Karl Lagerfeld : L'Architecte des Rêves et le Mythe Intemporel de la Mode

La mode, souvent perçue comme un univers de perpétuelle réinvention, trouve en Karl Lagerfeld un de ses plus brillants architectes. Couturier emblématique, mais aussi designer, photographe et créateur aux multiples facettes, Karl Lagerfeld a laissé une empreinte indélébile sur son époque. Sa vie, façonnée par une curiosité insatiable et une rigueur intellectuelle hors pair, fut celle d'un personnage de roman, un homme dont l'aura énigmatique a transcendé les podiums et les conventions, marquant l'histoire du luxe contemporain.

Les Racines d'un Génie : Enfance et Premiers Pas en Allemagne et à Paris

Karl Lagerfeld, célèbre couturier mais aussi designer, photographe et créateur d’origine allemande, est né en 1933 à Hambourg, même s’il est toujours resté très évasif sur son année de naissance. Sa date de naissance est restée très longtemps un grand mystère, et le couturier lui-même refusera toute sa vie de la dévoiler en avançant qu'il ne la connaissait pas. Cette énigme autour de son âge est devenue une partie intégrante de sa légende personnelle. En 2013, le créateur allemand a révélé qu’il était en réalité né en 1935, mais que sa mère avait fait changer son acte de naissance, pour une raison qui lui était inconnue. Il a précisé, à demi-mot, qu'il était né entre 1933 et 1935, ajoutant : « Ma mère avait changé la date. C’était plus facile de faire un 3 ou un 8 ». Les sources historiques et biographiques indiquent qu'il est né à Hambourg (Allemagne) le 10 septembre 1933. Façonnant sa légende, il n'a cessé de mentir sur son âge et de modifier le récit recomposé de sa vie, affirmant : « Je ne vends que la façade, sa propre vérité on ne la doit qu'à soi-même ».

Ses origines familiales sont tout aussi fascinantes. Sa mère est prussienne et son père, représentant de commerce de profession, a des origines suédoises. Karl Otto Lagerfeld est le fils d'Otto Lagerfeld (1881-1967), un industriel hambourgeois, importateur de lait en conserve de la marque Carnation, puis cofondateur du fabricant allemand de lait concentré Glücksklee-Milch. Sa mère, Elisabeth Bahlmann, est née en 1897 à Sigmaringen. Elle était la fille d'Emilie Drecker et de Karl Bahlmann, homme politique catholique westphalien d'origine prussienne. En 1930, séparée de sa famille et travaillant comme vendeuse en lingerie à Hambourg, elle accepte la demande en mariage d'Otto Lagerfeld, veuf et père d'une petite fille, Théa. Karl Lagerfeld aimera recomposer la réalité en racontant que son père était un baron danois puis suédois, n'assumant pas qu'il avait continué à diriger son entreprise pendant la guerre, et que sa mère était une femme libérée qui pilotait son avion personnel.

C’est dans le domaine de Bissenmoor qu’il passe la plus grande partie de sa jeunesse. En 1934, Otto et Elisabeth Lagerfeld achètent un domaine près de Bad Bramstedt dans le Schleswig-Holstein, le domaine de Bissenmoor, faisant alors plus de 500 hectares. La famille y réside jusqu'en 1939, puis fait plusieurs allers-retours entre leur demeure de Blankenese, dans un quartier huppé de Hambourg, et le domaine de Bissenmoor. La famille s’y fixe lorsque Hambourg est en grande partie détruite par les bombardements stratégiques des Alliés lors de l'opération Gomorrhe en 1943. Le jeune Lagerfeld y suit pendant quelques années des cours à l'école privée Jürgen Fuhlendorf. Quand sa famille retourne de nouveau à Hambourg en 1949, il poursuit ses études à l'école Bismarck pendant deux ans. Sa vocation de couturier remonte précisément au 13 décembre 1949 lorsqu'il accompagne sa mère à son premier défilé de mode, celui de Christian Dior, à l'hôtel Esplanade de Hambourg, où la famille vit momentanément. Passionné de dessin, le jeune Karl se met à dessiner des modèles.

En 1952, Karl et sa mère quittent l’Allemagne pour Paris. À Paris, il devient rapidement une figure prometteuse. Après quelques mois au lycée Montaigne, le jeune homme devient dessinateur de mode. Élève dans une école privée, puis au lycée Montaigne, il passe le plus clair de son temps libre à arpenter les rues de la capitale et aller au cinéma. Il racontera : « J’allais au cinéma, de la première séance à la dernière, pour travailler mon accent français ». Polyglotte comme son père, parlant couramment l'allemand, le français et l'anglais, il était déjà préparé à une carrière internationale. Dès l’adolescence, Karl Lagerfeld se distingue par une curiosité insatiable, un talent rare pour le dessin et une culture aussi vaste que rigoureuse. Ses talents de dessinateur lui permettent de commencer à gagner sa vie en tant qu'illustrateur de mode en 1954.

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Des Débuts Remarqués et une Ascension Fulgurante

Rapidement, en 1954, Karl Lagerfeld reçoit le premier prix du concours international de laine. Le 25 novembre de cette année, il reçoit le premier prix du concours du « Secrétariat international de la laine », organisé par la marque Woolmark, pour son dessin dans la catégorie manteaux, tandis que le trophée est décerné à Yves Saint Laurent dans la catégorie robe du soir. Il finit ex aequo avec Yves Saint-Laurent, marquant le début d'une rivalité amicale et professionnelle qui durera des décennies. C’est grâce à ce concours qu’un grand couturier présent dans le jury le remarque : Pierre Balmain. Celui-ci lui propose un poste d’assistant alors que Karl a tout juste 17 ans. Karl Lagerfeld intègre alors la maison Pierre Balmain. Il y apprend les fondements du métier, observe avec une précision clinique et se forge une éthique du travail intransigeante. Il travaille pour Monsieur Balmain jusqu’en 1962 avant de rejoindre Jean Patou, où il est nommé directeur artistique en 1959.

À l'époque, Karl Lagerfeld et Yves Saint Laurent, que la presse aime à opposer, partagent le même cercle d'amis et les mêmes fêtes parisiennes, jusqu'à ce que Jacques de Bascher brise leur amitié. Ce « mercenaire de la mode » comme il se décrit lui-même, choisit de mener une carrière de styliste indépendant contractuel et de créer des collections de mode, successivement pour la France, l'Italie, l'Allemagne et le Japon.

En 1963, il innove en investissant le prêt-à-porter en plein essor, et crée les collections de la marque Chloé. Il crée des accessoires pour la marque Chloé et commence parallèlement à travailler pour Fendi. Cette collaboration avec Chloé s'étendra sur deux périodes (1963-1983 et 1992-1997). Au sein de cette maison, il expérimente, surprend, joue avec les codes romantiques pour mieux les subvertir. Il devient une personnalité médiatique dans les années 1970, grâce au succès de ses collections pour Chloé et grâce à son talent pour commenter ses collections Chloé de phrases drôles et percutantes.

De 1965 jusqu'à sa mort en 2019, il travaille également pour la maison italienne Fendi à Rome, dont il crée le logo. En 1965, Karl Lagerfeld entame une collaboration qui durera plus de cinquante ans avec la maison italienne Fendi. Il y transforme le cuir - jusque-là rigide et bourgeois - en matière sensuelle, fluide, luxueuse. Il invente des traitements inédits, ose les fourrures colorées, et introduit une modernité graphique qui fait école. Pour Fendi, il devient bien plus qu’un styliste : un visionnaire.

La Consécration d'un Prodige : L'Ère Chanel

S’il est bien une année marquante dans la carrière de Karl Lagerfeld, c’est son arrivée au poste de Directeur Artistique chez Chanel en 1983. En 1983, Karl Lagerfeld accepte le défi que beaucoup jugent impossible : réveiller Chanel. La maison, qui à l'époque frôle la fermeture complète, est encore figée dans son passé glorieux et semble intouchable. Karl Lagerfeld est nommé directeur artistique pour l'ensemble des « collections Haute couture, prêt-à-porter et accessoires » de la maison Chanel, et il doit relancer l'activité. Il métamorphose la marque et lui évite ainsi la faillite.

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Pourtant, avec une audace calculée, il dépoussière les codes sans jamais les trahir. Il réinvente la petite veste noire, joue avec les perles, détourne le tweed, modernise le tailleur, et fait du camélia un motif pop. Mais Karl Lagerfeld ne se contente pas de moderniser le style : il réinvente la mise en scène de la mode. Ses défilés, orchestrés au Grand Palais, deviennent de véritables spectacles immersifs. Il transforme les podiums en supermarchés, en plages, en fusées ou en bibliothèques géantes.

Les top-modèles qu’il choisit deviennent de véritables célébrités. Dans les années 1980, il choisit le mannequin Inès de La Fressange pour représenter l'image de Chanel. Elle est le premier mannequin à signer un contrat d'exclusivité avec une maison de haute couture et la première à devenir autant médiatisée dans l'histoire de la mode. Il choisit également la chanteuse et actrice Vanessa Paradis comme principale représentante de la maison Chanel. L'esthétique de Karl Lagerfeld est basée sur des contrastes noir/blanc, qui étaient également les couleurs à la base du style de Coco Chanel.

Début 2012, Karl Lagerfeld sélectionne un des bijoux en calcédoine de la joaillère Suzanne Belperron, dont il est un grand admirateur et collectionneur depuis 1960, pour donner le « la » de la collection printemps-été 2012 de la Maison Chanel. En 2013, il réalise le court-métrage Once Upon a Time à la Cité du cinéma de Luc Besson à Saint-Denis avec Keira Knightley dans le rôle de Coco Chanel et Clotilde Hesme dans celui de sa tante Adrienne Chanel. Le 4 décembre 2018, Karl Lagerfeld apparaissait pour la dernière fois lors de son défilé des Métiers d'art à New York. De talent prometteur de la Haute Couture, le designer passe alors au rang de créateur de génie à la pointe de la tendance.

Une Marque à son Nom et une Prolificité Inégalée

En parallèle à son poste chez Chanel, Karl Lagerfeld crée une marque à son nom en 1984. En 1984, Karl Lagerfeld ouvre, avec un succès relatif, sa propre maison de prêt-à-porter, la marque « Karl Lagerfeld », qui est ensuite rachetée par le groupe Cora-Revillon. Il continue à travailler pour Fendi et Chloé parallèlement à son poste chez Chanel. En 1998, il ouvre la Lagerfeld Gallery, consacrée à la photographie et aux livres avec, en sous-sol, une collection de prêt à porter féminin de luxe portant le même nom, dessinée par lui et fabriquée en Allemagne. Pendant quinze ans, Karl Lagerfeld se déclare résident monégasque et ne paie pas d'impôts et de TVA en France. Il fait l'objet de plusieurs redressements fiscaux dans les années 1990 pour fraude à l'impôt sur le revenu déclaré et à la TVA. En 1995, il fait intervenir l'épouse du président de la République, Bernadette Chirac, une amie personnelle qu'il habille et invite fréquemment à dîner, et qui lui obtient un dégrèvement de 50 millions de francs grâce au ministre du budget, Alain Lamassoure. En 1999, son avocat fiscaliste Alain Belot contacte directement le ministre de l'Économie et des Finances pour obtenir une exonération, ce qui permet de ramener le rappel d'impôt à 46 millions de francs et provoque une polémique. Malgré l'allègement de son ardoise fiscale, Karl Lagerfeld est contraint en avril 2000 de vendre la collection de sept cents toiles de maître, de meubles et d'objets d'art du XVIIIe siècle français qu'il possède dans son hôtel particulier. La maison de vente Christie's propose à Monaco l'ensemble de la collection dans des ventes qui font date parmi les plus célèbres ventes aux enchères du XXe siècle de mobilier et d'objets d'art français du XVIIIe siècle, à l'égal des collections du couturier et mécène Jacques Doucet à Paris en 1912. Sa collection, estimée à 180 millions de francs, est dispersée pour un montant de 139 millions.

Il développe sa propre marque, identifiable entre mille : silhouette noire, col montant, mitaines en cuir, lunettes opaques. Il crée une ligne personnelle graphique, monochrome, souvent ironique. Ses vêtements, comme ses campagnes, empruntent à l’art, à la photographie, à la philosophie, à l’humour. Il revendique l’élitisme de la pensée et le glamour de l’apparence. Il devient à cette période le couturier le plus reconnu de son époque. Prolifique créateur, il supervisait, durant ses dernières années d'activité, une vingtaine de collections par an, toutes marques confondues. Animé par la vitesse, Karl Lagerfeld avançait toujours. Il lisait avec frénésie, dessinait chaque jour, photographiait ses campagnes, dirigeait plusieurs maisons à la fois. Rien n’échappait à son regard tranchant, ni un ourlet mal placé ni une idée inaboutie. Refusant toute forme de nostalgie, il imposait un rythme implacable, sans retour en arrière. Il méprisait les compromis, vénérait l’efficacité, traquait l’élégance comme une équation à résoudre.

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En 2007, deux ans après avoir revendu toutes ses marques (la Lagerfeld Gallery, une collection sous licence pour hommes et femmes et des accessoires, la boutique parisienne de la Rive Gauche et la boutique de Monaco) à Tommy Hilfiger pour 30 millions de dollars, Karl Lagerfeld lance une nouvelle ligne, K par Karl. Il crée en 2012 une nouvelle marque en vente exclusivement sur le site internet Net-a-Porter, nommée KARL. En novembre, il est élu « styliste le plus influent des 25 dernières années ».

Des Talents et des Projets Variés : L'Homme Orchestre

Karl Lagerfeld ne brille pas seulement dans le milieu de la haute couture. Surnommé le Kaiser (l’empereur), Karl Lagerfeld a diversifié ses activités au fil des années. En 1975, il crée le parfum Chloé, qui connaît un vif succès. En 1987, il se charge lui-même de ses campagnes et se révèle être un photographe de talent. Il publie de nombreux livres de photographie édités chez l'éditeur allemand Gerhard Steidl, où l'architecture, le corps humain et l'univers du luxe sont ses thèmes principaux. Du 16 octobre 2015 au 20 mars 2016, il expose son œuvre photographique à la Pinacothèque de Paris, A Visual Journey. Ses publications incluent des ouvrages comme "Big nudes, photographies d'Helmut Newton, Karl Lagerfeld" (1990), "Photographies" (1991), "Claudia Schiffer, photographies de Karl Lagerfeld" (1995), et l'illustration de "L'Allure de Chanel" de Paul Morand (1996).

En 1992, il dessine une soixantaine d’illustrations pour le conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur. Il se lance en 1999 dans l’ouverture d’une librairie à Paris, le 7L, puis crée une maison d’édition éponyme dédiée aux arts graphiques et à la photographie. En 2000, il écrit Le Meilleur des Régimes, un livre à succès, après avoir perdu 42 kilos. En 2000, voulant retrouver une taille fine pour entrer dans les vêtements très cintrés que Hedi Slimane crée alors pour Dior Homme, Karl Lagerfeld entreprend sous la direction du docteur Jean-Claude Houdret un régime draconien, qui lui fera perdre 43 kilos en treize mois.

En 2004, il conçoit pour H&M une collection capsule dont le succès est fulgurant. Le couturier lance une « collection capsule » de prêt-à-porter de trente vêtements pour H&M en 2004. Dans certaines boutiques, la collection est vendue en quelques minutes. Les vêtements sont vendus en quelques minutes seulement, mais la marque n’a pas prévu suffisamment d’exemplaires, ce qui a entraîné la colère de certains clients mais aussi de Karl Lagerfeld lui-même, qui déclare : "Je trouve pénible que H&M ait contrarié tant de gens. C’est du snobisme, de l’anti snobisme." Irrité par le peu de vêtements mis en vente dans les magasins de la chaîne, et devant la déception des clients repartis bredouilles, Lagerfeld affirma : « Je trouve pénible que H&M ait contrarié tant de gens. »

Entre 2000 et 2010, Karl Lagerfeld n’a pas chômé. Il joue dans La doublure de Francis Weber en 2006, où il interprète son propre rôle. Il sort également une compilation Les musiques que j'aime. En 2007, il est le protagoniste principal d'un documentaire, Lagerfeld Confidential de Rodolphe Marconi. Il prête sa voix au méchant Fabu dans Totally Spies ! Le film en 2009. En 2008, il accepte d'être l'animateur de la station de radio « K109 The Studio » sous le nom de DJ Karl sur la bande son du jeu vidéo Grand Theft Auto IV. En 2009, il prête sa voix dans le morceau Rondo Parisiano du groupe de musique électronique SomethingALaMode, qui avait composé la musique de son défilé « Chanel Croisière » en mai 2009.

Au cours de sa carrière, Karl Lagerfeld a dessiné plusieurs costumes pour le monde du spectacle, notamment pour l'opéra de la Scala de Milan, l'opéra de Florence et les ballets de Monte-Carlo. Au cinéma, il a conçu les tenues extravagantes du film Talons aiguilles de Pedro Almodóvar et celles de Callas Forever de Franco Zeffirelli. Le styliste a aussi créé une tenue pour Lady Gaga à l'occasion du lancement de son Gaga's Workshop en novembre 2011.

En 2008, il travaille pour la marque Coty sur une nouvelle ligne de parfums, société qu'il quitte en octobre 2012 avant de travailler pour Interparfums, avec lequel il lance le 11 mars 2014 deux parfums (pour hommes et femmes). En 2011, il s'associe avec la marque Optic 2000 pour créer 55 modèles de paires de lunettes. Il rhabille trois nouvelles bouteilles Coca-Cola Light. Il tourne dans un spot publicitaire de la marque Volkswagen et réalise une série de publicités pour les glaces Magnum. En avril de la même année, il commente pour France Télévisions le mariage de Catherine Middleton et du prince William ainsi que le jubilé de la reine Élisabeth II avec Stéphane Bern et Marie Drucker. En 2012, il devient le rédacteur en chef du journal Metro pour l'édition du 6 février 2012 et apparaît dans le clip de Jean-Roch auprès de Snoop Dogg, jouant le rôle de Dieu. En décembre 2011, il est chargé de la scénographie de la 26e Biennale des antiquaires, qui a lieu au Grand Palais du 14 au 23 septembre 2012. Alors que le 31 mars 2013 l'hôtel de Crillon ferme ses portes pour des travaux qui dureront 4 ans, l'architecte libanaise Aline Asmar d'Amman, chargée de l'architecture d'intérieur et de la décoration du palace, invite le couturier à repenser les Grands Appartements. Un an plus tard, c'est un palais prodigieux 5 étoiles, le Karl Lagerfeld Macau, situé au cœur de l'ancien comptoir marchand portugais, que Lagerfeld imagine entièrement. En 2016, il se lance dans le design en immobilier américain. Infatigable, il multipliait les projets et demeurait une figure iconique aux yeux des amateurs de mode comme du grand public.

Un Personnage Fascinant : Entre Ombre et Lumière

C’est aussi sa personnalité, son humour grinçant, sa grande culture et son style singulier qui ont fait de Karl Lagerfeld une véritable icône. Sa vie semble proche de celle d’un personnage de roman. Derrière cette rigueur presque glaçante, se devinait un monde plus feutré. Karl Lagerfeld est toujours resté discret sur sa vie sentimentale mais a néanmoins partagé la vie de Jacques de Bascher, son unique amour, pendant 18 ans jusqu’à ce que celui-ci ne meure du sida en 1989. Il a déclaré avoir toujours vécu une relation platonique avec ce dandy habitué des soirées mondaines et des excès en tous genres. Il protégeait jalousement sa vie privée, entouré de quelques fidèles.

En 2011, après avoir gardé Choupette, le chat du mannequin Baptiste Giabiconi, il l’adopte et en fait une égérie notamment pour Opel et Shu Uemura. En 2011, il récupère la petite chatte de Baptiste Giabiconi, qui lui avait demandé de la garder "Pour deux semaines seulement". Quand le jeune mannequin est venu la récupérer, Karl Lagerfeld n’a pas pu s’en séparer et a ainsi nommé sa petite boule de poils Choupette. Le couturier a ainsi avoué que sa chatte était une véritable source d’inspiration pour lui. Choupette est égérie de plusieurs marques, telles que Opel ou Shu Uemura. Il ne refera jamais sa vie et vivra avec sa muse, Choupette, héritière de sa fortune. Il plaçait dans son chat Choupette une tendresse silencieuse. Le créateur a affirmé qu’à sa mort "La personne qui s’en occupera ne sera pas dans la misère". L’argent des pubs qu’elle a réalisées a entièrement été mis de côté pour elle. Plus encore, en septembre, un livre consacré aux mémoires de son célèbre chat, Choupette, devait être publié. En lui cohabitaient un esprit de synthèse redoutable et une sensibilité à peine voilée. Il ne créait pas seulement pour séduire, mais pour penser.

Son rapport avec les médias était audacieux, flirtant constamment avec l'extrême. Karl Lagerfeld a vécu de nombreuses vies, changeant d'apparence et trouvant refuge dans le travail après la perte tragique de son unique amour, Jacques de Bascher. Cependant, certaines de ses déclarations ont suscité des controverses. En novembre 2017, Karl Lagerfeld qualifie les migrants établis en Allemagne d'« ennemis » des Juifs. En 2018, dans le magazine Numéro, il affirme, à propos du mouvement MeToo qui dénonce le harcèlement et les violences sexuelles : « Si vous ne voulez pas qu'on vous tire la culotte, ne devenez pas mannequin ! Rejoignez plutôt l'union des Ursulines. Il y aura toujours une place pour vous au couvent. Ils recrutent même ! ». Il qualifie en outre les mannequins qui ont pris la parole pour dénoncer les violences sexuelles à leur encontre de « toxiques » et de « sordides créatures ». En 2009, Karl Lagerfeld affirme, dans l’hebdomadaire allemand Focus : « Personne ne veut voir des femmes rondes dans la mode », ou « Vous avez de grosses bonnes femmes assises avec leur paquet de chips devant la télévision qui disent que les mannequins minces sont hideux ». Ces prises de position, parfois provocatrices, faisaient partie intégrante de son personnage public.

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