La Grèce, avec ses 9 000 îles et îlots dispersés dans les eaux cristallines, offre une expérience de navigation unique, mêlant histoire, culture, paysages époustouflants et conditions de navigation idéales. Pour un plaisancier habitué aux côtes de la Méditerranée occidentale, cette destination représente une étape majeure, un changement de paradigme technique et sensoriel après des années passées en Manche, en Atlantique et le long des côtes hispano-franco-italiennes.
Les zones de navigation : de l'Ionienne à l'Égée
Pensez à la Grèce. Je m’attends à ce que cela vous évoque des églises blanches avec des dômes aux couleurs audacieuses, des maisons bibliques, des îles rugueuses et arides, des ruines classiques et des soldats antiques. Votre esprit papillonne dans des tavernes servant de l’ouzo, de la salade grecque et de la moussaka, ou sur une mer d’un bleu si profond, complexe et immaculé qu’aucun mot ne peut le décrire avec précision.
La mer Ionienne est située entre la Sicile et les côtes occidentales de la Grèce. Cette région a un caractère différent, du fait de sa récente influence italienne. La Grèce occidentale est historiquement une zone de fusion, ce qui en fait un incontournable lorsque vous naviguez sur les îles grecques. La saison sur la côte ouest est plus courte et le temps est idéal pour naviguer entre la mi-mai et la mi-octobre. Le vent estival principal est le maistros, un vent quotidien de nord-ouest ou de ouest-nord-ouest qui commence à souffler autour de 11h à midi et continue jusqu’au soir, atteignant de trois à cinq degrés sur l’échelle de Beaufort.
Le golfe Argosaronique, situé au sud-ouest d’Athènes, offre un temps dominant presque toujours plus léger que celui des zones de haute mer. Le vent du golfe Argosaronique est habituellement de deux degrés plus bas sur l’échelle de Beaufort que celui de la mer Égée. Le golfe Argosaronique est moins saisonnier que les autres et très différent du minimalisme lumineux des îles de la mer Égée, avec ses paysages élevés et ses niveaux inférieurs fortement boisés.
Les îles de l’Égée du Sud, qui comprennent les Cyclades, le Dodécanèse et les îles Sporades orientales, sont les plus connues. À l’exception de Naxos et de Samos, ces îles présentent des paysages rocheux blanchis et une mer de cobalt éblouissante sous le soleil méditerranéen. Elles expriment un réel sentiment de subsistance et d’endurance. Enfin, l’Égée du Nord est un havre de paix pour ceux qui veulent éviter les foules. En général, l’été de l’Égée du Nord est plus court et les vents sont plus légers que dans l’Égée du Sud.
Lire aussi: Amarrer son bateau à Barcelone
Maîtriser l'amarrage en Grèce : le choc des cultures
Pour nous marins de l’Atlantique et du plateau continental, habitués aux marées et aux mouillages par faible profondeur, ici c’est le choc ! Ça commence au niveau de la baille à mouillage avec 80m de chaîne, alors qu’en Bretagne quand on en a déjà 40m c’est le plus souvent largement suffisant. Les équipages qui connaissent les ports méditerranéens avec des lignes de mouillage, comme c'est généralement le cas en Espagne, en Italie ou en Croatie, doivent changer d'avis.
De nombreux ports grecs sont de simples ports communaux, où l'on est certes amarré avec la poupe face à la jetée, mais où la proue est tenue par sa propre ancre, qui est jetée dans le port et doit également être en place. Pour beaucoup de nouveaux venus, c'est inhabituel et, faute d'espace suffisant, il faut manœuvrer le plus doucement possible, surtout par vent de travers. Le plus simple est de faire une manœuvre d'ancre, de passer les lignes de poupe. Faire avancer le bateau de quelques mètres avec les lignes de poupe sur la cale. Ensuite, lever l'ancre avec le winch jusqu'à ce que la chaîne soit tendue. Ensuite, tirer la poupe au moteur jusqu'à la jetée.
Une difficulté majeure réside dans la gestion des fonds. À Hydra, par exemple, nous avons mouillé dans la baie de Mandraki, et au milieu de la baie il y a 30 à 40m de fond. Le fait d’utiliser de la chaîne (lourde) aide beaucoup, mais la règle dit qu’il faut quand même utiliser 3 à 4 fois la hauteur d’eau en chaîne pour assurer la tenue d’une ancre. La seule difficulté de cette manœuvre est que si le vent n’est pas dans la direction de la côte où on souhaite s’amarrer, il faut maintenir le bateau à proximité de la côte le temps d’aller passer au moins une amarre à terre.
Le lendemain matin, il peut arriver que l'on se retrouve avec une "salade d'ancres" : soi-même ou d'autres équipages ont posé par mégarde l'ancre sur le harnais du voisin. Lors du rattrapage, il arrive que la chaîne voisine et sa propre ancre se détraquent. Pour se dégager, commencez par garder son calme. Remontez la chaîne de l'autre bateau jusqu'à ce que l'on puisse passer un cordage en dessous et l'attacher. Déchargez ensuite sa propre chaîne, qui est ainsi libérée.
Services portuaires et logistique
Les marinas grecques ont à peu près le même niveau de service que les autres marinas méditerranéennes. Il n'en va pas de même pour les ports communaux. On y attend en vain l'aide de marineros et, malheureusement, les ports n'ont souvent pas d'installations sanitaires. Mais les Grecs se sont adaptés à cette situation : la plupart du temps, il y a des panneaux près des mouillages dans les maisons privées, les restaurants ou les hôtels qui indiquent qu'il y a des douches payantes. Elles sont souvent très bien entretenues et coûtent généralement entre deux et quatre euros.
Lire aussi: Tout savoir sur les voiles de voilier
Étant donné que les petits ports isolés ne disposent pas toujours de l'électricité et de l'eau, il existe parfois encore un approvisionnement par camion-citerne, notamment sur les îles où l'eau est rare, comme dans les Cyclades ou le Dodécanèse. La Grèce est la zone de navigation la moins chère d'Europe. Souvent, un yacht de 40 pieds ne coûte que quelques euros de frais d'amarrage. S'il y a de l'électricité et de l'eau, cela peut même coûter 15 à 20 euros. Rien à voir avec de nombreux ports en Croatie ou aux Baléares, où il faut rapidement débourser 60 à 80 euros.
Le Meltemi : le défi de l'Égée
Le meltemi est un vent d'été très stable qui s'établit à partir de juin, atteint sa force maximale en juillet et août et diminue lentement en septembre, octobre. Les équipages inexpérimentés devraient éviter la mer Égée au plus fort du meltemi. En été, il souffle en moyenne à 4-6 Beaufort, mais il peut aussi tenir quelques jours à 7-8 Beaufort. Il souffle en demi-cercle à travers la mer Égée, du nord-est au nord-ouest selon les régions.
Il se renforce lentement à partir du matin et atteint sa force maximale dans l'après-midi jusqu'en début de soirée. Règle du pouce : si vous devez naviguer contre le meltemi pour revenir à la base, prévoyez deux tiers du temps de location pour le retour. Dans la mer Égée surtout, mais aussi entre certaines îles de la mer Ionienne, les vents dominants sont considérablement renforcés au niveau régional par des vents descendants, des effets d'écrêtement ou de tuyère. Le canal entre Céphalonie et Ithaque dans la mer Ionienne ou celui entre Paros et Naxos dans la mer Égée sont des tuyères à vent célèbres.
Aspects administratifs et communication
En Grèce, il existe une règle stricte qui exige que chaque skipper désigne un co-skipper. Celui-ci a besoin soit d'un permis de navigation quelconque, soit d'un certificat d'expérience prouvant qu'il pourrait amener le bateau à bon port sans skipper. Important pour les propriétaires : celui qui navigue pour la première fois en Grèce a besoin à son arrivée de l'eTEPAI, une autorisation de naviguer dans les eaux grecques. Elle est échelonnée en fonction de la taille du bateau et de la durée du séjour.
Concernant les communications, la solution moderne repose sur l'utilisation de données mobiles via des cartes SIM locales ou des forfaits roaming européens qui couvrent désormais efficacement la zone. Si vous comptez sur le WiFi des ports, gardez à l'esprit que la qualité est inégale, bien que les cafés et restaurants situés à proximité immédiate des quais proposent souvent un accès fiable. Pour la météo, le service météorologique national fournit de très bonnes données sous www.poseidon.hcmr.gr ou via l'application Android. Les meilleures cartes marines de la région sont publiées par la maison d'édition grecque Eagle Ray, qui sont très actuelles et contiennent énormément de détails, de plans de ports et d'informations supplémentaires.
Lire aussi: Innovations dans les voiles
#