L'Odyssée du Surf : Des Vagues Ancestrales aux Littoraux des Antilles Françaises

Le surf, cette danse intemporelle avec l'océan, est bien plus qu'un simple sport ; il incarne un art ancestral, une passion contemporaine, et un mode de vie emblématique qui transcende les frontières géographiques et culturelles. Finalement très ancien, il a évolué au fil du temps, laissant ses marques dans plusieurs cultures des peuples côtiers du monde entier depuis des millénaires. Ses origines remontent aux peuples océaniens, qui ont vu dans les vagues non seulement un défi à conquérir, mais aussi une source d'inspiration spirituelle. Des îles polynésiennes aux rivages hawaïens, le surf était bien plus qu'un simple passe-temps ; c'était une connexion profonde entre l'humain et l'océan. Cette histoire riche et complexe a traversé les siècles, conservant certaines de ses valeurs fondamentales tout en s'adaptant aux évolutions des idées et des technologies modernes, pour finalement atteindre les côtes françaises, y compris les lointaines Antilles.

Aux Racines du Surf: Un Voyage à Travers les Millénaires

L'histoire du surf, dans ses manifestations les plus anciennes, est parfois enveloppée de mystère, avec des traces qui nous transportent loin avant les récits européens. Bien que ni la date de naissance ni les origines précises du surf ne soient entièrement établies, on présume que le sport a vu le jour dans le Pacifique, entre Tahiti et Hawaï. Cependant, des découvertes archéologiques suggèrent des origines encore plus lointaines. En effet, des archéologues ont découvert des représentations de surfeurs sur des poteries datant de la période pré-Inca, sous la culture Mochica, sur la côte nord du Pérou. Ces dessins, dépeignant des pêcheurs sur des planches de bois et des bateaux en roseaux appelés « caballitos de totora », constituent les traces les plus anciennes de surfeurs connues à ce jour. Ces embarcations, fabriquées avec des tiges et des feuilles de roseaux, étaient utilisées principalement pour la pêche depuis des milliers d'années, et il est tout à fait envisageable qu'elles aient également servi de loisir. De nos jours encore, il est possible d'apercevoir ces pêcheurs sur les côtes nord du Pérou, perpétuant une tradition millénaire.

Le surf tel que nous le connaissons aujourd'hui trouve ses racines les plus évidentes sur les plages d'Hawaï, il y a plusieurs siècles. Les premières traces du surf hawaïen remontent à 1769. C’est au XVe siècle que le surf vit le jour en Polynésie. Dès le XVe siècle, le surf était une pratique courante chez les Hawaïens, et cette discipline était bien plus qu'un simple divertissement. Appelé autrefois « le sport des rois » ou « he’enalu », ce qui signifie "glisser sur les vagues", le surf permettait aux chefs de tribus de prouver leur puissance en défiant la mer et ses éléments à l'aide de grandes planches en bois appelées Papa-he-nalu, qui mesuraient plus de 5 mètres et étaient coupées dans un tronc d'arbre. Les Polynésiens, quant à eux, pratiquaient le surf sous la forme de duels, à la suite desquels le gagnant voyait son rang s’élever dans la communauté. Il faisait office de rituel de passage pour les chefs de tribus qui prouvaient leur valeur en affrontant les éléments sur une planche en bois ou en écorce d’arbre qui pesait environ 50 kilos.

L'arrivée des Européens dans le Pacifique marqua un tournant. En 1778, le navigateur britannique James Cook découvre les îles Sandwich, plus tard renommées Hawaï. Le marin britannique James Cook aurait été le premier à avoir vu un surfeur aux Îles Sandwich. Lors de son premier tour du monde (1768-1771), en 1769 après son passage en Polynésie, James Cook décrit dans son journal de bord son étonnement devant les indigènes maniant l'art de la glisse. Il observa dix ou douze Indiens qui nageaient pour leur plaisir ; lorsque les flots brisaient près d’eux, ils plongeaient par-dessous et reparaissaient de l’autre côté avec une adresse et une facilité inconcevables. Ce qui rendait ce spectacle encore plus amusant, c’était que les nageurs saisissaient l’arrière d’une vieille pirogue et la poussaient devant eux en nageant jusqu’à une assez grande distance en mer ; alors deux ou trois de ces Indiens se mettaient dessus, et, tournant le bout carré contre la vague, ils étaient chassés vers la côte avec une rapidité incroyable, et quelquefois même jusqu’à la grève. Cook, malheureusement, fut tué peu après cette découverte. C'est finalement son lieutenant, James King, qui fut le premier à écrire dans son journal de bord un passage concernant la pratique du surf telle qu'il l'avait observée à Kealakekua Bay, sur la grande île d'Hawaï. King fut surpris de voir que le surf n’était pas uniquement une épreuve d’habileté, mais aussi un amusement pour les pratiquants.

La Colonisation et la Renaissance du Surf

L'arrivée des Européens eut un impact profond sur la culture hawaïenne, y compris sur la pratique du surf. Les Européens, en voyant les surfeurs hawaïens pratiquer leur sport nus, n’apprécièrent pas cette coutume et décidèrent de l’interdire. Ils forcèrent les locaux à travailler dans les plantations, cassèrent leurs planches et tentèrent de supprimer cette tradition. Avec la colonisation américaine, la pratique ancestrale et les rituels du surf se sont perdus peu à peu, notamment à cause des missionnaires anglais qui débarquèrent au XVIIIe siècle, estimant que ces pratiques étaient anti-morales, une menace à la pudeur et à la rigueur. Les colons cherchaient aussi à décourager et interdire le surf en raison des connotations traditionnelles religieuses et culturelles des peuples indigènes. L’impact de l’arrivée des Européens ne se limita pas au surf : la population hawaïenne fut réduite de 75 % en raison des maladies importées par les colons.

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Ce n'est qu'environ un siècle plus tard que le surf commença à renaître à Hawaï. Au début du XXe siècle, les Européens quittent progressivement Hawaï, permettant aux habitants de renouer avec leur sport. Cette période marque un nouveau tournant pour l'histoire du surf. Des journalistes britanniques découvrent le surf et le présentent comme une activité de loisir et un mode de vie. En 1907, le célèbre écrivain Jack London et le journaliste Alexander Hume Ford se rendirent à Hawaï et y rencontrèrent George Freeth, un garçon de plage à Waikiki et très bon surfeur. Dans les années 1900, Alexander Hume Ford et Jack London commencèrent à promouvoir le surf en tant que divertissement et moyen d'attraction touristique à Hawaï. L'homme d'affaires Henry Huntington, ayant lu les écrits de London et Ford, invita George Freeth en Californie. Freeth devint ainsi le « Premier homme à surfer en Californie », réalisant des démonstrations pour promouvoir le Redondo Los Angeles Railway.

À cette période émerge une figure emblématique du surf : Duke Kahanamoku. Né le 24 août 1890 à Honolulu, Hawaï, et décédé le 22 janvier 1968, Duke Kahanamoku était bien plus qu'un simple surfeur. Il était une légende vivante, un athlète polyvalent, un acteur, un ambassadeur culturel hawaïen, et un symbole mondial de l'origine du surf. Souvent considéré comme le père du surf moderne, il a popularisé ce sport à l'échelle mondiale grâce à ses compétences exceptionnelles et à son charisme naturel. En 1912, lors des Jeux Olympiques de Stockholm, il a remporté la médaille d'or en natation sur 100 mètres nage libre, établissant un nouveau record du monde. Cette victoire propulsa Kahanamoku sur la scène internationale et contribua à faire connaître le surf au-delà des rivages hawaïens. Au-delà de ses exploits sportifs, Duke Kahanamoku était un véritable ambassadeur de la culture hawaïenne. Il voyagea à travers le monde pour partager ses compétences en surf, sa musique, sa danse et sa culture, contribuant ainsi à promouvoir une image positive d'Hawaï et de sa population autochtone. Il fut aussi connu pour avoir sauvé des passagers d’un naufrage à l’aide de sa planche de surf, marquant la naissance du sauvetage côtier tel que nous le connaissons aujourd’hui. En 1914, The Duke fut invité dans l’Est australien pour des démonstrations de surf au Freshwater Carnival, des démonstrations très liées à l'apparition des clubs de sauvetage sur les plages australiennes, dont les premières eurent lieu à Manly Beach en 1903. Même des décennies après sa mort, il reste une figure emblématique du surf, son héritage perdurant à travers les générations de surfeurs qu'il a inspirées.

L'Âge d'Or et la Démocratisation Mondiale du Surf

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le surf ralentit, mais quelques images de soldats américains découvrant le surf près de Pearl Harbor existent encore. Après la guerre, l’évolution technologique joua un rôle clé dans l’histoire du surf. Il faut bien imaginer qu’à l’époque, surfer une planche en bois conçue à partir d’essences dures et lourdes comme le cèdre, l’acajou ou le koa, et mesurant parfois jusqu’à 2,75 m, n’était pas une mince affaire. L’apparition de la fibre de verre durant la Seconde Guerre mondiale provoqua une véritable révolution. Dans les années 60, la mousse polyuréthane remplaça le bois, révolutionnant le "shape" et permettant une véritable démocratisation du sport, avec des modèles de planches de surf plus légères et profilées pour une meilleure sensation de glisse. Les ailerons firent leur apparition sur les planches, et les nouveaux matériaux utilisés tels que le polystyrène et la fibre de verre permirent de faire exploser l'intérêt du grand public pour la pratique du surf.

Le surf gagna encore en popularité grâce à des films comme « The Endless Summer » et des groupes de musique tels que les Beach Boys. Le mouvement hippie, avec son goût pour le voyage et la liberté, renforça l’image pacifique et détendue du surf. Au-delà d'un simple sport, il devint un mode de vie, se propageant aux quatre coins du globe. Avec cette montée en popularité, le surf se professionnalisa rapidement. En Californie, des surf shops comme O’Neil ouvrirent dès 1952, et les planches se vendaient comme des petits pains. L’US Surfing Association et l’Australian Surf Riders Association virent le jour, marquant le début des premières compétitions officielles.

Le Surf Débarque en France : La Révolution Biarrote

L’histoire du surf en France débute véritablement dans les années 1950 à Biarritz, bien que le bodysurf fût déjà présent sur les plages atlantiques. C'est en juillet 1957 que les premières vagues françaises furent domptées par les surfeurs de Biarritz, et plus exactement sur la Côte des Basques. La naissance du surf en France apparut un peu par hasard. En 1957, Peter Viertel, scénariste et surfeur américain, de passage à Biarritz avant le tournage d’un de ses films en Espagne, « Le soleil se lève aussi », fit la rencontre d’un futur pionnier, Joël de Rosnay. Peter, constatant que les vagues du sud-ouest de la France étaient propices au surf, fit venir sa planche de Californie et commença la pratique sur la côte basque.

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Joël de Rosnay pratiquait déjà une activité semblable au bodyboard. C’est ainsi qu’il rencontra Peter prenant ses premières vagues en France. Viertel, en route vers l’Espagne pour son tournage, donna quelques leçons de surf à Joël de Rosnay et lui confia sa board pendant 3 mois. L’année suivante, en 1957, l’Américain - mari de l’actrice Deborah Kerr - revint à Biarritz avec plusieurs planches et entraîna dans son sillage trois premiers Frenchies : Georges Hennebutte, Jacky Rott et Joël de Rosnay. La Côte des Basques, berceau du surf en France, devint leur « spot ». Ils commencèrent à faire des émules auprès de la jeunesse locale. À la fin de l’été 1957, la Côte des Basques comptait déjà quatre surfeurs initiés : Peter Viertel, Georges Hennebutte (plus tard, créateur du leash), Jacky Rott et Joël de Rosnay. Les plus jeunes commencèrent à s’y intéresser, récupérèrent des vieilles planches délabrées et se jetèrent à l’eau.

Durant l’hiver 1957-1958, Michel Barland et ses amis se renseignèrent pour fabriquer les meilleures planches possibles. Ingénieur et débrouillard, il chercha le bois le plus léger et se tourna vers le balsa (presque introuvable en France à l’époque). Il se rapprocha de Jacky Rott et d’Henri Hennebutte pour ce projet original de fabrication de planches. À partir d’une simple photo de planche de surf dans un magazine de National Geographic de 1935, ils confectionnèrent leur premier modèle. En janvier 1958, le balsa arriva à l’atelier de Barland, et le travail commença, aboutissant à la fabrication de deux planches : l’une couleur aluminium et l’autre d’un gris pâle, avec des rails droits et non arrondis. En juillet 1958, Peter Viertel fit son retour à Biarritz avec trois planches en balsa venant d’Amérique ; il excellait sur l’eau. Il prêta l’une de ses planches à Barland, qui à son tour surfa bien mieux qu’avec sa première réalisation. À la fin de l’été, il réussit à vendre sa troisième création en contreplaqué. Jusqu’en 1958, ces boards étaient uniquement réalisées en bois ; l’arrivée du plastique changea les choses. Faisant face aux mêmes problèmes et questionnements, les deux hommes prirent la décision d’unir leurs forces à travers la marque Barland-Rott. La première entreprise de fabrication de planches vit le jour en France. La qualité de leurs produits, ainsi que leur monopole, les conduisirent rapidement au succès. Aujourd’hui encore, la marque Barland produit les meilleurs longboards français pour de nombreux amateurs.

La Structuration du Surf en France

Le 16 septembre 1959 marqua la création du premier surf club en France : le Waïkiki Surf-Club, fondé par les surfeurs vedettes du moment : Lamarque, Barland, Plumcocq et Etchepare, ainsi que Carlos Dogny, Peter Viertel, Jacques Rott, Georges Hennebutte et Joël de Rosnay. Le Waikiki fut installé dans les établissements des Bains de la Côte des Basques. René Bégué, surfeur des années 60, se souvient : « L’époque était unique, car nous commencions tous le surf en même temps et nous étions au même niveau. Il n’y avait ni frimeurs ni exclus. » Le Surf Club de la Chambre d’Amour fut créé le 27 août 1963. Il fut inauguré par le Dr Lacroix, maire d'Anglet, et Deborah Kerr, épouse de Peter Viertel. Installé dans l'établissement des bains de la cité angloy, il avait pour président Joël de Rosnay. Cette même année, deux autres clubs vinrent grossir les rangs : l'USB et le Kostakoak de Bidart.

Sept ans après l'apparition du surf en France sur les vagues de Biarritz, la Fédération Française de Surfriding fut créée en 1964, sous la présidence de Monsieur Guy Petit, maire de Biarritz. L’objectif de la création de la Fédération était de réunir toutes les « tribus » des plages qui se faisaient concurrence. Le 20 août 1964, au lendemain de la diffusion à la télé de l'émission « Les coulisses de l'exploit » consacrée au surf, eut lieu à la Côte des Basques la réunification de ces clubs par le Maire de Biarritz. Le siège fut basé à l'office du tourisme de la ville. Le 13 juin 1965, la déclaration en préfecture intervint. En 1965, les premiers Championnats de France de la FFS eurent lieu à Anglet. Joël de Rosnay et Marie-Christine Delanne furent sacrés champions de France. En 1966, l'agrément ministériel fut obtenu. Le surf gagna les Landes et la côte girondine avec deux pôles incontournables : Hossegor et Lacanau. Deux ans après la création de la FFS, le Comité régional d’Aquitaine vit le jour. Jo Moraiz, fondateur d’une école de surf dès les années 1960, est considéré comme l’un des premiers ambassadeurs du surf français. En 1969, les célèbres marques Quiksilver et Rip Curl furent créées, devenant des piliers de l’industrie du surf.

Les années soixante-dix marquèrent le développement de la Fédération Française de Surfriding. Après les Australiens et les Américains, ce furent les Tahitiens qui apportèrent un nouvel élan au surf français. Ceux-ci dominèrent implacablement les compétitions nationales, avec des figures comme Henri Lucas, Patrick Juventin, et Arsène Harehoe, ce dernier remportant notamment 5 titres nationaux entre 1976 et 1989. En 1976, Tahiti accueillit même les championnats de France à 20 000 km du siège de la FFS, les organisant une seconde fois en 1987, avant de quitter le giron fédéral avec la création de la Fédération Tahitienne de Surf. Ces Polynésiens apportèrent une vague de fraîcheur au surf national, avec un engagement total, une insolente décontraction en compétition et une maîtrise parfaite des tubes. Le surf métropolitain réagit superbement, entraîné par le Biarrot Thierry Sansoube. Trois surfeurs dominèrent le surf français pendant de nombreuses années : Thierry Fernandez, Jean-Louis Poupinel et Thierry Domenech, portant haut les couleurs de la France lors des championnats d'Europe et du monde dans les années 80.

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En 1977, avec le boom du skateboard, la FFS fut habilitée à réglementer la discipline et changea de sigle, devenant la Fédération Française de Surf et Skate (FFSS). La France obtint l’organisation des Championnats du Monde amateurs à Hossegor et Biarritz en 1980, marquant l'émergence d'un jeune américain nommé Tom Curren. La France serait de nouveau le pays hôte des Mondiaux de l'International Surfing Association (ISA) en 1992 (Lacanau) et 2008 (Seignosse). En 1984, la FFSS déménagea et s'installa à Hossegor, dans un bâtiment de la mairie.

Le surf français s'enrichit également de l'apport d'une autre terre de surf : La Réunion. La Ligue réunionnaise de surf vit le jour en 1984, par la volonté de Maxence de la Grange, qui parvint à fédérer les deux clubs rivaux des Roches Noires et de Boucan Canot. Sur ce caillou de l'océan Indien, léché par les swells massifs de l'Antarctique, le surf apparut au début des années 70. Influencés par les pionniers australiens et sud-africains, les Réunionnais se mirent à organiser des compétitions à grande échelle, et une génération de compétiteurs aux dents longues débarqua en métropole. Des noms comme Eric Coutelier, Anne-Gaëlle Hoarau et Stéphane Sisco émergèrent. Pour progresser, les Réunionnais comprirent que la formation était un passage obligé. Avec Christophe Mulquin et Patrick Florès à leur tête, les sélections réunionnaises dominèrent les championnats de France dans les années 90.

Les années 1980 virent le surf continuer de gagner en popularité. En 1985, la France comptait 2 000 licenciés, un chiffre qui grimpe aujourd’hui à 15 000 pour les compétitions et 65 000 pour le loisir, dont près de 40 % sont des femmes. Cette croissance fut favorisée par une médiatisation accrue, avec des magazines comme Surf Session, ainsi que des films et publicités télévisées. Le surf se professionnalisa notamment grâce à la création du Brevet d’État de Surf en 1987. La première session se déroula en septembre, et six récipiendaires obtinrent le premier BE surf. La Fédération avait une réelle volonté que les surfeurs puissent vivre du surf. Chose inimaginable 20 ans auparavant, des jeunes surfeurs purent vivre du partage de leur passion. En 1987, la création du Sport-Étude officialisa le premier acte, et l’accompagnement scolaire du haut niveau fut couronné par la labélisation du Pôle France en 1996, complété par quatre Pôles Espoirs en région.

La Fédération fut officiellement reconnue par le Comité National Olympique et Sportif Français en 1989, devenant la première Fédération nationale de surf au monde à être reconnue par son propre Comité National Olympique. Un an plus tard, la Commission Nationale du Sport de Haut Niveau reconnut le surf comme discipline de Haut Niveau. Le surf bénéficia des dispositions prévues pour les sportifs de Haut Niveau : suivi social, aides individualisées, suivi médical, structures d'accession au Haut Niveau. En 1990, on assista également à la création d’un poste et à la nomination d’un Directeur Technique National, Francis Distinguin, qui occupa cette fonction jusqu'en 2008.

Le Surf aux Antilles Françaises : Un Nouveau Eldorado de la Glisse

La pratique du surf dans les Caraïbes peut se targuer de nombreux atouts : une eau chaude et cristalline, des "reef breaks" continûment exposés à la houle, et aucune différence significative d’eau à basse ou haute marée. Ce n’est donc pas un hasard si certains accostèrent un jour ce nouvel eldorado de la discipline, loin du berceau polynésien.

La Guadeloupe, Pionnière des Vagues Caribéennes

Né au Maroc, scolarisé à Biarritz à l'époque où se dressaient sur les vagues basques les premiers surfeurs français, Philippe Cazé, après avoir tenté sa chance au Salvador, parvint finalement en Guadeloupe. Il est considéré comme « le premier à s’être mis à l’eau » et à avoir surfé les vagues de l’archipel dans les années 70. Il confie : « J’ai rapporté deux planches de Puerto Rico (…), et plus tard deux-trois autres de Biarritz - dont une Barland Rott à l’époque - et c’est parti comme ça. » Avec François de Corlieu et Patrick Abadie, il surfa d’abord très longtemps à Petit-Havre, avant de développer toute la côte nord, explorant des spots comme Anse à la Gourde, Le Moule, Anse Bertrand et Port-Louis. Il se remémore : « On a surfé pendant une dizaine d’années sans croiser, pour ainsi dire, personne. »

C’est lorsqu’une poignée d’autres surfeurs arrivèrent dans les années 80 que ce précurseur appela à une structuration du surf guadeloupéen. Il fonda, en 1985, le Karukera Surf Club au Moule et le Reefer Surf Club à Saint-Barthélemy. Au début des années 90, l’obtention d’un premier titre de champion de France propulsa la Guadeloupe dans le circuit professionnel et marqua le début d’une longue série de trophées et de champions, tels qu'Adam, Boyer, Benghozi, de Corlieu et Frager. Le Pôle Espoir en Guadeloupe fut également en cours de labélisation en 1996, accompagnant le double projet sportif et scolaire.

Saint-Barthélemy : La Fièvre du Surf Gagne le "Caillou"

À Saint-Barthélemy, la fièvre du surf gagna le "caillou" pour la première fois au début des années 80. David Blanchard rapporte : « C’était un groupe d’Américains qui, je crois, faisait le tour du monde à voilier. À un moment donné, ils se sont arrêtés à Saint-Barth et se sont mis à surfer. » Depuis la plage de Lorient, fascinés par ces dompteurs de vagues venus d’ailleurs, Jules et André Brin se découvrirent une passion future. Portée par les frères Brin d’abord, puis par le coach et shaper Éric Chaumont, la pratique s’établit peu à peu à Saint-Barthélemy. David Blanchard, l’un des premiers enfants de l’île à surfer en ces temps, reprit au début des années 2000 les rênes de la cabane rouge-jaune-verte de Lorient, le Reefer Surf Club, et permit au "caillou" de se hisser au plus haut de la compétition internationale.

La Martinique : Entre Tradition Ancestrale et Découverte Moderne

En 1979, Antoine Claverie, encore étudiant, débarqua en Martinique. Mouillant sa planche pour la première fois au Lorrain, le surfeur fit une rencontre surprenante : « Je suis tombé sur des jeunes qui surfaient sur du contreplaqué (une “tott”) : c’était quand même fou », révèle-t-il. « Un ou deux ans après, on n’était alors même pas sept ou huit surfeurs qu’on tombe sur des jeunes du quartier de Beauséjour, qui surfaient déjà, et avec un bon niveau ! » La bande s’agrandit avec des figures comme Gilles Gautry, Denis M. Desvignes, Danny G. de Viremont, et se donna régulièrement rendez-vous à ce qu’ils baptisèrent la Plage des Surfeurs (Anse Bonneville). Antoine Claverie, premier Président du Comité Martiniquais de Surf, déclara : « On s’est dit alors qu’il était temps de monter le comité martiniquais. Avec Valérie Brasset, François Delanne et Bruno Lehoux, on a fondé le Madinina Surf Club, à la Trinité, puis avec les gars de Basse-Pointe un autre club, un autre encore à Grand-Rivière… On pouvait ainsi prétendre à communiquer avec la FFS. » Vers 1998, un certain Christophe Hans Mouginot, surfeur de gros, rejoignit la troupe pour monter la première école de surf de l’île et structurer les entraînements du comité.

Il est intéressant de noter que le surf avait son ancêtre en Martinique : le « Bwa Flo », une technique apportée par les Amérindiens et employée dès le XIXe siècle par les habitants pour rapporter le matériel des navires ancrés au large. Cette pratique ancestrale témoigne d'une connexion ancienne des populations locales avec les vagues, bien avant l'introduction du surf moderne.

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