La plongée sous-marine, une activité à la fois fascinante et exigeante, recèle des risques inhérents que les récents événements viennent tragiquement rappeler. Ce dimanche 2 juin, le CROSS MED a une nouvelle fois coordonné deux opérations de plongée autonome ayant conduit au décès de deux usagers. La première de ces opérations s’est déroulée dans le secteur de Port-Cros (83) et s’est malheureusement terminée par le décès d’une femme de 52 ans, soulignant l'impérieuse nécessité de comprendre et de maîtriser les défis de ce milieu unique. Depuis le début de l’année, le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage pour la Méditerranée (CROSS MED) a coordonné 59 opérations impliquant des plongeurs, et sur ces 59 opérations, 8 décès sont à déplorer. Ces données préoccupantes ont conduit la préfecture maritime à annoncer un renforcement des contrôles relatifs à la plongée, notamment auprès des clubs et associations, avec l'organisation de plusieurs opérations dites « palanquées » durant la saison estivale. La plongée sous-marine est une activité comportant des risques de blessures, dont la plupart sont causées par des changements de pression, mais d'autres facteurs physiologiques, environnementaux et humains contribuent également à la complexité de cette pratique.
Les Récentes Tragédies de la Plongée et la Réponse Institutionnelle
Les événements survenus ce dimanche 2 juin dans le secteur de Port-Cros (83), qui ont vu le décès d’une femme de 52 ans lors d’une opération de plongée autonome, s'inscrivent dans une série d'incidents qui appellent à une vigilance accrue. Au-delà de cette unique tragédie, le bilan pour l'année en cours est alarmant : le CROSS MED a déjà coordonné 59 opérations impliquant des plongeurs depuis le début de 2024, et le nombre de décès s'élève à 8. Face à ces statistiques préoccupantes, les autorités maritimes, par le biais de la préfecture maritime, ont décidé de prendre des mesures concrètes. Celles-ci incluent le renforcement des contrôles relatifs à la plongée, ciblant particulièrement les clubs et les associations, avec la mise en place d'opérations spécifiques appelées « palanquées » tout au long de la saison estivale.
La gestion de ces accidents de plongée nécessite une coordination rigoureuse. Le CROSS évalue le mode opératoire d’extraction et établit une conférence avec le SCMM 83, qui, de son côté, procède à la régulation médicale. Cette procédure de régulation médicale en boucle courte est essentielle pour faciliter la gestion des accidents de plongée et garantir une prise en charge rapide des victimes. De plus, pour soutenir les plongeurs de loisirs dans le monde entier, le réseau d’assistance aux plongeurs Divers Alert Network (DAN), basé aux États-Unis, constitue une ressource importante, offrant des appels d’urgence 24 h/24 (aux États-Unis : 919-684-9111). Il aide les médecins à apporter une aide médicale urgente aux plongeurs qui en ont besoin et encourage la sécurité relative à la plongée grâce à des initiatives de recherche, des services pédagogiques et des produits liés à la plongée.
Comprendre les Fondamentaux de la Pression Sous-Marine et ses Effets Physiologiques
Les risques de blessures en plongée sous-marine sont majoritairement causés par les changements de pression, des phénomènes qui peuvent également affecter les personnes travaillant dans des tunnels ou des caissons sous-marins, ces structures étanches étant utilisées pour des travaux de construction et contenant de l’air sous haute pression destiné à repousser l’eau. La haute pression qui règne sous l’eau est directement provoquée par le poids de la colonne d’eau qui se trouve au-dessus. Ce principe est comparable à celui de la pression barométrique (atmosphérique) sur terre, laquelle est déterminée par le poids de l’air se trouvant au-dessus.
En plongée, la pression sous-marine est, en général, exprimée en unités de profondeur (pieds ou mètres) ou à l’aide d’unités de mesure appelées atmosphères absolues (ata). La pression exprimée en atmosphères absolues comprend le poids de la colonne d’eau qui, à la profondeur de 10 mètres, est de 1 atmosphère (soit 1,03 kilogramme par centimètre carré). À cette pression s’ajoute la pression atmosphérique de surface, qui est également égale à 1 atmosphère. Ainsi, un plongeur évoluant à une profondeur de 10 mètres est soumis à une pression totale de 2 atmosphères absolues, ce qui représente 2 fois la pression atmosphérique de surface. Il est crucial de retenir que la pression sous l’eau augmente de 1 atmosphère tous les 10 mètres.
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Ces variations de pression sont à l’origine de plusieurs problèmes médicaux chez les plongeurs. Parmi ceux-ci, on retrouve la dilatation ou la compression des espaces remplis de gaz dans l’organisme, un phénomène désigné sous le terme de barotraumatisme. Un autre mécanisme pathologique important est la libération de l’azote dissous dans le sang et les tissus, conduisant à ce que l'on appelle l'accident de décompression (AD). Ces processus peuvent, dans les cas les plus graves, causer la production de bulles gazeuses dans les artères, entraînant une obstruction de la circulation sanguine vers les organes, une condition connue sous le nom d’embolie gazeuse artérielle. En outre, certains gaz, tels que l’oxygène et l’azote, peuvent également causer des troubles lorsqu’ils sont respirés sous haute pression, comme c’est le cas pour les plongeurs de très grande profondeur, donnant lieu respectivement à l'hyperoxie et à la narcose à l’azote.
Le Barotraumatisme : Une Affection Courante aux Conséquences Potentiellement Graves
Le barotraumatisme résulte de la dilatation ou de la compression des espaces remplis de gaz dans l'organisme lors des changements de pression. L’organe le plus fréquemment touché par les accidents de plongée est l’oreille. En effet, les oreilles, les sinus et les poumons sont particulièrement vulnérables et peuvent être affectés lors de la descente. Si les mesures préventives adéquates, telles que l'équilibrage des pressions, ne sont pas respectées, des douleurs de plus en plus violentes se font sentir au fur et à mesure de la descente. Dans les cas extrêmes, la pression de l'eau peut provoquer la rupture des tympans, une sensation souvent décrite comme un coup de poignard. L'irruption d'eau froide dans l'oreille interne qui en résulte peut entraîner des vertiges et une désorientation profonde, rendant impossible de distinguer le fond de la surface et augmentant considérablement le risque de noyade.
En plus des problèmes liés à la pression, l’oxygène, notamment lors de plongée avec un mélange enrichi en oxygène comme le Nitrox, peut causer des troubles de la vue, de l’audition et de la respiration, des nausées, des vertiges, voire des crises épileptiformes. Parallèlement, le milieu marin lui-même présente des risques physiques directs, tels que des rochers acérés ou la rencontre avec des organismes marins irritants comme les poissons venimeux, les méduses ou les anémones de mer, pouvant provoquer des problèmes de peau.
L’Accident de Décompression (AD) : Un Enjeu Majeur en Plongée
L’accident de décompression (AD), causé par la libération de l’azote dissous dans le sang et les tissus, représente un des risques les plus sérieux en plongée. Il peut être tout aussi grave que l’embolie gazeuse artérielle, mais sa manifestation est généralement moins immédiate, parfois jusqu’à 24 heures après une plongée où tout semblait s’être bien déroulé. L’AD est principalement causé par une mauvaise décompression, mais il arrive qu’un AD survienne même si les procédures habituelles de décompression ont été respectées. En effet, certains facteurs peuvent augmenter les risques d’AD, même en se conformant aux procédures recommandées. Il est impératif d'en tenir compte en augmentant la durée de décompression lorsque nécessaire ou en évitant le facteur favorisant l’AD.
L’accident de décompression se catégorise principalement en deux types. L’accident de type I présente souvent une douleur locale, particulièrement près des articulations. Cette douleur peut initialement être légère mais peut rapidement devenir de plus en plus forte, jusqu’à être carrément insupportable. Cette douleur semble souvent provenir du centre des os et se concentre fréquemment près d’une articulation, ce qui peut facilement la faire confondre avec une entorse ou une contusion. L’accident de type II, en revanche, est beaucoup plus grave car il touche la moelle épinière, et par extension, le système nerveux central. Ce type d’accident est très sérieux et pourrait avoir des conséquences graves s’il n’est pas traité à temps.
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Pour diagnostiquer un AD, il est crucial de considérer le compte rendu complet de la plongée et la présence de facteurs favorisants. Les symptômes d’AD se manifestent habituellement peu de temps après une plongée ou une exposition à la pression. Si la décompression requise a été écourtée ou omise, le plongeur peut souffrir d’un AD avant même d’atteindre la surface. En général, les délais d’apparition du premier symptôme à compter du moment où le plongeur fait surface sont les suivants : 40 % surviennent en moins d'une heure ; 60 % surviennent en moins de trois heures ; 95 % surviennent en moins de six heures ; et 99 % surviennent en moins de 24 heures. Il est également noté que la moitié des accidents de décompression commence dans les trente minutes qui suivent la plongée et la quasi-totalité dans les six heures, ce qui souligne l'importance d'une surveillance post-plongée attentive.
Les autres facteurs à considérer lors de l’évaluation des symptômes sont la profondeur et la durée de la plongée, la table de décompression utilisée, le degré de stress découlant de la plongée (comme l'eau froide ou un travail difficile) et la probabilité de la présence d’autres problèmes, telle l’embolie gazeuse. En cas de doute sur l’origine de la condition d’un plongeur, il est fortement recommandé de contacter le Centre de médecine de plongée du Québec.
Une grande variété de symptômes peut annoncer l’AD. Certains sont si évidents que le diagnostic ne fera aucun doute, alors que d’autres symptômes sont plus discrets et ne peuvent être décelés que si le patient subit un examen complet. Il est à noter que quelque 80 % des plongeurs sportifs souffrant d’AD qui sont traités dans un caisson hyperbare présentent des symptômes neurologiques. La raison pour laquelle la douleur est un symptôme moins souvent signalé chez les plongeurs sportifs tient sans doute au fait que nombre de ces plongeurs n’ont pas facilement accès à un traitement en caisson hyperbare et qu’ils ont tendance à ne pas signaler leur état.
Chez les plongeurs professionnels, la douleur est le symptôme le plus fréquent d’AD. Habituellement, le plongeur ressent d’abord une douleur légère, mais celle-ci devient de plus en plus forte, jusqu’à ce qu’elle soit carrément insupportable. Cette douleur semble provenir du centre des os et elle se concentre souvent près d’une articulation. Une douleur abdominale, quant à elle, peut signifier que la moelle épinière est touchée et doit, par conséquent, être considérée comme un symptôme potentiellement grave. Il faut examiner le plongeur avec une grande attention afin de déceler d’autres signes ou symptômes d’AD, puis le traiter en conséquence. Un plongeur souffrant d’une douleur abdominale après une plongée doit être surveillé attentivement pendant plusieurs heures après avoir refait surface afin de déceler l’apparition d’autres symptômes plus sérieux d’un AD. Les tatillonnements ou les douleurs brèves peuvent être des signes d’un stress de décompression, mais en cas de doute quant à l’origine de la douleur, il faut supposer que le plongeur souffre d’un AD et contacter le Centre de médecine de plongée du Québec.
L’AD peut également se manifester sous des formes moins courantes. Un AD lymphatique survient lorsque des bulles de gaz obstruent les vaisseaux lymphatiques. L’accumulation subséquente de liquide dans les tissus provoque une enflure ou un œdème localisé, nécessitant impérativement un traitement hyperbare. L’AD de la peau, quant à lui, survient lorsque des bulles de gaz obstruent la circulation sanguine cutanée, se manifestant par de l’enflure, une rougeur ou une coloration marbrée d’une zone douloureuse de la peau. À ce sujet, il est recommandé de contacter le Centre de médecine de plongée du Québec pour une consultation avec un médecin hyperbare. Parmi les autres symptômes cutanés qui se manifestent fréquemment après une plongée, on note l’éruption cutanée sans douleur, les démangeaisons et les picotements. Ces symptômes sont généralement attribuables à la dissolution de gaz dans la peau et se manifestent, par conséquent, après la plongée au cours de laquelle la peau a été exposée à des gaz (par exemple, dans une combinaison étanche), mais pas après des plongées où les plongeurs portent une combinaison isothermique. Ces manifestations sont considérées comme un AD mineur et le traitement en chambre hyperbare n’est pas nécessaire.
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Les symptômes localisés de douleur, d’œdème et/ou d’enflure de la peau qui devient rouge ou marbrée sont propres à l’AD léger de type I et doivent être traités en utilisant la table de traitements à l’oxygène appropriée. Toujours dans le doute, le Centre de médecine de plongée du Québec est la référence à contacter.
Lorsque le système nerveux central et/ou la moelle épinière sont touchés, il s’agit d’une situation grave exigeant un traitement immédiat. Dans les cas extrêmement graves, tels qu'une remontée non contrôlée, un plongeur inconscient ou des symptômes constituant un danger pour la vie, il est crucial de procéder immédiatement à un traitement hyperbare. Un court délai est toléré afin de permettre au personnel médical de procéder à un examen de surface, de préférence effectué par un médecin de plongée de niveau II. L’examen peut être fait dans le caisson à la pression de traitement ; cependant, cela sera difficile en raison du bruit, de la chaleur et de la narcose. Étant donné que le traitement des accidents de décompression graves de type II est conçu pour traiter les « cas les plus graves », tout symptôme moins sévère se trouve ainsi traité de façon appropriée. Les symptômes d’AD grave, par ordre de fréquence, sont les suivants : engourdissement, étourdissement ou vertige, nausées ou vomissements, troubles de la vision, paralysie, céphalée (maux de tête grave), perte de conscience, troubles urinaires, dyspnée (essoufflement), changement de personnalité, agitation ou impatience, fatigue (très grande), secousses musculaires, confusion, manque de coordination et troubles d’équilibre. La victime peut facilement négliger nombre de ces symptômes ou les considérer sans importance. Pour cette raison, il faut chercher à les déceler lors des activités immédiatement après la plongée, car le plongeur peut parfois simplement croire qu’il a trop travaillé.
Toxicité des Gaz et Risques Spécifiques à la Profondeur et à l'Apnée
Au-delà des barotraumatismes et de l'accident de décompression, la plongée expose les individus à des risques liés à la toxicité des gaz respirés sous haute pression. Lorsque la pression hydrostatique augmente, la pression partielle des gaz ventilés se majore dans les mêmes proportions, et chaque gaz peut ainsi devenir toxique. L’excès d’oxygène, connu sous le nom d'hyperoxie, peut modifier le seuil épileptogène et déclencher une crise convulsive chez un sujet à risque, se manifestant par des troubles de la vue, de l’audition et de la respiration, des nausées, des vertiges ou des crises épileptiformes. L’azote, quant à lui, génère une narcose, communément appelée l’ivresse des profondeurs, dès une profondeur d'environ 30 mètres. La narcose peut entraîner une réaction inappropriée ou une attaque de panique, des situations qui sont malheureusement souvent à l’origine d’une noyade ou d’une remontée rapide et dangereuse.
L’effort intense à grande profondeur génère une production excessive de dioxyde de carbone (CO2) avec un risque accru d’essoufflement et de noyade. L’utilisation de recycleurs ou de mélanges gazeux autres que l’air majore ce risque et peut également entraîner une syncope hypoxique.
Chez l’apnéiste, la syncope est l’une des causes les plus fréquentes d’accident grave. Elle survient généralement lors des derniers mètres de la remontée ou en surface. Elle se traduit par une perte de conscience, le plus souvent sans signe annonciateur, et cède très rapidement après quelques stimulations. Cependant, en l’absence d’assistance immédiate, la syncope peut se compliquer d’une noyade potentiellement mortelle. Le phénomène de la “samba” est également lié à l’hypoxie et constitue un signe avant-coureur de syncope.
Les Autres Risques Environnementaux et Humains en Plongée
Outre les problèmes de pression et de toxicité des gaz, d'autres facteurs environnementaux et humains contribuent aux risques associés à la plongée. Plonger en eau froide, par exemple, peut rapidement conduire à l’hypothermie, une température corporelle excessivement faible, responsable de maladresse et d'une diminution significative de la capacité d’appréciation. L’eau froide peut également entraîner des irrégularités du rythme cardiaque, phénomènes rares mais pouvant être mortels chez les personnes qui souffrent de maladie des artères coronaires.
Les autres risques potentiels de la plongée comprennent la noyade, les morsures et piqûres par certaines espèces marines (telles que les poissons venimeux, les méduses ou les anémones de mer), les brûlures solaires et les troubles provoqués par la chaleur, ainsi que les coupures et ecchymoses résultant de contacts avec l'environnement sous-marin. Le mal des transports peut également affecter les plongeurs, tout comme l’œdème pulmonaire d’immersion, caractérisé par la présence de liquide dans les poumons.
Des médicaments, des drogues ainsi que l’alcool peuvent avoir des effets imprévisibles et nocifs pendant la plongée, au même titre que diverses affections médicales. Ces facteurs sont d'ailleurs détaillés dans les "Facteurs médicaux pouvant empêcher la plongée". Les blessures liées à la plongée peuvent malheureusement entraîner la noyade si elles produisent l’un ou l’autre des effets suivants : une dégradation des facultés mentales ou une somnolence, une perte de connaissance, une faiblesse, un état de panique ou une perte de l’équilibre et une désorientation. Le milieu dans lequel se déroule la plongée sous-marine demande donc une bonne condition physique et une préparation minutieuse face à ces nombreux défis.