Les Grands Voiliers de Pêche Américains : Héritage et Évolution Maritime

L'histoire maritime est jalonnée par l'ingéniosité humaine face aux défis des océans, et la pêche, activité fondamentale, a longtemps reposé sur la puissance du vent. Les grands voiliers de pêche ont sillonné les mers du globe, reliant les continents et nourrissant les populations. De nos jours, on peut observer régulièrement des grands voiliers, représentés avec parfois de grands rassemblements, comme ce fut le cas en 2018 avec la dernière étape de la Tall Ships Regatta. Ces navires, qu'ils soient de pure tradition ou des répliques modernes, témoignent d'une époque où le vent était le seul maître à bord pour des expéditions de pêche souvent périlleuses et au long cours. Cette page, avec quelques photos en illustration, et une présentation plus riche, explore ce patrimoine, en se penchant particulièrement sur la contribution américaine à cette épopée.

Les Terre-Neuviers : Une Présence Américaine sur les Grands Bancs

Parmi les grands voiliers de pêche, les terre-neuviers occupent une place prépondérante dans l'imaginaire collectif. Ces imposants navires pêchaient "aux cordes", c'est-à-dire avec des palangres munies de très nombreux hameçons, sur les grands-bancs situés entre Terre-Neuve et le Canada. Cette pêche était une activité intense et essentielle, mobilisant des flottes venues de multiples nations. Venant de France, du Portugal, des pays du nord de l'Europe, du Canada et des États-Unis, il s'agissait de grands bateaux : des trois-mâts, voire des quatre-mâts, ou de grandes goélettes. La participation américaine à cette pêche exigeante souligne l'importance de ces grands voiliers dans l'économie et la culture des États-Unis. Ces navires, conçus pour l'endurance et la capacité de charge, incarnaient la robustesse nécessaire pour affronter les conditions rudes de l'Atlantique Nord. Moins connus que les terre-neuviers, les navires dits "Islandais" pêchaient la morue en Islande au début du XXème siècle. La pêche se faisait du bord de ces bateaux, qui étaient plus petits. Nombre de ces bateaux étaient allemands, hollandais ou scandinaves, tandis que les bateaux français étaient des goélettes à deux mâts. Cependant, la présence américaine sur les Grands Bancs et les zones de pêche arctiques était notable, contribuant à un patrimoine maritime riche et diversifié.

Les Baleiniers : Un Chapitre Américain dans l'Histoire de la Grande Pêche

Un autre type de grand voilier de pêche, fortement associé à l'histoire américaine, est le baleinier. Ces navires audacieux allaient chasser les cétacés dans les mers arctiques et antarctiques, des régions lointaines et inhospitalières. La chasse se faisait au harpon à main, depuis des chaloupes appelées baleinières, lancées depuis le navire principal. Un exemple emblématique de ces grands voiliers de pêche est le Charles W. Morgan, conservé comme musée aux USA. Ce navire représente l'un des rares baleiniers en bois encore existants, témoignant de l'ampleur de cette industrie et de son impact sur l'histoire américaine. Sa conservation permet de saisir l'ingéniosité de l'époque et les conditions de vie à bord de ces navires. Les baleiniers, avec leurs coques robustes et leurs aménagements spécifiques pour le traitement de la graisse de baleine, étaient de véritables usines flottantes. Ils incarnaient une forme de pêche à grande échelle, mobilisant des équipages pour des campagnes de plusieurs années, souvent loin de tout port d'attache.

Diversité des Voiliers de Pêche : Échos d'une Tradition Revivifiée

Au-delà des terre-neuviers et des baleiniers, de nombreux autres types de voiliers ont été conçus pour la pêche, chacun adapté à des espèces et des zones spécifiques. Bien que de nombreux exemples notables proviennent d'Europe, ils illustrent parfaitement les pratiques et les défis des grands voiliers de pêche, avec des principes de conception et d'opération qui pouvaient se retrouver à travers le monde.

Les harenguiers de la Mer du Nord étaient pratiquement aussi grands que les Islandais, et souvent construits en acier. Pêchant aux filets dérivants, on les appelait aussi drifters. Ces navires spécialisés montrent la diversification des techniques de pêche à la voile. Pour donner une idée concrète de ce que représentait la navigation et la pêche à bord de ces anciens voiliers, l'expérience vécue sur le Notre Dame des Flots, un ancien harenguier de 28 mètres gréé en ketch aurique, est particulièrement éclairante. Ce bateau, dont l'objectif est le plateau de Rochebonne, à quelques 60 milles du Vieux Port, permet de revivre l'aventure maritime d'antan. À son bord, onze hommes de mer, tous différents mais réunis chacun par la même passion, le voyage, s'apprêtent pour une session printanière. Le capitaine, Pepo, un ancien marin pêcheur, annonce une météo clémente pour la traversée, bien qu'il ne fasse pas chaud, avec un vent de sud-ouest soufflant à 12 nœuds, accompagné de quelques averses et d’un courant poussant. Une houle résiduelle accompagnera également le bateau. Les 28 mètres de longueur du bateau permettent une répartition confortable de tous les pêcheurs calés sur le même bord. Le gréement est un véritable monument d’histoire, et les manœuvres se font également dans la plus pure tradition de nos aïeuls : pas de winch, tout se fait à la force des bras. Il faut du souffle lorsqu’on est en équipage réduit pour arriver en mer, artimon et grande voile hautes, avec plusieurs centaines de mètres carrés de voile à hisser. Une demi-heure après avoir largué les amarres, le Notre Dame des Flots s’engage sur l’océan au près serré, voiles gonflées, et trouve vite son équilibre entre hydrodynamisme et aérodynamisme. La douzaine d’heures de navigation qui se profile ne semble pas perturber les pêcheurs, qui profitent de ce début de traversée pour échanger avec Dany, leur guide. Dany, arpentant ce spot depuis de nombreuses années, connaît bon nombre de ses secrets et présente les nombreuses espèces que les pêcheurs seront susceptibles d’attraper. Un brainstorming essentiel s'engage, où chacun se laisse rapidement aller à quelques grandes gloires d’un passé souvent considéré comme révolu, évoquant les marlins de Gilles dans le Pacifique, les thons de Laurent aux poppers, ou les gros maigres de Dany le guide en kayak.

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Peu à peu, la nuit prend elle aussi ses quarts, apportant dans son obscurité une incroyable bioluminescence bleutée émanant d’un tapis de plancton qui semble sans fin, ainsi que de rares étoiles surprises par Pepo entre deux nuages. La magie de la mer opère. Dès l'aurore, les premières cardinales apparaissent sur le bout de l’étrave, marquant l'arrivée sur Rochebonne et ses trois « sommets » sous-marins entrecoupés de têtes de roche et de tombants, couvrant une superficie de plus de 9000 hectares. À cette heure-ci, le navire entre dans les 3/128 de la montante avec un coefficient à 55 et une pleine mer attendue à 9h48 à La Rochelle. Les courants étant les plus importants du cycle, la majorité des pêcheurs équipe ses cannes en fonction de ce paramètre et du fond, principalement avec des shads montés sur des têtes plombées tournant autour des 70 grammes. La zone est passée au crible par le vieux gréement et les échos de poissons affolent rapidement le sondeur. C’est un poste bien fourni en têtes de roche près du plateau sud-est, avec 20 mètres d’eau sous la quille, qui est choisi. Pepo appelle Fabien, son fils et second de l’équipage, pour une mise à la cape au vent du point repéré, afin de se laisser dériver dessus le plus lentement possible. Arrêter un voilier de 70 tonnes sur un point précis s’apparente quasi à un travail d’horloger. Le gréement entame tout juste sa dérive à 0,5 nœud que Laurent, un des pêcheurs, tape le premier poisson au shad. Dany, en bon amoureux de la nature, saisit le poisson, l’embrasse, puis le remet à l’eau. Tous les participants étant sur le même bord observent dans un premier temps ces poissons sortir, espérant qu’un bar ou un lieu tape sur leur leurre, mais en vain. Sébastien, s’équipant d’une canne légère et d’un petit jig trapu de 60 mm pour 40 grammes, rafle la mise : beaux maquereaux espagnols, vieilles, petits chinchards, serrans, orphies. Le constat est que les grands prédateurs ne sont pas encore de sortie, et il faut pêcher plus fin. Malgré la petite déception de ne pas avoir tapé plus gros, l’humeur à bord est toujours excellente. L'équipage, bien repu par un délicieux plat concocté par Pitchoune, reprend les cannes avec une température plus clémente et la pétole qui s’installe. C'est le début de l'ère des laminaires, les seules à accrocher les leurres des pêcheurs. Dany affectionne particulièrement ces algues et annonce que c’est bon à manger. La pause s’impose, avec un verre de pastis et une assiette de carpaccio de maquereau. Arrive ensuite le coup du soir, cher à tout pêcheur. Il est 19 heures et, pour certains, peu confiants, reprennent leur canne. Pourtant, un élan de groupe va se former autour du Black Minnow 120. Une première sur le Notre Dame : tout le monde pêche avec le même leurre. Laurent sent que ça tape, et un joli bar de 3,5 kilos arrive à la surface. Puis c’est Fabien qui se fait dérouler le fil après une attaque, et un très joli lieu jaune de 5 kilos est sorti. La plus grosse prise de la journée, un second lieu jaune de 6,5 kilos, sera faite au Black Minnow 120 sur un tombant par 30 mètres de fond. S’ensuivra une belle rascasse déplaçant son kilo et une seiche. L'agréable journée se finit sur une note optimiste. Soixante miles de route attendent l'équipage, les voiles sont levées peu de temps après, direction l’est. Cette expérience, pour ce week-end, ressemblera moins à une simple sortie qu'à celle d’une équipe de marins-pêcheurs ayant eu la sensation de revivre authentiquement les grands moments d’une époque réellement révolue.

D'autres spécialisations existaient, comme les thoniers qui pratiquaient la pêche à la traîne avec des lignes portées par de grands tangons, principalement dans le Golfe de Gascogne ou plus loin, entre les Açores et l'Irlande. Cette pêche se pratiquait surtout au départ de la France et d'Espagne. Ces bateaux étaient d'abord de fortes chaloupes, puis des dundées de 14 à 22 mètres. La Nébuleuse est un Dundee thonier construit à Camaret sur mer, qui passait l'hiver à la drague et l'été à la pêche au thon. Sa coque de 19 mètres, avec des voiles bleu-blanc-orange, est un exemple de vaillant thonier. La forme de ces navires a évolué, avec une voûte arrière très longue pour les dundées des années 1930, qui s'est avérée dangereuse par grosse mer, remplacée plus tard par un arrière rond ou un arrière canoë. Les chalutiers, pêchant au chalut à perche, ont également évolué. Certains chalutiers anglais ont été restaurés sous leur état d'origine, comme à Lowestoft ou Brixham. Cependant, les chalutiers à voiles ont progressivement cédé la place aux chalutiers à panneaux, nécessitant davantage de puissance motrice, marquant la fin d'une ère. Enfin, des navires plus petits comme les sardiniers, les maquereautiers, les langoustiers ou les caseyeurs, chacun avec leurs spécificités et leurs zones de pêche, complètent ce panorama de la pêche à la voile. Les grandes chaloupes basques, par exemple, pratiquaient toutes les pêches, de la sardine à la morue et même la chasse à la baleine, parfois jusqu'à Terre-Neuve.

L'Évolution : Des Voiliers Historiques aux "Fishing" Américains Modernes

Si les anciens grands voiliers de pêche américains appartiennent à un passé révolu, le terme "fishing" a pris une nouvelle signification dans le contexte américain moderne. Un "fishing" est un type de bateau de pêche rapide et assez exclusif, plébiscité par les Américains. Ce terme désigne les bateaux américains destinés à la pêche sportive. Aux États-Unis, cette discipline est très appréciée et pratiquée, avec de nombreux concours organisés, dont certains sont richement dotés. Il existe donc un vrai marché pour les passionnés à la recherche d'un bateau rapide pour se rendre sur des zones de pêche parfois éloignées. Ils veulent également que le plan de pont et l'équipement, tels que les porte-cannes, les viviers et les rangements adéquats, soient parfaitement adaptés à leur passion. Un "fishing" est donc très souvent un bateau "open", bien que l'on trouve aussi des modèles habitables, équipé d'une console centrale, à bord duquel on peut se déplacer aisément et pêcher efficacement. Leur silhouette est assez typique : des unités aux lignes racées, avec la console souvent surmontée d'un petit "tau" monté sur un arceau inox surdimensionné. Le comportement marin doit être exemplaire, la motorisation est en général hors-bord et les puissances élevées. Aux USA, les chantiers spécialisés sont légion.

Le "fishing" a ses adeptes en France également, mais sa connotation sportive n'a pas toujours joué en sa faveur, et sa grosse motorisation est parfois perçue négativement. La culture de la pêche est différente dans l'Hexagone ; ici, ce sont des bateaux plus tranquilles et plus abordables en termes de budget qui séduisent. Cependant, les pratiques évoluent. À l'origine, le "pêche-promenade" était une unité de taille modeste, assez exclusive avec une petite timonerie spartiate et un cockpit plutôt dépouillé afin de faciliter les déplacements à bord, point essentiel pour les pêcheurs. Les chantiers cherchent aujourd'hui à renouveler cette catégorie, qui souffre dorénavant d'une image vieillissante. Depuis quelques saisons, les tailles de bateaux augmentent, les designs de timonerie se modernisent, la surface vitrée s'agrandit et les puissances disponibles gonflent légèrement. Des chantiers comme Bénéteau avec la gamme Barracuda, ou Jeanneau avec les Merry Fisher Marlin, tentent de faire la jonction entre le "pêche-promenade" et l'esprit "4x4 des mers" en s’inspirant des marques nordiques comme Nordstar, Paragon et Botnia Marine, montrant une influence moderne du design américain et nordique sur les bateaux de pêche de plaisance.

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