Analyse approfondie des accidents de plongée en Méditerranée : enjeux, causes et protocoles de prévention

La plongée sous-marine, qu'elle soit pratiquée en circuit ouvert, en circuit fermé ou en apnée, représente une activité humaine fascinante qui confronte le corps à des contraintes physiologiques majeures. Si la Méditerranée demeure un terrain de jeu privilégié pour les passionnés, les statistiques récentes rappellent avec force la nécessité d'une rigueur absolue. L'évolution des mentalités, la compréhension des mécanismes physiopathologiques et la maîtrise des procédures de secours constituent les piliers d'une pratique durable et sécuritaire.

Profil psychologique et comportements à risque en plongée

L'analyse des profils de plongeurs accidentés révèle une dichotomie comportementale frappante. Il existe deux grandes catégories d'approche : le profil « tout va bien » et celui, préconisé, du « tout ira bien ». Une grande partie des plongeurs ayant eu un ADD est constituée de personnes qui plongent ensuite plus profond et plus souvent, alors bien même que c’est l’inverse qui est préconisé. Plus interpellant encore : les plongeurs ayant eu trois ADD plongent ensuite encore plus souvent, encore plus profond… alors qu’ils sont plus vieux.

Le plongeur « tout va bien » considère la formation comme un passage obligé vite oublié. Il plonge, il a parfois un incident et/ou accident de plongée, et il replonge. Les questions de prévention lui passent par-dessus l’épaule, et certains pensent même que le passage au caisson est une étape normale dans le parcours d’un plongeur. À l’opposé, le plongeur « tout ira bien » commence par se former et se renseigner sur les règles de base de sécurité et de prévention. Il plonge en prenant soin d’appliquer les règles apprises et en réfléchissant à ce qu’il fait. La bonne nouvelle étant parfois qu’après un accident, des plongeurs « tout va bien » rejoignent le profil des plongeurs « tout ira bien ». Pour plonger longtemps et en toute sécurité, il est impératif d’être attentif, réfléchi et responsable. Vos apprentissages et actions en plongée doivent avoir du sens pour vous ; n'hésitez jamais à interroger ou questionner votre environnement.

Mécanismes physiologiques et risques spécifiques

L'accident de plongée est une urgence médicale vraie qui regroupe un nombre important de pathologies souvent méconnues, liées aux variations de pression. Lorsque la pression hydrostatique augmente, la pression partielle des gaz ventilés se majore dans les mêmes proportions et chaque gaz peut devenir toxique.

Chez l'apnéiste, la syncope est l'une des causes les plus fréquentes d'accident grave. Elle survient généralement lors des derniers mètres ou en surface. En apnée, la diminution du volume pulmonaire lors de la descente facilite la redistribution des volumes sanguins périphériques vers le thorax. Ce mécanisme, appelé « blood shift », s'associe aux phénomènes de pression et provoque une augmentation de la pression transmurale. La syncope se traduit par une perte de conscience, le plus souvent sans signe annonciateur, et cède très rapidement après quelques stimulations. En l'absence d'assistance, elle peut se compliquer d'une noyade potentiellement mortelle. De même, la « samba » est étroitement liée à l'hypoxie.

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Concernant les gaz, l'excès d'oxygène modifie le seuil épileptogène et peut déclencher une crise convulsive hyperoxique chez un sujet à risque. L'azote, quant à lui, génère une narcose, encore appelée ivresse des profondeurs, dès 30 mètres, pouvant entraîner une réaction inappropriée ou une attaque de panique à l'origine d'une remontée rapide. Par ailleurs, l'effort intense à grande profondeur génère une production excessive de CO2 avec risque d'essoufflement et de noyade. L'utilisation de recycleurs ou de mélanges gazeux autres que l'air majore ce risque et peut également entraîner une syncope hypoxique. Enfin, il est crucial de noter qu'environ 100 % des plongeurs accidentés sont déshydratés, un facteur aggravant systémique majeur.

Statistiques et réalité opérationnelle en mer Méditerranée

La sécurité en mer n'est pas une abstraction théorique, mais une réalité quotidienne pour les services de secours. Ce dimanche 2 juin, le CROSS MED a une nouvelle fois coordonné deux opérations de plongée autonome ayant conduit au décès de deux usagers. La première s'est déroulée dans le secteur de Port-Cros et s'est malheureusement terminée par le décès d'une femme de 52 ans. Depuis le début de l'année 2024, le CROSS MED a coordonné 59 opérations impliquant des plongeurs. Sur ces 59 opérations, 8 décès sont à déplorer.

Au regard de ces données préoccupantes, la préfecture maritime renforce les contrôles relatifs à la plongée, notamment auprès des clubs et associations, en organisant plusieurs opérations « palanquées » durant la saison estivale. S'agissant des accidents, le CROSS évalue le mode opératoire d'extraction et établit une conférence avec le SCMM 83 qui procède à la régulation médicale. Cette procédure de régulation médicale en boucle courte facilite la gestion des accidents et permet une prise en charge rapide. Pour affiner la compréhension globale, DAN (Divers Alert Network) tient une base de données des incidents depuis 1989. Limitée à l'origine aux incidents liés à la plongée sous-marine, elle englobe désormais la plongée en circuit ouvert, l'apnée et le recycleur. Ces données, anonymisées, permettent aux experts d'aider les plongeurs de tous niveaux à améliorer leurs compétences en gestion des risques.

Protocoles de prise en charge initiale en mer

La prise en charge initiale d'un accident de plongée en mer fait l'objet d'un consensus publié dans le Référentiel « Aide médicale en Mer » de la Société Française de Médecine d'Urgence (SFMU) et de SAMU Urgences de France, réalisé en partenariat avec la Société Française de Médecine Maritime (SFMM) et la Société de Physiologie et de Médecine Subaquatiques et Hyperbares de Langue Française (Medsubhyp).

L'alerte doit être précoce au Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) via le canal VHF 16 ou le numéro 196, ou par téléphone au 15, 18 ou 112 à terre. L'utilisation d'une fiche d'alerte, disponible sur le site de Medsubhyp, facilite grandement la transmission des informations. L'oxygénation doit être débutée sans délai à 15 L/min, quelle que soit la saturation en oxygène de l'hémoglobine, et associée à une réhydratation prudente de 0,5 à 1 L par heure.

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La prise d'aspirine est optionnelle. Elle doit être précoce, à une dose inférieure à 500 mg, en l'absence de trouble de la conscience, de saignement ou d'allergie. Son administration peut être validée par le médecin régulateur. En cas d'arrêt cardiaque, la réanimation doit être débutée par une série de cinq insufflations, suivie d'une séquence de 30 compressions pour deux insufflations, à un rythme de 100 compressions par minute. Le défibrillateur automatisé externe (DAE) doit être mis en place le plus précocement possible. L'accidenté doit être allongé sur une surface sèche, non métallique, ou isolé du sol par deux serviettes ou une planchette. Le torse doit être séché, en particulier entre les deux électrodes. Idéalement, le moteur du bateau devrait être coupé pour faciliter l'analyse du tracé.

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