L’art martial japonais, et plus particulièrement l’Aïkido, fait l’objet de nombreuses interprétations, parfois teintées de mysticisme. L’œuvre de science-fiction « La guerre des étoiles » s’inspire clairement de la représentation par les occidentaux des arts martiaux d’Extrême-Orient (Budo en japonais). Les budokas (les pratiquants d’arts martiaux expérimentés) y sont les chevaliers Jedi et maître Yoda représente l’archétype du Senseï, archaïque et exotique, vieux et bougon mais généreux et invincible, et surtout parlant par paraboles incompréhensibles. Pourtant il n’y a rien de surnaturel ni de mystérieux dans les arts martiaux, pas plus l’Aïkido qu’un autre. La compréhension des techniques de projection, et spécifiquement du Kokyu Nage, nécessite une approche technique rigoureuse, ancrée dans la mécanique corporelle et la gestion des flux énergétiques.
La nature du Ki et du Kokyu dans la pratique martiale
Pour aborder le Kokyu Nage, il est essentiel de déconstruire les termes fondamentaux. Par exemple, dans les arts martiaux la notion de « Ki » que nous tradulsons par « énergie », englobera à la fois des qualités physiques comme la force, la coordination des mouvements, le sens de l’équilibre et des facultés psycho-cognitives ou morales telles la présence d’esprit, la détermination, la combativité.
Le Kokyu, que l’on traduit souvent par « respiration », c’est la réalisation de mouvements en mettant en œuvre le Ki. « Kokyu » est donc un « mot-valise » dont le sens résiste à la traduction dans le vocabulaire analytique parce qu’il exprime la qualité globale d’un mouvement, sa puissance, sa pertinence, son rythme, sa continuité. Dans le cadre des projections, cette « respiration » devient le moteur de l’action. Le Shin Kokyū (深呼吸) est une technique de respiration profonde et consciente pratiquée en Aïkido, visant à renforcer l’harmonie entre le corps et l’esprit. Littéralement traduit, "Shin" signifie profond et "Kokyū" signifie respiration.
L’harmonisation du corps et de l’esprit est ici centrale : le Shin Kokyū permet de synchroniser la respiration avec les mouvements, créant une harmonie entre le corps et l’esprit, favorisant le développement du Ki. En se concentrant sur une respiration profonde et régulière, les pratiquants peuvent réduire le stress et augmenter leur conscience de soi et de leur environnement. Les étapes pour cette pratique incluent : l'adoption d'une position stable et confortable, la contraction douce des muscles abdominaux pour expulser tout l’air des poumons, le maintien d’un rythme régulier et l'intégration de cette respiration avec les mouvements. En utilisant le Shin Kokyū, vous pouvez améliorer la puissance de vos projections.
La mécanique du centre et le rôle du bassin
La réussite d'une technique de projection repose sur une gestion précise du centre de gravité. Ce centre, c’est d’abord le centre de gravité. Les techniques d’Aïkido permettent de déséquilibrer, faire chuter ou projeter son adversaire en déplaçant son centre de gravité au-delà de ses points d’appui au sol (le polygone de sustentation).
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Au fur et à mesure que les sensations, le « contact », le « coup d’œil », s’affinent par l’exercice et la répétition des techniques, on voit instantanément et on sent dès le moindre contact (même au travers du contact de 2 sabres ou de 2 bâtons) où est le centre de l’adversaire, où il peut se déplacer, sous quel angle il peut conserver son équilibre et sous quel angle on peut le lui faire perdre. Réciproquement, nous nous exerçons à sentir où est notre propre centre, à l’ « abaisser » en relaxant nos épaules et en respirant calmement, en gardant sa stabilité quand nous nous déplaçons sur des jambes à la fois fortes et souples.
Le ventre, c’est ce qui entoure ce centre de gravité, c’est aussi les hanches, le bassin et les muscles abdominaux. C’est l’ensemble des muscles et des articulations qui transmettent et amplifient la force des jambes et des appuis du sol vers le haut du corps, où les bras et les mains exécutent des techniques. Pour les arts martiaux il s’agit de frapper, saisir, pousser, etc., mais n’importe quel autre sport ou pratique corporelle procède du même principe dès lors qu’il faut exécuter des mouvements tout en se déplaçant et en utilisant de la force. Au plus ces déplacements doivent être rapides, amples et variés, au plus les hanches doivent être « libres », c’est-à-dire souples et mobiles, de façon à pouvoir non seulement avancer ou reculer mais aussi bondir, se baisser, tourner, pivoter, changer d’angle ou de pieds d’appui.
Principes de base et résonance dans l'action
On traduit généralement Aïkido par la voie (do) de l’harmonie (aï) des énergies (ki). Le principe de base caractéristique de la construction des techniques en Aïkido est que l’on n’est jamais attaquant mais que c’est toujours l’attaque de l’adversaire qui est le moteur de l’action. Kenji Tokitsu, maître de Karaté et théoricien contemporain des arts martiaux, décrit ce principe ainsi : « En Aïkido (où) vous pouvez voir une personne en projeter cinq ou six autres à plusieurs mètres de façon très harmonieuse. (…) Un phénomène où on projette une dizaine de personnes à la fois est comparable à une situation où dix personnes auraient chacune un poste de radio réglé sur la même fréquence. Le volume du son va être multiplié par dix. C’est une sorte de résonateur, un espace de concordance et d’harmonie, où la réceptivité de chacun sera amplifiée. C’est aussi comme la surface d’une eau calme, où l’on jette successivement des pierres exactement au même endroit. L’onde va s’élargir et se prolonger. C’est la communication en harmonie des énergies. »
Il est toutefois nécessaire de garder une rigueur martiale. C’est ainsi qu’en démonstration, des professeurs expérimentés peuvent réaliser des techniques de projection sans toucher leurs partenaires en montrant des techniques volontairement spectaculaires et esthétiques avec leurs élèves avancés ayant coutume de chuter avec eux. Nous comprenons cette perplexité et souvent nous la partageons face à certains styles d’Aïkido. Pour nous, une pratique de l’Aïkido limitée à l’étude de ce seul principe verse facilement dans la complaisance et quitte la problématique des Arts Martiaux pour celle de l’expression corporelle.
Application technique : du Kokyu Nage aux saisies spécifiques
L'efficacité d'un Kokyu Nage, qu'il s'agisse de haï hanmi katate dori, shomen uchi, kata dori men uchi, ryote dori, yokomen uchi, morote dori, ushiro ryote dori ou ushiro ryo kata dori, repose sur une gestuelle précise. Le Tori doit placer son centre en orientant les avant-bras (poignets relâchés) tout en écartant légèrement les coudes pour placer ses omoplates.
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La progression se fait souvent en deux pas : un pas (pg) pour réguler la distance ; un pas (pd) de placement pour prendre le centre d'Uke. Le bras de Tori prolonge l'action (en ayant une légère action de prise d'axe sur Uke) pour surpasser le bras d'Uke puis coupe. Chacun de ces points est considéré de façon égale. Il ne faut pas oublier l'instruction clé : « Ne repliez pas le bras au-dessus de votre tête en protection. »
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