La natation synchronisée, bien que souvent perçue comme une discipline de grâce et de précision artistique, n'est pas exempte de risques, même si elle n'est pas systématiquement classée comme un sport à haut risque. Récemment, une séquence spectaculaire, vue des millions de fois, a mis en lumière les dangers potentiels inhérents à cette pratique. L’Américaine Anita Alvarez a coulé au fond de la piscine, après son exercice en solo libre, aux Mondiaux de Budapest. Son entraîneure, Andrea Fuentes, a couru puis plongé pour la remonter et la sortir du bassin et lui permettre de respirer. La nageuse avait perdu connaissance. Depuis ce sombre épisode, l’athlète va bien, heureusement, et était au repos et surveillée jeudi. Mais, depuis, ce sont les questions qui surnagent.
De fait, ce ne serait pas la première fois qu’Anita Alvarez connaît ce genre d’accident : elle aurait également eu des pertes de connaissance lors des épreuves qualificatives avant les derniers JO. Ces événements soulèvent une interrogation cruciale : est-ce lié à un problème personnel ou aux particularités spécifiques de ce sport, avec les passages en apnée ? Tony Ulrich, aujourd’hui à la retraite et entraîneur durant 34 ans à Genève-Natation et à la Fédération suisse, assure n'avoir « jamais entendu parler d’un tel cas ». Il estime que « ça relève de l’exception, et c’est aux médecins de dire s’il y a un problème avec cette athlète ». De même, l’entraîneur à Genève-Natation, Clément Bally, a un regard sur ce qui s’est passé. « C’est un cas isolé », lance-t-il, ajoutant que « ça nous rappelle que, quand il y a de l’apnée, il faut faire attention ». Il conclut que « les images sont impressionnantes, mais la natation synchronisée n’est pas un sport à risque ». Cependant, au-delà de ces cas rares, d'autres défis, moins spectaculaires mais tout aussi importants, méritent une attention particulière.
Les Défis Spécifiques de la Natation Synchronisée
La natation synchronisée et le plongeon se rapprochent de la gymnastique ou de la danse d'un point de vue médical, soulignant l'exigence physique et artistique de ces disciplines. Cependant, cette proximité avec des sports acrobatiques introduit des risques uniques, notamment avec l'évolution des chorégraphies et des figures.
L'Apnée et ses Conséquences Potentielles
Les pertes de connaissance liées aux passages en apnée représentent un risque direct et bien connu en natation synchronisée. Ces moments où les athlètes retiennent leur respiration sous l'eau sont essentiels à la performance, mais demandent une gestion physiologique rigoureuse. La vigilance est de mise lors de ces phases d'apnée, car, comme le cas d'Anita Alvarez l'illustre, des incidents peuvent survenir malgré l'expertise des athlètes et de leurs encadrants.
Les Commotions Cérébrales : Un Risque Croissant
Historiquement associées aux sports de contact comme le rugby ou la boxe, les commotions cérébrales ne se limitent pourtant pas à ces disciplines. Les nageuses de natation synchronisée sont elles aussi de plus en plus exposées à ce risque. Cette augmentation est en raison de l’évolution de la pratique et de la demande toujours plus importante du nombre de voltiges. Avec toujours plus de voltiges, l’évolution de la natation synchronisée expose toujours un peu plus les athlètes aux commotions cérébrales.
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Une expérience douloureuse qui a laissé des traces est celle d'Eve Planeix, voltigeuse de l’équipe de France de natation synchronisée. Le 6 avril 2021, elle se réceptionne mal après un porté. « On était en période de stage à l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), c’était la fin de l’entraînement, on répétait la chorégraphie depuis le début jusqu’à ce que ça soit parfait », explique l’athlète de 22 ans. Elle raconte : « Le premier porté était une nouvelle acrobatie que je ne maîtrisais pas vraiment, j’avais tendance à faire des gros plats sur la nuque et à la tête. Avec la fatigue, j’ai fait l’essai de trop et je n’ai pas réussi à tenir ma tête. » Cette alerte sérieuse a mis en évidence les dangers. Bien que les blessures fassent partie intégrante de la vie d’une sportive, Eve Planeix a initialement minimisé l’impact qu’elle a reçu.
Très vite, les premiers symptômes ont ressurgi : maux de tête, fatigue, problème d’orientation dans l’espace. La nageuse a consulté le médecin et a été évaluée via le SCAT, l’outil de référence pour les professionnels de la santé permettant de déceler les commotions cérébrales dans le sport. Les résultats n'étaient pas rassurants, l'obligeant à arrêter ses entraînements pendant deux jours, avec une interdiction des écrans. Ce cas n’est pas unique. Le médecin Sébastien Le Garrec, chef du pôle médical de l’Insep depuis 2018, affirme que « dans certains sports, la commotion cérébrale est sous-évaluée et sous diagnostiquée ». Cette sous-estimation peut retarder le diagnostic et la prise en charge adéquate, augmentant les risques à long terme pour la santé des athlètes.
Sollicitations Musculaires Spécifiques et Articulaires
La natation synchronisée implique des mouvements complexes et répétitifs qui peuvent solliciter intensément certaines parties du corps. Les tendons, en particulier ceux des épaules, sont particulièrement vulnérables chez les nageurs. Ils peuvent subir des microtraumatismes souvent liés à un problème de technique. En compétition, les nageurs sollicitent beaucoup l’épaule, notamment dans des disciplines exigeantes comme le water-polo, mais aussi lors des figures et portés en natation synchronisée. Des étirements insuffisants, avant ou après l’épreuve, peuvent, à long terme, entraîner des tendinites. Le rétropédalage, la technique de rotation des jambes qui permet de se maintenir en surface, est un mouvement qui peut être exigeant. On retrouve ce problème en natation synchronisée ou en water-polo ; il est lié au rétropédalage. Ce mouvement peut entraîner des tendinites de la patte-d’oie, un ensemble de tendons situés au bas de la cuisse qui s’attachent sur le côté interne du genou. Acquérir une bonne technique et de bons gestes est fondamental et évite bien des tendinites et des problèmes musculaires.
Les Risques Communs à la Pratique Aquatique et leur Prévention
Au-delà des spécificités de la natation synchronisée, la pratique de la natation en général, que ce soit comme sport à part entière ou comme complément d'entraînement à d'autres sports, présente son propre ensemble de risques et de considérations pour la santé. La natation est souvent recommandée aux personnes qui ont été victimes d’un accident cardiovasculaire ou qui souffrent d’hypertension artérielle, car elle sollicite de façon relativement douce le cœur et les vaisseaux sanguins. Cependant, même avec ces bénéfices, des précautions sont nécessaires.
Problèmes Musculo-Squelettiques Généraux
Les problèmes liés à la natation touchent souvent l'épaule, le dos et la peau. Si les muscles sont rarement touchés en natation chez les personnes qui nagent pour leur plaisir ou pour maintenir une activité physique régulière, les tendons sont plus susceptibles d'être affectés. Le genou n’est pas épargné, car la brasse peut entraîner des tendinites de la patte-d’oie, le coup de fouet vers l’arrière donné pour propulser le corps n’étant pas un mouvement naturel. Pour prévenir ces affections, il est essentiel d'acquérir une bonne technique et de bons gestes.
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L'Hydratation : Un Enjeu Souvent Oublié
Paradoxalement, les nageurs oublient souvent de boire suffisamment pendant et après l’effort. Difficile de penser à la déshydratation dans une piscine ! Ce phénomène est aggravé par le fait que l'eau des piscines publiques est souvent trop chaude pour les personnes qui pratiquent la natation sportive. Une hydratation adéquate est pourtant cruciale pour la performance et la prévention des blessures. Il est donc impératif de boire suffisamment pendant et après l’effort.
Santé Cutanée et ORL en Milieu Aquatique
La peau est le point faible des nageurs. Les mycoses, ces infections dues à des champignons microscopiques, s’attrapent fréquemment en piscine. De même, les verrues plantaires sont souvent liées à l’absence de port de chaussures au bord des piscines et dans les douches. Il est donc fortement recommandé de toujours porter des chaussures de protection dans ces zones. Les cheveux blonds peuvent être atteints d’un mal étrange, appelé « cheveux verts », causé par le cuivre des produits antialgues versés dans les piscines.
Les oreilles et les sinus peuvent être le siège d’inflammations et d’infections en raison de l'exposition prolongée à l'eau et aux produits chimiques. De plus, les bronches peuvent être irritées par le dégagement de chlore issu des produits d’assainissement. Un problème particulier peut également survenir pour les plongeurs et plongeuses : la rentrée d’eau violente dans l’anus ou le vagin lors de la pénétration dans l’eau. Compte tenu des produits ajoutés dans l’eau, ce phénomène peut causer des irritations. Une bonne hygiène après la baignade et l'utilisation de protections adaptées, comme des bouchons d'oreille, peuvent aider à prévenir ces désagréments.
Protection des Yeux : L'Impératif des Lunettes
Le port de lunettes est fortement conseillé, notamment dans les piscines où l’eau est très chlorée. Elles permettent d’éviter les irritations des yeux et donc les microlésions de la cornée induites par le chlore. De nombreux modèles existent, plus ou moins confortables. Choisir une paire adaptée est facile : il suffit de poser les lunettes sur les yeux, sans passer l’élastique derrière la tête, puis d’appuyer sur les verres pour créer un effet ventouse. Cette simple précaution contribue grandement au confort et à la santé oculaire du nageur.
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