Se replonger dans la filmographie des surfeurs internationaux offre une perspective enrichissante sur des réalisations trop souvent tombées dans l'oubli. Certaines de leurs créations méritent d'être découvertes, regardées encore et encore, malgré le temps qui passe. Parmi ces figures dont l'œuvre traverse les années, Adrien Toyon, avec son style inimitable et sa démarche artistique, s'impose comme une référence. Installé à Biarritz, ce surfeur de 31 ans a désormais axé sa carrière à 95% vers le free-surf et l'image, une orientation qui témoigne de sa vision singulière du surf.
Une Philosophie de Vie et une Carrière Façonnée par les Vagues
La personnalité d'Adrien Toyon est aussi intrigante que son parcours. Au-delà de son tempérament discret qui contraste avec une personnalité atypique, le Réunionnais a indéniablement du talent et du style. Ces qualités, il arrive à les retranscrire avec une authenticité remarquable dans chacun de ses édits, offrant ainsi au public une sélection non-exhaustive de moments captivants. Sa philosophie de vie, comme il l'a partagée à Surf Session le 2 septembre, est profondément ancrée dans l'instant présent. À la question "Où tu vois-tu dans cinq ans", Adrien Toyon répondait : "Je vis au jour le jour, et dans cinq ans je serai là où mes pieds m'auront trainé." Cette approche résolument pragmatique et spontanée guide ses choix et ses aventures. "J'essaie de faire ce que je fais aujourd'hui du mieux possible, et on verra bien ce que la vie nous réserve," ajoutait-il, soulignant une adaptabilité et une confiance en l'avenir qui transparaissent dans sa manière d'appréhender le surf et la vie. Son attachement profond à la France est également palpable dans ses propos : "Peut-être en France, j'adore vraiment être ici. A chaque fois que je rentre de trip et que je passe la frontière je me sens bien." Cette connexion forte avec son pays d'adoption et de résidence actuelle révèle une part de son équilibre. "Pour le moment je ne me vois pas changer, tout roule," confiait-il à l'époque, et en effet, tout roule pour Adrien. Son identité est également plurielle, car il se présente comme Adrien Khouery Toyon, Franco-Libanais, rappelant ainsi ses racines profondes et l'histoire singulière de sa naissance.
L'Expression Artistique à travers l'Image : Une Filmographie Engagée
L'une de ses dernières réalisations, "Desierto", a fait un tabac, confirmant la pertinence de son choix de carrière orientée vers le free-surf et l'image. Cette œuvre et d'autres encore, révèlent la profondeur de son engagement et la qualité de sa vision.
Desierto : L'Éloge du Barrel Absolu à Desert Point (2019)
L'expédition en Indonésie pour le projet "Desierto" a mené Adrien Toyon vers la vague mythique de Desert Point, située sur l'île de Lombok. Ce spot est un véritable sanctuaire pour les surfeurs, et plus particulièrement pour les goofy-foot. Il s'agit d'un déferlement mécanique, caractérisé par de longues sections creuses et une longueur qui dépasse l'entendement. Cette gauche relève de la perfection, offrant des conditions exceptionnelles. Kylian Castells, le réalisateur qui a accompagné Adrien lors de cette aventure, expliquait la signification du titre : "Car ce mot signifie Desert Point pour nous." Il précisait également la nature exigeante de ce lieu : "Ce n'est pas le spot le plus facile à surfer, pas la vague la plus facile à prévoir, mais probablement le meilleur barrel qui existe sur Terre." Cette déclaration souligne l'intensité et le défi que représente Desert Point, une réalité qu'Adrien Toyon, avec son talent et son style, a su conquérir et immortaliser. La réalisation de Kylian Castells a su capter la quintessence de cette expérience, offrant un témoignage visuel d'une beauté et d'une technicité rares.
Out There : Tahiti, entre Respect et Sécurité (2019)
Le rapport d'Adrien Toyon avec le mythique spot tahitien de Teahupo'o est empreint d'une histoire personnelle significative. Depuis sa rencontre avec un requin dans le lagon en 2013, le Réunionnais n'est plus vraiment fan des grosses sessions sur ce lieu emblématique. Cette expérience a modifié son approche, le poussant à privilégier la sécurité et le plaisir pur du surf sans compromettre sa vie. Alors, il préfère s'y rendre quand déroulent des jolis tubes de six pieds, garantis, et sans danger de mort. Pour lui, pas besoin de plus quand on a un Teahupo'o des plus séduisants, capable d'offrir des vagues parfaites dans des conditions maîtrisées. L'objectif est de capter l'essence de la vague, de trouver le bon moment pour s'exprimer, plutôt que de courir des risques inutiles. Cette approche prudente mais passionnée est au cœur de "Out There", une réalisation signée Greg Gyselinck, qui dépeint un surfeur en parfaite harmonie avec son environnement, choisissant ses moments avec sagesse et expérience.
Lire aussi: Découvrez la vie d'Adrien Hardy
Flight 566 Beirut : Un Voyage aux Sources de l'Identité (2019)
"Flight 566 Beirut" représente bien plus qu'un simple projet de surf ; c'est une évidence et une révélation pour Adrien Toyon, ou plutôt Adrien Khouery Toyon, comme il tient à le rappeler. Ce projet est un retour émouvant sur la terre de ses ancêtres, conjugué à l'opportunité de scorer le swell de l'année. En voyant une telle houle traverser la Méditerranée, Adrien Toyon savait qu'il devait partir pour Beirut. L'histoire personnelle d'Adrien est intimement liée à cette ville : il est né dans le sous-sol d'un hôpital au nord de la capitale libanaise pendant la guerre civile de 1989, le bâtiment vibrant à cause des bombardements. Ce contexte historique ajoute une dimension profonde à l'œuvre. Dans "Flight 566 Beirut", les seules bombes sont ces séries de tubes qui explosent dans l'eau turquoise de spots confidentiels, des vagues magnifiques et vierges. Désormais, Adrien est un surfeur stylé et aguerri par son expérience des vagues de l'Atlantique et de l'Océan Indien, ce qui lui confère la liberté de choisir ses propres trajectoires. La boucle est bouclée pour ce surfeur qui honore son héritage tout en traçant son chemin dans le monde du surf.
Cruising Back Home : La Douceur du Retour à La Réunion (2019)
L'Île de la Réunion, terre natale d'Adrien Toyon, occupe une place particulière dans son cœur et sa filmographie. "Cruising Back Home" immortalise son retour sur l'île pour un mois à l'hiver 2019. Ce fut une occasion enchantée de retrouver le spot mythique de Saint-Leu en twin, avec des conditions "comme on les aime". L'édit retranscrit un retour à domicile des plus contemplatifs, à en croire le sourire du Réunionnais et sa glisse épanouie. Ce projet est une ode à ses racines, une célébration de la glisse dans un cadre familier et idyllique, où chaque vague surfée est imprégnée d'une signification personnelle et d'une joie authentique.
First Love : La Renaissance d'une Planche à Anglet (2018)
"First Love" est une histoire de retrouvailles et de nostalgie, une exploration de la connexion profonde entre un surfeur et son équipement. Vous vous souvenez de votre premier amour ? Adrien, lui, ne l'a jamais vraiment quitté. Son premier amour était un twin 5'10'' Lighting Bolt shapé par Graham Smith, que ses parents lui avaient offert à Noël alors que le Réunionnais n'avait que neuf ans. Cette planche, chargée de souvenirs, a refait surface de manière inattendue. "Je l'ai retrouvé chez mes parents à La Réunion et je l'ai apporté ici," raconte-t-il, expliquant son cheminement jusqu'à son domicile actuel. "Ensuite, il a passé un certain temps dans mon garage à me regarder," ajoute-t-il, illustrant cette attente patiente. Mais lorsque les premières houles d'hiver ont frappé la côte atlantique et notamment Anglet, Adrien a retrouvé son premier amour, le sortant de son sommeil. "Je n'ai jamais pensé que j'allais surfer à nouveau sur cette planche, et encore plus dans ce genre de vagues," s'étonne-t-il, soulignant la surprise et l'émotion de cette expérience. Cette réalisation, signée Martxel Txintxurreta, est un témoignage puissant de la longévité des passions et de la manière dont les objets peuvent porter une âme.
No Man's Landes : L'Évasion au Cœur de la Nature Sauvage (2017)
Dans "No Man's Landes", Adrien Toyon, accompagné de Lee-Ann Curren, propose une plongée dans l'univers incroyable des Landes. Les deux surfeurs ont décidé d'aborder un nouvel aspect du voyage, cherchant une connexion plus profonde avec la nature. Ils ont trouvé un havre de paix, vierge de toute civilisation humaine en plein milieu des Landes, un endroit préservé et mystérieux. L'environnement y est unique, "entre brume et forêt dense, entre les dunes et l'océan Atlantique." Cet écrin de verdure et d'eau salée a été baptisé "No Man's Landes", un nom qui évoque l'aspect intouché et sauvage du lieu. Lee-Ann Curren et Adrien posent les yeux sur ce paradis landais, capturant l'essence d'une exploration où la nature règne en maître. La réalisation, portée par Other Stories Productions, met en lumière cette quête de l'authentique et la beauté brute des paysages landais.
All Down The Line Again : La Maîtrise des Vagues de Lower Trestles (2017)
La vague de Lower Trestles, en Californie, a façonné des carrières et continue d'être un terrain d'entraînement privilégié pour les surfeurs du monde entier. Ce spot est considéré comme un terrain de jeu idéal pour développer son surf sur le rail, une technique essentielle pour la performance. Cependant, Lower Trestles est aussi le spot le plus blindé et compétitif de Californie, ce qui signifie qu'il ne se laisse pas apprivoiser aussi facilement. Il exige non seulement de la technique, mais aussi une capacité à naviguer dans un environnement dense. Sauf quand on sait s'y prendre, comme Adrien, qui a su faire sa place au pic et a trouvé de quoi déployer son potentiel sur les gauches et droites de ce spot californien. Sa capacité à exceller dans ces conditions témoigne de son habileté et de son expérience. "All Down The Line Again", une réalisation de Unai Borda, illustre parfaitement cette maîtrise, capturant les lignes élégantes et puissantes d'Adrien sur les vagues exigeantes de Trestles.
Lire aussi: Maraîchage bio et habitat agricole : l'expérience d'Adrien Cano.
Squeeze that Fish : L'Art de Glisser sur une Bonite à Seignosse (2017)
Le projet "Squeeze that Fish" met en lumière la polyvalence d'Adrien Toyon et son amour pour les planches alternatives. Le lieu de cette démonstration est Seignosse, dans les Landes, un cadre propice à l'expérimentation. Comme le dit si bien Chipiron Surfboards, "un quiver ne peut être complet sans un fish classique." Adrien illustre cette affirmation en ne ménageant pas sa monture, la Bonite 5'3'', devant la caméra de Julien Binch Binet. Ce pro surfeur résidant à Biarritz fait la démonstration du potentiel de ce fish, idéal jusqu'à un mètre. Que ce soit pour des trajectoires classiques ou plus agressives, Adrien exploite pleinement les qualités de cette planche, offrant un aperçu de la liberté et de la créativité que peut procurer une planche de type fish. La vidéo met en évidence comment une planche spécifique peut décupler les sensations et permettre d'aborder la vague d'une manière différente, démontrant ainsi la richesse et la diversité du surf.
From Road to Ocean… : Les Défis Hawaïens (2014)
Les îles hawaïennes, berceau du surf, ont toujours été un passage obligé pour tout surfeur souhaitant se confronter aux vagues les plus exigeantes du monde. Dans "From Road to Ocean", le surfeur réunionnais a pris la route direction l'océan Pacifique pour un swell à Hawaï. Ce voyage le mène entre Oahu et Molokai, des îles réputées pour leurs vagues puissantes et leurs défis uniques. C'est là qu'il fait ses preuves, se mesurant à des conditions qui forgent le caractère et affinent la technique. La réalisation, portée par Surf Lounge, capture ces moments d'apprentissage et de performance, témoignant de l'engagement d'Adrien Toyon dans sa quête d'excellence et sa volonté de maîtriser les plus belles vagues de la planète.
Four Sessions : Un Panorama de la Glisse (2012)
Le film "Four Sessions" offre une vision plus large des terrains de jeu d'Adrien Toyon. Dans cette production, Adrien se balade, explorant différentes facettes de la glisse. L'édit compile quatre sessions, sur quatre spots distincts, offrant ainsi un véritable patchwork de paysages et de vagues. Le périple commence au Pays Basque, se poursuit en remontant vers les Landes et la Gironde, des régions emblématiques du surf français. Pour finir, une touche d'exotisme avec l'océan Indien vient parfaire ce panorama, montrant la capacité d'Adrien à s'adapter à des environnements variés. La réalisation de Jim Opar Short Film met en évidence la diversité des expériences de surf d'Adrien, soulignant son adaptabilité et son plaisir de glisser, qu'il soit sur les côtes atlantiques ou dans les eaux plus lointaines.
#
Lire aussi: Adrien Hardy: Un navigateur français