Dès le premier regard, Anna Fournier irradie d'une énergie contagieuse et d'une joie de vivre palpable. Dotée de cheveux courts blonds méchés et d'un sourire lumineux, sa personnalité est invariablement associée à une joie communicative. Anna Fournier est dans la vie « cool », une expression qui résume parfaitement son approche décontractée et optimiste de l'existence. Elle ne se prend pas la tête, ce qui tranche nettement avec l'image rigide de l'ex-chancelière allemande, Angela Merkel, dont elle esquisse le portrait avec une perspicacité étonnante dans son spectacle solo, "Guten Tag, Madame Merkel". En effet, loin de la gravité souvent associée aux figures politiques qu'elle explore, c'est une jeune femme extravertie et lumineuse qui émerge, comme lorsqu'elle attend devant le Café Français à Bastille. Sa nature énergique la pousse à croquer à pleines dents l’existence, et elle mesure, à tous les instants, le bonheur inestimable que lui procure l'exercice de son métier.
Les premières étincelles et la révélation d'une vocation
Le cheminement d'Anna vers les planches n'est pas le fruit du hasard, mais plutôt celui d'une inclination profonde et précoce pour la représentation. « Depuis toute petite, explique-t-elle, j’ai un rapport à la représentation sociale qui passe par le clown et le rire. » Cette attirance enfantine pour l'expression scénique a trouvé un terrain fertile durant son adolescence. « Ado, je suis passée par la case club de théâtre au collège, puis au lycée, » se remémore-t-elle. Ces expériences fondamentales ont été déterminantes, notamment grâce à des rencontres marquantes. « J’ai eu la chance d’avoir une prof absolument géniale qui m’a permis de découvrir mon goût pour le spectacle et le jeu. » L'influence de cette professeure a été considérable, non seulement en révélant une passion latente, mais aussi en élargissant ses horizons. « Elle m’a ouvert plein de portes dont je n’aurais jamais imaginé l’existence ou du moins que je n’aurais, a priori pas empruntées. » Ces premières incursions dans le monde du théâtre ont jeté les bases d'une carrière qui allait devenir la pierre angulaire de son épanouissement personnel et professionnel.
Pourtant, malgré cette passion naissante, Anna Fournier, bouillonnante et anxieuse de nature, avait initialement du mal à rester en place. La surdose de vitalité qui l'anime a trouvé dans le théâtre le moyen idéal de se canaliser. Si elle aimait intensément être sur les planches, une certaine appréhension la freinait à l'idée de s'engager pleinement dans cette voie. « Plus jeune, j’étais d’un caractère assez inquiet, » confie-t-elle. La perspective incertaine d'une carrière artistique la poussait vers des chemins plus conventionnels. « Si j’aimais intensément être sur les planches, j’avais peur de me lancer dans cette carrière. De ce fait, je me suis inscrite à la fac d’histoire, avec l’idée de passer le Capes pour devenir prof. » Ce choix, bien que motivé par une volonté de sécurité, était aussi une manière de rassurer son entourage. « Une voie qui avait surtout l’avantage de rassurer mes parents, » précise-t-elle.
Le tournant décisif : des études académiques à la scène parisienne
Cependant, le destin d'Anna Fournier ne pouvait être contenu dans un cadre académique qui ne correspondait pas pleinement à sa véritable nature. Alors qu'elle poursuivait ses études en master, un événement marquant a agi comme un véritable catalyseur. « Un soir, alors que j’étais en master, j’ai fait une crise d’angoisse, » raconte-t-elle. Ce moment de rupture fut une prise de conscience brutale et libératrice. « J’ai craint d’étouffer si je continuais à faire des choix qui ne me correspondaient pas vraiment. » Cette épiphanie l'a poussée à prendre une décision radicale et courageuse.
Dans la foulée de cette révélation, elle prévient sa famille de son intention d'intégrer les prestigieux Cours Florent à Paris, un choix qui, bien que audacieux, témoigne de sa détermination inébranlable à suivre sa vocation. La réaction de ses parents fut empreinte de pragmatisme et d'un certain défi. « Mes parents m’ont donné deux ans. Si au bout de ce délai, j’étais dans une impasse, je devais revenir à Brest pour finir mes études. » Cette échéance serrée a conféré à la jeune comédienne une pression considérable, l'obligeant à faire ses preuves rapidement. « Cela m’a mis un sacré coup de pression, d’autant que financièrement c’était un peu raide, » admet-t-elle.
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Malgré les défis, son talent et sa persévérance ont rapidement porté leurs fruits. En moins de deux ans, et après avoir bénéficié des précieux enseignements de Bruno Blairet, qui lui ont inculqué la capacité de ne pas avoir peur des grands textes du répertoire théâtral, Anna Fournier a réalisé un pas de géant dans son parcours. Elle est entrée au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, un établissement d'excellence qui représente le summum de la formation pour les acteurs. « J’ai eu une chance incroyable, s’étonne-t-elle, » exprimant encore aujourd'hui une forme de surprise face à cette réussite fulgurante.
Son entrée dans ce milieu d'élite s'est accompagnée d'un sentiment particulier. « J’ai toujours eu l’impression d’être entrée dans ce métier par effraction, » confie-t-elle. Cette sensation, bien que subjective, s'explique en partie par ses origines familiales. « Certes, ma mère a une vocation d’artiste, elle peint et fait de la mosaïque, » mais son environnement familial n'était pas traditionnellement artistique. « Je viens d’une famille de commerçants où tout est plutôt carré. Il y avait peu de place pour la fantaisie. » Cette dualité entre ses aspirations artistiques profondes et l'ancrage plus terre-à-terre de sa famille a sans doute nourri ce sentiment d'intrusion dans un monde qu'elle considérait, un temps, comme lointain.
L'émergence du Birgit Ensemble et les premières collaborations
Le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris n'a pas seulement été un lieu d'apprentissage pour Anna Fournier, mais aussi un berceau de rencontres artistiques fondamentales qui allaient modeler la suite de sa carrière. Assez rapidement, elle a fait la connaissance de Julie Bertin et de Jade Herbulot. Ces deux artistes, avec d'autres membres de leur promotion, ont eu l'audace de créer leur propre collectif, marquant ainsi les balbutiements d'une aventure collective qui allait prendre le nom de Le Birgit Ensemble.
L'intégration d'Anna à cette compagnie naissante fut une étape cruciale. Elle a notamment fait partie du spectacle que les deux artistes, Julie Bertin et Jade Herbulot, ont imaginé pour la sortie de leur promotion du Conservatoire. Ce spectacle, intitulé "Berliner Mauer : Vestiges", fut bien plus qu'un simple projet de fin d'études ; il a marqué le début d'une belle aventure pour le collectif et pour Anna elle-même. « Le travail de Julie et de Jade a beaucoup plu, raconte-t-elle. » L'accueil positif de cette création a eu un impact immédiat et significatif sur la trajectoire du Birgit Ensemble. Jean Bellorini, alors directeur du Théâtre Gérard Philipe (TGP), a été séduit par la qualité du spectacle et l’a acheté pour la saison suivante, offrant ainsi une visibilité et une reconnaissance précieuses à la jeune troupe. Cet événement a provoqué un véritable « effet boule de neige » et a permis à Anna Fournier de faire beaucoup de nouvelles rencontres, élargissant considérablement son réseau professionnel et ses opportunités artistiques.
Le temps s'est ensuite accéléré pour la comédienne, qui a enchaîné les collaborations avec une diversité de metteurs en scène et de compagnies. De Pierre Guillois à Caroline Marcadé aux Tréteaux de France, en passant par Léo Cohen-Paperman, elle a multiplié les expériences et s'est frottée à différents styles et esthétiques, enrichissant ainsi sa palette de jeu et sa compréhension du métier. « J’ai pas mal travaillé avec les gens de ma génération avec qui j’avais été en contact au Conservatoire ou qui m’ont connu par l’intermédiaire d’amis communs, » explique-t-elle, soulignant l'importance des liens tissés durant ses années de formation. Ces collaborations précoces ont été perçues comme une grande opportunité : « Cela a été une telle chance qu’ils me fassent confiance, » dit-elle, reconnaissante pour ces occasions de s'épanouir sur scène.
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Une philosophie artistique fondée sur l'instinct et l'engagement
Anna Fournier est unanimement reconnue comme une artiste travaillant à l’instinct et aux coups de foudre. Cette approche passionnée se double d'une éthique de travail irréprochable ; elle est décrite comme une bosseuse, une acharnée. Son admiration va à des figures emblématiques du jeu d'acteur, et son idole, Olivia Coleman, est un exemple de l'exigence qu'elle s'impose. Elle la considère comme une actrice absolue, incarnant la quintessence de son art.
Son répertoire et ses préférences artistiques témoignent d'une curiosité et d'une soif de sens. Si elle a porté avec brio les mots de Shakespeare et Tchekhov, dont elle apprécie l’exigence et la profondeur, elle aime avant tout la liberté qu’offre le théâtre contemporain. Ce dernier lui permet d'explorer des formes et des thématiques plus en phase avec ses questionnements personnels et sociétaux. Une étape clé dans sa formation et son développement artistique fut un stage intense avec Igor Medjinsky. « Il y a quelques années, j’ai fait stage avec Igor Medjinsky, raconte-t-elle. Grâce à lui j’ai appris à mieux maîtriser mes émotions, et faire en sorte que mon corps les exprime. » Cette expérience a été transformative, lui permettant de forger une connexion plus profonde entre son intériorité et son expression scénique. Le théâtre, au-delà d'être un métier, est devenu pour elle un puissant vecteur de développement personnel. Il lui a permis de s’aimer telle qu’elle est, de prendre confiance en elle, et d’utiliser son corps comme un outil d’expression artistique et personnelle, en parfaite harmonie.
Plus qu'une simple interprète, Anna Fournier est une artiste très engagée, animée par un besoin profond de donner du sens à son travail. Elle ressent la nécessité de porter au plateau des thématiques qui rejoignent ses propres combats de citoyenne. « J’ai du mal à être dans le divertissement pur, j’ai besoin que cela donne du sens, » affirme-t-elle. Pour elle, l'acte de jouer et l'engagement civique sont intrinsèquement liés : « Je suis autant citoyenne et comédienne. C’est indissociable. » Cette conviction guide ses choix de projets et la pousse à une grande intégrité artistique. « Quand je ne me sens pas en phase avec un texte ou que je ne ressens aucune vibration, je préfère renoncer au projet qu’on me propose. » Cette exigence la caractérise et garantit que chaque performance est empreinte d'une authenticité et d'une conviction profondes. L’humour et la dérision ne lui font pas peur ; au contraire, elle les utilise comme des outils puissants pour aborder des sujets complexes.
L'incarnation d'Angela Merkel : un projet audacieux et révélateur
C'est cette quête de sens et cet engagement qui l'ont menée à l'un de ses projets les plus emblématiques : l'incarnation d'Angela Merkel. « Dans Guten Tag, Madame Merkel, le sujet est avant tout politique même si l’humour est très présent, » explique Anna Fournier. Elle croit profondément, comme le disait Shakespeare, que pour faire passer un message ou le faire entendre, il n’y a que le rire. Cet adage shakespearien est au cœur de son approche, permettant de dédramatiser des sujets sérieux et de les rendre accessibles.
C'est en 2017 que la comédienne s’est approchée de la figure d'Angela Merkel pour la première fois. Elle l’a incarnée à Avignon, dans le spectacle du Birgit Ensemble, "Dans les Ruines d’Athènes", une pièce qui abordait la crise de la dette grecque. Cette première rencontre scénique avec le personnage a été une révélation. « Le personnage m’a fascinée. J’ai voulu en savoir plus sur elle, » confie-t-elle. La curiosité d'Anna Fournier a été piquée par la trajectoire hors du commun de cette femme. Elle s'est interrogée sur la manière dont une femme, physicienne d’Allemagne de l’Est, avait pu devenir Chancelière et s’imposer avec une telle autorité et un tel charisme dans un monde d’hommes, traditionnellement dominé par la masculinité politique.
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Bien qu'elle ne partage pas nécessairement les idées politiques d'Angela Merkel, Anna Fournier a développé une profonde admiration pour certains aspects de sa personnalité et de sa manière d'exercer le pouvoir. « Je ne partage certes pas ses idées, mais son éthique et son rapport très sain au pouvoir politique ont quelque chose de quasi surréaliste dans nos sociétés contemporaines, » observe-t-elle. Cette fascination pour la personnalité publique et les convictions de Merkel l'a poussée à envisager un projet encore plus ambitieux. Attachant beaucoup d’importance à porter au plateau des questions citoyennes, la comédienne a rapidement envisagé de créer un seul-en-scène autour de cette femme politique. Son objectif était de sonder comment, à travers son parcours et ses convictions, Merkel a su mettre au jour toutes les contradictions et les limites inhérentes à nos démocraties actuelles.
Angela Merkel, dans la vision d'Anna Fournier, est une figure politique absolument détonante. Décrite comme flegmatique, ayant géré sa féminité à sa manière, elle ne rentre pas dans les codes établis des femmes politiques. Elle ne réagit pas à l’émotion pure et se tient à distance d’une société qui vit en accéléré, préférant prendre le temps de la réflexion et de l'analyse approfondie.
Même après s'être retirée de la vie politique active, Angela Merkel continue d'exercer une influence majeure. « Bien qu’elle se soit retirée de la vie politique, elle continue à compter dans le paysage européen et international, » souligne Anna Fournier. Nombreuses de ses décisions, qu'elles soient jugées bonnes ou mauvaises, ont indubitablement façonné le monde tel que nous le connaissons aujourd'hui. Elle a su tenir tête à Poutine, discuter d’égal à égal avec les Présidents américains, et a imposé sa vision de la communauté européenne avec une détermination sans faille. Pour la comédienne, Merkel est une personnalité unique en son genre, un véritable chef d’État qui a toujours pris le temps d’écouter véritablement l’opinion de son peuple et qui a toujours eu à cœur d’en défendre les intérêts. Une autre facette de sa personnalité qui fascine Anna Fournier est sa capacité à l'autocritique : « Par ailleurs, c’est une des rares politiciennes qui a su assumer publiquement ses erreurs et faire en sorte de les réparer. » Cette humilité et cette responsabilité, selon Anna, sont probablement liées à son côté protestant et à son enfance passée en Allemagne de l’Est, des éléments qui ont forgé sa personnalité et sa vision du monde.