L'odyssée d'Antoine Joubert : Expertise et résilience en multicoque

La navigation en haute mer, particulièrement à bord des trimarans de la classe Ocean Fifty, représente l'un des défis les plus exigeants de la course au large. Le marin Antoine Joubert, figure emblématique de cette discipline, incarne une trajectoire marquée par une progression technique constante, passant des premières compétitions sur des plans d'eau intérieurs aux podiums des plus grandes transatlantiques. Cette analyse explore les facettes de son parcours, les spécificités techniques de ses embarcations et la gestion exemplaire de situations critiques en mer.

Genèse d'une passion : Des débuts à Chambray-lès-Tours

Avant de traverser l’Atlantique et de monter sur le podium de l’une des plus grandes courses au large, Antoine Joubert a fait ses premiers pas de marin à Chambray-lès-Tours en 1998 avec l’Union Sportive de Chambray, section voile. La voile c’est une passion née dès l’enfance : « À la maternelle, les autres dessinaient des maisons, moi je dessinais des bateaux », explique-t-il. En 1998, ses parents l’inscrivent au club de voile de Chambray-lès-Tours, une section de l’USC créée et présidée par Philippe Baudot. Venir ici c’est lui rendre hommage, il m’a permis d’en arriver là où je suis. Le jeune marin venait au lac le mercredi, le samedi, pendant les vacances, pour tirer des bords en Optimist et y faire ses premières compétitions. Devant sa passion, ses parents décident de s’installer sur la côte, à Vannes. La voile devient son métier.

Cette immersion précoce dans la compétition, sur des supports techniques de petite taille, a forgé une compréhension intuitive de l'hydrodynamisme. Le glissement naturel vers le haut niveau s'est opéré par une spécialisation dans le multicoque, un secteur où Joubert est aujourd'hui considéré comme un expert incontournable.

L'expertise technique en multicoque et la classe Ocean Fifty

La carrière d'Antoine Joubert est indissociable de la classe Ocean Fifty, ces trimarans de 50 pieds conçus pour la vitesse pure et la navigation extrême. En 2023, Luke Berry a pu compter « sur un grand spécialiste du multicoque » pour l’épauler à bord de l’Ocean Fifty Le Rire Médecin - Lamotte. Antoine Joubert a participé à toutes les courses aux côtés de Luke Berry, formant un binôme complémentaire, renforcé par une collaboration préalable sur le bateau de Thibaut Vauchel-Camus. Cette complémentarité s'est illustrée dès les phases de convoyage, notamment entre les Açores et Lorient, consolidant une confiance mutuelle nécessaire à la gestion de ces machines complexes.

Le fonctionnement de ces navires repose sur un équilibre précaire entre tension de gréement et intégrité structurelle des bras de liaison. La performance, bien qu'essentielle, reste soumise aux aléas météorologiques et à la fatigue des matériaux composites, une réalité que tout skipper de multicoque doit intégrer dans sa stratégie de course.

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La gestion des avaries : L'incident de la Transat Jacques Vabre

Lors de la Transat Jacques Vabre 2023, les conditions furent extrêmes pour Le Rire Médecin-Lamotte et l’ensemble de la flotte. « Au départ, tout le monde était assez conservateur. Nous étions très prudents en passant ce front », expliquait l'équipage. La situation s'est dégradée derrière le front, avec des vagues croisées et des rafales violentes. « Le bateau allait assez vite et il était en fait assez difficile de le ralentir. La coque bâbord s'est cisaillée et le mât est tombé simultanément. »

Le bras qui relie les deux coques a cassé sous le vent, entraînant le détachement du flotteur. Dans des conditions normales, le bateau devrait chavirer, mais le démâtage a paradoxalement servi de soupape de sécurité. La gestion de l'urgence a été critique : « Il faisait encore nuit noire et il y avait une houle de 4 mètres et 25 nœuds de vent. » La priorité absolue était de libérer le flotteur, retenu non seulement par les bras en carbone mais aussi par le filet et de nombreuses petites saisines en Dyneema.

L'intervention de sauvetage et la récupération du matériel

L'assistance apportée par l'expert en sauvetage Adrien Hardy, présent sur le trimaran Merida, a été déterminante. Ce dernier, qui suivait la flotte des Ocean 50, a permis de sécuriser le navire. « Je ne voyais pas trop comment nous allions réussir à remonter le mât à bord car il y avait une voile qui traînait derrière. » Grâce à une manœuvre technique, impliquant l'utilisation de treuils et l'immersion d'une bouée de récupération de naufrages gonflée à l'oxygène, le mât a pu être ramené à la surface.

Le remorquage vers le Nord de l'Espagne a été suivi par une phase de réparation improvisée, ou « gréement de fortune ». « Nous avons utilisé le bas du mât pour faire un gréement de fortune. Nous avions une voile de Hobie 15 pour la grand-voile, nous avons utilisé notre J3 pour la voile d'avant - que nous avons mise à l'envers pour que le point d'écoute soit à la bonne hauteur - et une voile de Mini 650. » L'équipage a dû compenser l'absence d'une coque en déplaçant le poids vers tribord, une manœuvre qui a permis de rallier Saint-Malo.

La transition vers la performance en solitaire

Après cet incident, Antoine Joubert a continué à démontrer sa résilience et sa capacité d'adaptation. En fin d’année 2025, aux côtés de Luke Berry, il a décroché la 3ᵉ place de la Transat Café L’Or en catégorie Ocean Fifty, après plus de douze jours de navigation. Cette performance a confirmé la solidité du binôme et leur capacité à rebondir après les épreuves techniques.

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Actuellement, Antoine Joubert se projette vers la mythique Route du Rhum, une épreuve en solitaire qui impose une mutation profonde du rôle du marin. Il ne s'agit plus seulement de piloter, mais de diriger une véritable entreprise, incluant la gestion d'une équipe technique et la recherche de partenaires financiers pour un budget avoisinant le million d'euros. Cette transition vers le solitaire représente une étape charnière, où l'expérience accumulée sur les circuits de multicoques, comme le Pro Sailing Tour, devient un atout stratégique majeur pour la gestion des risques et la performance pure.

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