Alexandre Legrand : La stratégie de l’excellence dans la natation française

La discipline de la natation de haut niveau exige une rigueur qui s’apparente, toutes proportions gardées, à l’ambition des grands stratèges de l’Antiquité. Dans le paysage sportif contemporain, le parcours et l’analyse d’Alexandre Legrand, entraîneur de renom, illustrent la quête permanente de performance, de gestion des ressources et de transmission du savoir. Alors que le nom d’Alexandre le Grand résonne à travers les siècles comme celui d’un conquérant ayant bâti un empire par une vision tactique exceptionnelle, l’entraîneur Alexandre Legrand, de son côté, s’est distingué par une volonté méthodique d’élever le niveau de la natation chalonnaise, puis de prendre la responsabilité du Centre Accession Formation (CAF) des Hauts-de-France.

L’analyse rigoureuse des performances sportives

L’évaluation d’une compétition ne se limite jamais à une simple lecture du tableau des médailles. Pour un technicien, le bilan d’un événement comme les championnats de France juniors nécessite une dissection chirurgicale des résultats. De retour des championnats de France juniors de natation achevés mercredi à Massy (18-22 décembre), Alexandre Legrand dresse un bilan globalement satisfaisant de la délégation chalonnaise. Principalement de son papillonneur Clément Rivière, qui a survolé la compétition avec trois médailles dont deux en or sur 100m et 200m papillon. Toutefois, cette satisfaction individuelle ne doit pas occulter les lacunes structurelles d’un collectif.

Le regard critique d'Alexandre Legrand se porte sur l’efficacité globale de la structure : « Sur les 16 nageurs qualifiés, le bilan est un peu décevant. Pourquoi ? Parce qu’on était l'un des clubs les plus représentés, et on ne serait que 17e au classement des structures présentes. Quand tu es bien représenté en densité comme on l'était, tu dois faire mieux et te battre pour faire plus d’accès en finale. On aurait aussi dû avoir moins de disqualifications (Sawsane El Gamah sur 50m papillon, Arthur Maze sur 200m 4nages). Ce n'est pas satisfaisant. » Cette exigence est le moteur de tout entraîneur souhaitant transformer un vivier talentueux en une force dominante. Pour lui, le potentiel doit se traduire par une présence constante au plus haut niveau. « Avec notre infrastructure, le nombre de qualifiés, le vivier qu’on a, on doit faire un top 10. On fait top 20, on peut se dire qu'on est dans le premier cinquième du classement (sur une centaine de clubs), et que ce n'est pas trop mal mais quand tu vois que les Dauphins d’Obernai sont devant nous avec seulement 3 participants, ce n'est pas normal. Au niveau du classement clubs, ce n'est pas satisfaisant, on ne serait que 17e, alors qu'on était l'un de ceux les plus représentés. Avec notre infrastructure et notre vivier, on doit faire top 10, pas top 20. »

La gestion du groupe élite et la dynamique de progression

Si la performance collective appelle à une remise en question, la gestion du groupe élite témoigne, elle, d’une réussite opérationnelle. « Il est plutôt positif. On fait 4 podiums, dont 3 pour Clément (Rivière) et 1 pour Néo (Dérangère). C'est le papillon qui nous ramène des médailles. Pour le reste, quasiment tout le monde a fait des finales sauf Guillaume (Wagner) et Lucas (Rameaux). » Le sport de haut niveau se joue souvent sur des détails infimes, transformant une médaille en une quatrième place frustrante. « On en a raté 2-3 d'un rien notamment Arthur (Maze) sur 200m 4 nages à cause d'un problème de lunettes, ou Guillaume (Wagner) sur 200m dos pour une place. »

Cependant, au-delà du chronomètre, c’est l’investissement psychologique et physique des athlètes qui détermine la pérennité d’un entraîneur. « Mais ils ont tous battu leurs records personnels mis à part Thomas (Frérot). A part ça, on a bien géré, ils ont tous été très investis et ont fait des supers championnats. Ils ne se sont jamais démontés et dans le comportement, ils ont été malins. En faisant des bains froid dans leur chambre, en étant appliqués et sérieux dans la récupération etc. C'est pour ça que le bilan est positif. Le papillon nous ramène des médailles avec 4 podiums dont trois pour Clément (Rivière) et un pour Néo (Dérangère). On manque 2-3 finales d'un rien, mais ils ont presque tous battus leurs records personnels. Et au-delà de ça, ils ont tous été très investis. Le bilan est positif. » Ces éléments démontrent une gestion intelligente de l'effort et de la récupération, essentielle pour ceux qui aspirent à l'élite.

Lire aussi: Plongez dans l'univers des "Voiles Écarlates"

L'éclosion des talents : le cas Clément Rivière

L’histoire de la natation est ponctuée par l’émergence de champions capables de marquer leur époque par une précocité hors du commun. Clément Rivière incarne cette trajectoire ascendante sous la houlette d’Alexandre Legrand. « Il a excellé et a explosé ses temps. C'est la preuve d'une grosse maturité et d'une certaine intelligence. Il a impressionné dès le premier jour. Sur le 100m pap, on voulait faire tomber la meilleure performance de Maxime Grousset en 52’3, il touche en 52’1. A ce moment-là, c’était le bordel dans les tribunes de la piscine. Il signe le record de France 18 ans et moins. Aucun nageur n’a fait mieux que lui sur cette distance à cet âge. »

Le succès est une construction mentale autant que physique. « Et au final, ça fait qu'il n'a jamais perdu sur 100m papillon en juniors, que ce soit en petit ou en grand bassin. Sur le 200m, il a su être intelligent aussi et relâché au bon moment. Après, qu'il fasse moins de deux minutes, je m’y attendais, mais 1’57 pas vraiment (1'57''87). A 8 dixièmes, on allait encore chercher la meilleure performance française 18 ans. Et sur le 50m, il s'est ouvert des portes. Il fait 23''96, c’est son record. Il n'était jamais passé sous les 24’4. Bref, ce sont des super championnats, pour sa dernière sortie en juniors, devant ses parents. Il a vraiment fait des grosses perfs. Il fait des super championnats. Il a excellé et explosé ses temps. Il a impressionné dès le premier jour sur 100m papillon. Les tribunes de la piscine était en ébullition. Pour sa dernière sortie en juniors, devant ses parents. Il a vraiment fait des grosses perfs. »

La planification à long terme et la transmission du savoir

La natation, comme toute discipline de haut niveau, ne supporte pas l'improvisation. La planification des cycles d'entraînement est cruciale pour atteindre des sommets en avril ou en mai. « Oui, on a fait une dernière séance ce jeudi avec Arthur (Millet), Ana (Urbaniak) et Laurine (Picard). Je vais leur laisser à tous une petite coupure avec des petites séances de physique et dans l’eau à faire, mais ce sera à la cool. La reprise est prévue le 3 janvier, là, ce sera direct avec du lourd. Avec en ligne de mire, les France élite de limoges en avril et les championnats de France juniors en mai à Chalon. »

La carrière d'un entraîneur est une suite de cycles, de transmissions et d'évolutions. Le départ d'Antoine Britz du Centre Accession Formation des Hauts-de-France d’Amiens marque une étape charnière, ouvrant la voie à de nouvelles perspectives. « À 28 ans, Alexandre Legrand aura la responsabilité du Centre Accession Formation des Hauts-de-France d’Amiens suite à la nouvelle orientation de carrière d’Antoine Britz. » Pour celui qui quitte son poste, le bilan de quatre années est chargé d’émotions et de fierté. « Comme dans toute histoire, il y a aussi une envie de changement, argue celui qui est désormais l’ancien responsable du CAF, d’évoluer, d’aller explorer d’autres choses. Je suis dans cet état d’esprit-là. » Le travail accompli reste cependant le socle sur lequel le successeur devra s'appuyer. « Ça n’enlève rien à tout le travail accompli à Amiens, précise-t-il, et à tout le plaisir que j’aurais pris à entraîner ce groupe et à vivre au sein de ce club. »

La reconnaissance envers l'institution est fondamentale pour assurer la pérennité des structures sportives. « Je suis hyper fier des 4 années que j’ai pu y passer et d’avoir pu écrire une partie de l’histoire de ce club. L’occasion également de se montrer « très reconnaissant » envers l’Amiens Métropole Natation, car « c’est un beau club avec des athlètes investis, qui mettent les choses en place au quotidien, avec un bureau et une équipe qui fait en sorte de mettre ses éducateurs et ses athlètes dans les meilleures conditions. » Quant à sa succession, il ne doute pas qu’elle se fera sans heurts : « Les résultats sont plutôt bons, je lui souhaite de pouvoir continuer d’évoluer, il (Alexandre Legrand, ndlr) va rencontrer des athlètes investis, plaisants à entraîner, dynamiques. Qui restent jeunes, aussi, donc qu’il va falloir continuer d’accompagner et faire évoluer. »

Lire aussi: Le journaliste sportif Alexandre Boyon

Lire aussi: Découvrez la carrière d'Alexandre Delatoine

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *