L'histoire des infrastructures sportives en France, et plus particulièrement celle des stades nautiques, témoigne d'une évolution profonde de la politique publique et des aspirations sociales. De la reconstruction des Trente Glorieuses aux équipements contemporains comme la piscine Guy Bey à Meudon, ces lieux ne sont pas seulement des espaces de pratique sportive, mais des témoins architecturaux et des centres de vie communautaire.
La genèse du stade nautique de Toulon : Un défi historique
Située en cœur de ville aux abords immédiats de la rade, la piscine municipale toulonnaise du Port-Marchand a fêté, en 2022, ses cinquante ans d’existence. Cet équipement sportif de prestige, dont la réalisation s’est faite attendre durant plus d’une décennie, constitue encore aujourd’hui un édifice à l’architecture remarquable et emblématique de la ville de Toulon. Au début des années 1960, la ville de Toulon ne possède aucun bassin de natation, ce qui est le cas de la majorité des villes varoises et plus largement françaises. Les Toulonnais ne peuvent que profiter des bains de mer, depuis la seule plage facilement accessible de la ville, située au Mourillon. Sinon ils sont obligés de se rendre aux Sablettes à La Seyne-sur-Mer voire dans des criques situées le long du littoral, qui sont dangereuses pour les plus jeunes et les nageurs débutants.
La municipalité est désireuse de remédier à cette situation, mais de lourdes contraintes financières pèsent sur elle dans un contexte de reconstruction. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le quartier du port militaire de Toulon est en effet largement détruit, victime des conséquences du sabordage de la flotte française en novembre 1942 et de nombreux bombardements des Alliés. La réalisation d’un stade nautique est toutefois envisagée dès la fin des années 1950, dans un moment propice à la création d’une piscine, porté par une dynamique nationale aidant à la construction de nouveaux équipements sportifs sur l’ensemble du territoire français. En 1958 est en effet créé un Haut-Commissariat à la Jeunesse et aux Sports confié à l’alpiniste Maurice Herzog. En 1961, celui-ci défend devant le Parlement la première loi-programme relative « à l’équipement sportif et socio-éducatif » inscrite dans le cadre du IVe plan (1962-1965).
Architecture et urbanisme au Port-Marchand
À Toulon, un avant-projet sommaire de stade nautique, devant prendre place « dans la partie Sud-Ouest de la zone résidentielle du Port-Marchand » est dressé par le service des Ponts et Chaussées et soumis, dès novembre 1960, pour approbation devant le conseil municipal. Lors de la séance du 14 décembre 1964, le conseil municipal adopte l’avant-projet définitif de construction de la piscine municipale du Port-Marchand, avant que le projet de réalisation ne soit validé, bien plus tard, lors de la séance du 12 avril 1967. La première pierre est symboliquement posée le 9 février 1970, en présence de nombreuses personnalités dont le maire de Toulon Maurice Arreckx.
Cette réalisation obtient le soutien financier de l’État et s’effectue parallèlement à l’opération gouvernementale dite « 1000 piscines », supervisée par le Secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports et donnant lieu à la construction de centaines de nouveaux équipements aquatiques dans toute la France, au cours des années 1970. L’édification de la piscine municipale de Toulon est indissociable au niveau local de l’aménagement d’ensemble de la zone du Port-Marchand dans le cadre de la reconstruction de la ville au cours des Trente Glorieuses. Le stade nautique est construit sur des terrains récemment libérés par la Marine nationale et cédés par la chambre de commerce à la municipalité de Toulon.
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Pour sublimer le béton, l’architecte choisi est le Varois Alfred Henry, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Paris et de l’Illinois Institute of Technology. Il est aux États-Unis l’élève de l’architecte allemand naturalisé américain Ludwig Mies Van der Rohe, ancien directeur de la fameuse école du Bauhaus. Au Port-Marchand, l’architecte donne naissance à un élégant ensemble aquatique aux lignes épurées permettant d’accueillir la lumière méditerranéenne. L’élément majeur de ce nouveau stade nautique municipal est le bassin extérieur à ciel ouvert de dimension olympique. D’une profondeur de 1,90 m, il est divisé en huit lignes d’eau de 50 m permettant aux nageurs confirmés de pratiquer leur sport. En plein air se trouve également une pataugeoire de 50 m² destinée aux plus petits et une fosse, surmontée d’un imposant et élégant plongeoir, dont le plus haut des trois tremplins atteignait 10 m de hauteur.
Innovations et intégration fonctionnelle
Le bassin intérieur ou « bassin-école », couvert et chauffé, est lui long de 25 m et large de 12,50 m, alors que sa profondeur varie de 80 cm à 1,90 m. Surmontées d’une toiture en béton en forme d’ailes d’oiseau, ses baies vitrées ouvrent sur le panorama de la rade. Ces équipements aquatiques sont complétés par des vestiaires avec sanitaires et douches, la réception, le logement du concierge, des locaux techniques ou administratifs et des espaces de réunion. L’artiste toulonnais Jean-Gérard Mattio est chargé de la décoration intérieure et extérieure de la piscine, qui intègre de longues frises reprenant des thèmes aquatiques stylisés. Il réalise aussi une peinture murale dans le hall d’accueil.
Devenue trentenaire, la piscine du Port-Marchand bénéficie, au milieu des années 2000, de douze mois de travaux, soit la plus longue campagne de ce type depuis son ouverture en 1972. Au-delà de l’effacement des traces du temps, ces travaux permettent de faciliter l’accès pour les personnes à mobilité réduite et d’installer dans le bassin intérieur un faux plafond, afin d’améliorer très sensiblement l’acoustique pour le plus grand bonheur des maîtres-nageurs en contact quotidien avec les enfants. Ceci permet également une meilleure isolation thermique, d’autant qu’un nouveau double-vitrage est installé, dans l’optique d’offrir aux nageurs une vue encore plus belle sur la rade. De même en juillet 2020, le conseil municipal de Toulon entérine le principe de l’installation d’un pool-over modulable en PVC permettant de couvrir le bassin extérieur hors des heures de pratique. Inaugurée le 10 février suivant, cette couverture thermique rigide innovante permet aux nageurs de profiter du bassin olympique douze mois sur douze, grâce à une température de l’eau maintenue à 30 degrés.
Modèles nationaux et typologies d'équipements
Ce stade nautique multi-bassins fut l’un des cinq exemplaires du modèle mis au point par Jean Deroche et Paul Chemetov. Après une première réalisation à Corbeil-Essonnes, ce modèle jugé trop ambitieux par la commission d’agrément des projets-types du secrétariat d’État à la Jeunesse et aux Sports pour se voir attribuer l’agrément, séduisit cependant quatre autres villes de la région parisienne entre 1967 et 1972 dont Epinay-sur-Seine. Ce modèle était commercialisé par l’Entreprise Vonrufs et Latard et le Groupe Inter-Technique. Jusqu’à 2005, année de sa démolition, ce stade nautique comprenait cinq bassins : bassin sportif (25x15), bassin éducatif (25 x12,50), une fosse à plonger (12,50 x12,50) avec plongeoir de cinq mètres, une pataugeoire et un bassin olympique (50 x21). Implantés en L, les quatre premiers dans le bâtiment couvert, et celui aux dimensions olympiques en plein air. A l’angle des deux, un dernier bâtiment abritait l’accueil et le logement du directeur tandis que la parcelle restante était destinée au solarium.
Ils privilégièrent des bassins en acier préfabriqués posés sur une structure en béton armé et optèrent pour du bois pour la charpente et les sous-faces. Le bois offrait l’avantage de limiter les inconvénients phoniques particulièrement importants au sein de ce type de construction de haut volume recevant un public nombreux. En 1980, le stade nautique (à Epinay) est baptisé Fernand Belino en hommage au maire de la ville, militant communiste et déporté de Buchenwald, mort l’année précédente. À l’entrée de la piscine est alors installée une fresque de 15 m² de Boris Taslitzky, ami de Fernand Belino, connu pour son témoignage pictural des camps de concentration.
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