L’ancrage historique d’un port légendaire
Nichée sur la côte sud du Finistère, à l’entrée du cap Sizun, au fond d’une superbe baie, se trouve une cité qui semble sortie de la nuit des temps : Douarnenez. Le nom lui-même, "Douar en Enez" ou "territoire de l’île", évoque immédiatement cette connexion viscérale avec l’océan. Ce port fut une escale stratégique dès la route de l’étain, à l’époque où les Phéniciens régnaient sur les mers. Son importance s’est confirmée sous l’Empire romain, comme en témoignent les cuves à salaison retrouvées au site des Plomarc’h. C’est ici que l’on fabriquait le garum, ce jus de poisson fermenté alors prisé dans tout l’Empire pour épicer les plats.
Au seizième siècle, Douarnenez s'affirmait comme un comptoir de toiles à voile réputées, dont les célèbres Poldavys. Ces toiles, tissées à Locronan, auraient, selon la légende, propulsé les caravelles de Christophe Colomb vers le Nouveau Monde. Douarnenez demeure un port flottant entre l’histoire et la légende, marqué par l’île Tristan, ancrée dans la baie. Si l’on raconte que Tristan y aima Yseult, l’île fut également le théâtre des aventures de Guy Eder de La Fontenelle, un personnage sombre du seizième siècle. Plus au large, la mythologie bretonne place les murailles de la ville d’Ys, engloutie par les flots après s’être attirée les foudres divines.
La révolution de la sardine et l'essor des chantiers navals
Ecrin dans l’écrin, la ria de Pouldavid a accueilli au dix-neuvième siècle le port de cabotage du Port-Rhu. À cette époque, l’activité y était incessante : on y embarquait des sardines salées et pressées, tandis que l’on débarquait des résines du Sud-Ouest, du charbon gallois et des bois scandinaves. Surtout, le port recevait la rogue de morue norvégienne, cet appât indispensable à la pêche à la sardine. La ville tout entière vivait au rythme des odeurs de saumure et de friture.
Cependant, ce règne était précaire. Lorsque les bancs de sardines désertaient les eaux locales, la misère succédait à la prospérité. Ces crises cycliques ont forcé les marins et constructeurs à se diversifier, voyant la sardine céder la place à d’autres espèces. Des chantiers locaux, dont celui surnommé le « chantier bolchevik » situé place de l’Enfer, sortirent alors des milliers de bateaux : caboteurs, pinasses, malamoks et dundées. Ces navires partaient pêcher le thon atlantique, le maquereau écossais ou encore les langoustes africaines, surnommées « crustacés des Touaregs ». En 1900, l’effervescence était telle que 179 chaloupes furent construites à Douarnenez, soit un lancement tous les deux jours.
Le Biche : Le dernier des thoniers dundées
Parmi ce riche patrimoine, le Biche occupe une place à part. Ce modèle de thonier dundée de 21 mètres, construit en 1934 pour un patron de pêche, est le dernier thonier dundée à voile de l’île de Groix. Il a pêché le thon jusque dans les années 50, avant de connaître plusieurs vies : bateau-dortoir en Belgique pour le Royal Belgian Sailing Club, puis charter en Angleterre à la fin des années 60. Après une période d’abandon entre 1985 et 1991, le Musée Maritime de Douarnenez en a fait l’acquisition.
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Le Biche est le dernier thonier dundée à voiles de l’Atlantique, un type de bateau construit à des centaines d’exemplaires jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. 80 ans après son lancement aux Sables-d’Olonne, il a bénéficié d’une restauration complète par les Chantiers du Guip, menée de 2009 à 2012 après des milliers d’heures de travail. Aujourd'hui, il retourne chaque année faire son vrai métier, celui pour lequel il a été mis au point par des générations de charpentiers et de marins. Il appareille pour des marées dans le Golfe de Gascogne, où l’équipage partage sa passion pour la navigation à voiles et initie les passagers à la pêche aux lignes traînantes. Les membres participent activement aux manœuvres, aux quarts de jour et de nuit, ainsi qu’à la vie quotidienne à bord.
Transmission et valorisation du savoir-faire maritime
Transmettre l’histoire et les techniques maritimes est une mission cruciale pour les bénévoles de l’association Treizour. Veillant depuis la création du musée du bateau dans les années 1980, ils font revivre des embarcations emblématiques. C’est le cas de la chaloupe An Eostig, réplique moderne d'un temps où la pêche à la voile faisait vivre toute la ville. Conçue suivant les plans de Jean-Pierre Philippe, d’après la demi-coque du Rapace des mers de Camaret-sur-Mer, elle a été reconstruite par les charpentiers du Port-musée. En mars 2024, des dizaines de volontaires ont procédé au tannage de ses voiles sur les estacades du Port-musée, afin de les protéger du temps, des moisissures et des bactéries.
Le patrimoine flottant de Douarnenez ne se limite pas à ces unités. Le Kermoor (DZ185120), un Malamok de 16,50 mètres construit en 1959 à Audierne, a également été confié au Port-musée après sa sortie de flotte en 1991. De même, des navires comme La Barcarolle (DZ639504), un fileyeur-palangrier en bois de 13,90 mètres construit en 1983 par le chantier Tanguy, témoignent de l'évolution technique de la pêche locale au fil des décennies.
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