L'Odyssée créative d'Alonso Cano : Entre génie universel et tourments andalous

La beauté et la complexité de l'art peuvent se manifester sous de nombreuses formes, et peu d'artistes ont réussi à les exprimer aussi habilement qu'Alonso Cano dans la peinture, la sculpture et l'architecture. Artiste complet dans l’esprit de la Renaissance, Alonso Cano fut à la fois architecte, sculpteur et peintre. Né dans une famille d'artisans le 19 février 1601 à Grenade, en Espagne, Cano est devenu un triple talent et a posé les bases de la "Escuela granadina de pintura", la peinture grenadine. Il est le fils de Miguel Cano, fabriquant (ensamblador) de retables originaire de la ville d'Almodóvar del Campo et de María de Almansa, native de Villarobledo, pueblo de La Manche. Son père lui a enseigné l'architecture.

La formation d'un maître polyvalent

Cano a commencé son voyage artistique dans sa jeunesse, lorsqu'il a déménagé à Séville avec sa famille et est devenu l'élève de maîtres tels que Juan del Castillo, Francisco Pacheco et Francisco Herrera the Elder. Condisciple de Velázquez dans l’atelier de Francisco Pacheco en 1616, il étudia, semble-t-il, avec Martinez Montañes, le plus grand sculpteur de son temps. Ayant étudié l'architecture avec son père, la sculpture avec Juan Martínez Montañés, le maître de la statuaire polychrome, et la peinture avec Francisco Pacheco chez qui il rencontra Velázquez, c'est une formation artistique complète que reçut Alonso Cano. Grâce à l'éducation de son père et au soutien de ses professeurs et mentors, Cano a acquis une polyvalence qui lui a permis de se spécialiser dans un large éventail de formes d'art.

L’ascension à la cour de Philippe IV

Le destin a conduit Cano à Madrid en 1637 où, grâce à une recommandation d'Diego Velázquez, il est devenu peintre de la cour du roi Philippe IV et a supervisé tous les bâtiments royaux. Il obtint la faveur du duc d'Olivarèz, qui le fit nommer en 1638 maître des œuvres royales et peintre de la chambre. Ce mandat royal lui permit de développer ses compétences au plus haut niveau et d'orner de peintures les pièces de l'Alcazar. Lors de la décoration des églises San Isidro el Real et San Miguel, il choisit des sujets religieux qui reflétaient la vertu et la dévotion du peuple. Appelé à Madrid en 1638 par le comte-duc d'Olivares, il découvre l'art de Titien et de Véronèse, bien représentés dans les collections royales, et sa peinture en sera transformée. Une œuvre comme Le Miracle du puits de saint Isidore (1645-1646 ; musée du Prado) est d'un style élégiaque qui annonce certaines toiles de Velázquez.

L’évolution stylistique : du Ténébrisme à la grâce idéale

Dans sa jeunesse il adopta le style réaliste ainsi que le Ténébrisme pour faire siens, par la suite, les coloris brillants, des compositions recherchées dont les références se situent chez les Vénitiens et les grands maîtres du XVIè siècle comme Raphaël. Cano recherche avant tout un modèle de beauté plastique idéale, chose très sensible dans ses modèles féminins. Sa capacité à reprendre des motifs anciens et à les réinterpréter sans jamais avoir visité l'Italie témoigne de son extraordinaire sensibilité artistique. À Séville, il se distingue comme sculpteur de retables (grand retable de Lebrifa, 1629-1631). Les peintures datant de son séjour à Séville, en particulier Saint François Borgia (Séville), sont influencées par Zurbarán et le ténébrisme. Une œuvre très significative de sa maturité est la Descente du Christ aux limbes (Museum of Fine Arts, Los Angeles). L'alliance unique de la rigueur et de la grâce dans ses peintures peut être ressentie dans les œuvres d'art époustouflantes que l'on peut voir aujourd'hui dans des musées tels que le Museo del Prado à Madrid et la Berliner Galerie.

Tempérament et turbulences d'une vie passionnée

Alonso Cano était notoirement connu pour son humeur impétueuse, et l'on rapporta qu'un jour il aurait commis le blasphème de réduire en miettes la statue d'un saint, après que les négociations avec un acheteur éventuel n'eurent pas abouti. Son caractère passionné, selon une autre source, lui valut également d'être soupçonné du meurtre de sa femme ou même de torture à ce sujet, bien que tous les indices tendaient plutôt à accuser son domestique. Il décida de quitter sa famille, afin de vivre seul après ces malheurs domestiques, suite d'une vie désordonnée, puis se détermina à trouver la retraite dans un couvent de Grenade où il finit ses jours. Ses activités de peintre de cour s'interrompirent en 1644, date à laquelle, soupçonné du meurtre de sa seconde femme, il dut s'enfuir à Valence. Malgré de graves turbulences personnelles et des accusations qui l'obligèrent à quitter Madrid, Cano resta fidèle à son art et réalisa à Valence des peintures pour la chartreuse Porta Coeli et les églises San Juan de Ribera et S. Francisco.

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