l’Ocean Fifty vers son port d’attache de Saint-Malo, où il était attendu pour un chantier de remise en état complète.
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