L'acquisition de la capacité à nager en toute sécurité, désignée souvent par l'expression "savoir nager", constitue un enjeu sociétal majeur, dont l'importance est soulignée par diverses initiatives, notamment le programme de l'Académie du Savoir Nager. Cette démarche vise à structurer et à renforcer l'apprentissage de la natation, non seulement pour prévenir les risques de noyades, mais aussi pour offrir à chaque individu une opportunité d'émancipation et d'accès à des loisirs actifs. L'École, en particulier, est identifiée comme un acteur fondamental dans ce processus d'apprentissage.
Le rapport des humains au milieu aquatique a évolué au cours de l’histoire : au départ, il s’agissait surtout de savoir sortir de l’eau rapidement, mais aujourd’hui les humains cherchent à rester longtemps dans l’eau pour s’y amuser. Apprendre à nager à tous les enfants est donc un objectif que notre société doit se fixer pour des raisons de santé, d’appropriation culturelle des pratiques sociales sportives et de loisir, de démocratisation et d’émancipation de tous et toutes. Il ne s’agit pas seulement de nager pour "se sauver" ; l'école doit être ambitieuse dans ses objectifs.
Le "Savoir Nager" : Une Compétence Clé pour la Sécurité et l'Émancipation
La présente note de service a pour objet de définir les conditions de l’acquisition par les élèves, dès leur plus jeune âge, d’une aisance suffisante pour évoluer en sécurité dans le milieu aquatique et de définir l’enseignement de la natation dans le cadre scolaire, dans le respect de la réglementation en vigueur. Ainsi, permettre à chacun de pouvoir nager en sécurité, dès le plus jeune âge, est une des priorités de l’enseignement d’éducation physique et sportive. Dans cette perspective, l’École apporte une contribution majeure à l’acquisition de l’aisance aquatique. Celle-ci se définit comme une première expérience positive de l’eau qui fonde la capacité à agir de façon adaptée dans une diversité de situations rencontrées en milieu aquatique. Envisagée comme un continuum ouvert d’acquisitions, l’aisance aquatique est particulièrement visée pour les enfants de moins de 7 ans.
Le « savoir-nager » en sécurité correspond à une maîtrise du milieu aquatique. Son acquisition doit être envisagée dès que possible au cycle 3 (classes de CM1, CM2 et sixième). Sa maîtrise permet d’accéder à toute activité aquatique ou nautique susceptible d’être programmée dans le cadre des enseignements obligatoires ou d’activités optionnelles en EPS, ou à l’extérieur de l’école, notamment pour la pratique des activités sportives mentionnées aux articles A. 322-42 et A. 322-42 du Code du Sport. Il est attendu des élèves une maîtrise du milieu aquatique leur permettant de nager en sécurité dans un établissement de bains ou un espace surveillé (piscine, parc aquatique, plan d’eau calme à pente douce).
La natation, souvent désignée par le « savoir-nager », est intrinsèquement liée à l'idée de sécurité : savoir nager pour savoir « se sauver ». Cependant, si la lutte contre les noyades est sans conteste un enjeu de société, on oublie trop souvent un enjeu tout aussi déterminant dans notre monde moderne, celui de la démocratisation et de l’émancipation lié à l’accès à des loisirs actifs. La natation est la deuxième activité sportive et de loisirs la plus pratiquée par les Français. Elle est un des loisirs les plus à la portée de tous les âges et de tous les milieux.
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Enfin, dans un souci de mise en cohérence des actions scolaires et extra-scolaires visant l’évolution des jeunes en sécurité dans les milieux aquatiques, les dispositions certificatives ont été réorganisées. L’acquisition du savoir-nager en sécurité est attestée par la réussite au test savoir-nager en sécurité (ASNS), prioritairement à la fin du cycle 3. La réussite des élèves à l’ASNS est obligatoirement renseignée, dès que possible, dans le livret scolaire unique (LSU) qui suit l’élève tout au long de sa scolarité. L’attestation du savoir-nager en sécurité ne représente pas l’intégralité des compétences fixées par les programmes d’enseignement. La réussite au test Pass-nautique, antérieurement désigné « aisance aquatique », permet l’accès aux activités nautiques et aquatiques dans le cadre des accueils collectifs de mineurs conformément aux dispositions des articles A. 322-3-1 et A. 322-3-1 du Code du Sport.
Un Parcours Pédagogique Structuré : De la Maternelle au Lycée
Le parcours de formation du nageur sécurisé débute dès l’école maternelle, avec l’objectif d’une première expérience positive de l’eau et l’acquisition par tous d’une aisance aquatique. C’est pourquoi l’identification, le suivi et la validation des compétences nécessaires à une évolution en sécurité dans le milieu aquatique pour tous les élèves font l’objet de toute l’attention nécessaire au long de ce parcours. Pour l'enfant, l'objectif est de jouer en sécurité dans l’eau avec ses copains et de ne plus avoir besoin des adultes. Ludimania® est l’activité essentielle pour permettre de poser les bases d’une bonne familiarisation au milieu aquatique et d’acquérir tous les prérequis nécessaires pour poursuivre son évolution, allant vers des apprentissages plus complexes. Ludisport® est une activité pour augmenter le capital physique de l’enfant autrement, en variant les activités et pour découvrir des sports inédits. Chaque enfant évolue à son rythme et en fonction de ses capacités. Les âges sont donnés à titre indicatif.
Le parcours de formation de l’élève s’initie dans la perspective d’une aisance aquatique, dès le cycle 1. Il se traduit par des situations de découverte et d’exploration du milieu aquatique. L’acquisition des connaissances et des compétences liées au savoir-nager s’envisage à travers la programmation de plusieurs séquences d’apprentissage réparties dans les cycles d’enseignement de l’école primaire, du collège et du lycée. Cet apprentissage se fait sous la responsabilité des professeurs, dans le respect des consignes de sécurité.
Les objectifs spécifiques par cycle se déclinent comme suit :
- Cycle 1 (maternelle) : Il s'agit de se déplacer avec aisance dans des environnements variés, naturels ou aménagés, d'explorer avec plaisir le milieu aquatique, de découvrir le corps flottant en se laissant porter par l’eau, et d'explorer des déplacements avec la tête dans l’eau en s’aidant des bras et des jambes.
- Cycle 2 (CP, CE1, CE2) : L'objectif est de se déplacer dans l’eau sur une quinzaine de mètres sans appui et après un temps d’immersion. Les repères de progressivité consistent à passer de réponses motrices naturelles (découvrir le milieu, y évoluer en confiance) à des formes plus élaborées (flotter, se repérer) et plus techniques (se déplacer).
- Cycle 3 (CM1, CM2, 6ème) : Les élèves visent à réaliser une performance pour aller plus vite et plus longtemps.
La circulaire natation B0 du 12 octobre 2017 stipule que, pour permettre aux élèves de construire les compétences attendues, en référence aux programmes d’enseignement, il importe, dans la mesure du possible, de prévoir trois à quatre séquences d’apprentissage à l’école primaire (de 10 à 12 séances chacune). La fréquence, la durée des séances et le temps d’activité dans l’eau sont des éléments déterminants pour assurer la qualité des apprentissages. Dans le cadre d’une séquence d’enseignement, une séance hebdomadaire est un seuil minimal. Des programmations plus massées (2 à 4 séances par semaine), voire sous forme de stage sur plusieurs jours consécutifs, peuvent être encouragées. Elles peuvent constituer des réponses efficaces dans des contextes particuliers, à des projets ou à des besoins, notamment pour les actions de soutien et de mise à niveau. Au cycle 3, la natation fera l’objet, si possible, d’un enseignement chaque année du cycle. Une évaluation organisée avant la fin du CM2 permet de favoriser la continuité pédagogique avec le collège et notamment de garantir la validation de l’ASNS en proposant aux élèves qui en ont besoin les compléments de formation nécessaires.
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L’établissement (le collège ou le lycée) met en place l’enseignement de la natation au regard des objectifs fixés par les programmes d’éducation physique et sportive (EPS) : cet enseignement s’inscrit dans le projet d’établissement et le projet pédagogique d’EPS. La prise en compte des non-nageurs dans les lycées doit être, dans la mesure du possible, une priorité des équipes pédagogiques d’EPS. L’identification des élèves n’ayant pas validé l’ASNS ou pour lesquels le niveau de compétences n’est pas défini doit être un objet de la liaison troisième-seconde.
Vers une Pédagogie Rénovée du Milieu Aquatique
Le « savoir nager », comme le « savoir-lire », est un savoir complexe et un processus jamais terminé. Plutôt que « savoir nager », il est préférable de dire « apprendre à nager », comme on dit « apprendre à lire ». Un enfant de 6 ans sait lire, mais ne peut pas encore tout lire. C’est pareil pour le « savoir-nager » ou l’« aisance aquatique ». Une question légitime est de savoir quand on sait vraiment nager, quand on est vraiment à l’aise dans le milieu aquatique. Un élève à qui on délivre l’ASNS sait-il réellement nager, notamment à la mer, dans une rivière ? Saura-t-il se sauver dans n’importe quelle circonstance ? Ce n'est pas toujours garanti.
La singularité et la spécificité des obstacles rencontrés par les élèves non-nageurs (y compris les élèves en situation d’aptitude partielle) sont prises en compte dans les formes de groupements et l’organisation du taux d’encadrement, au regard des contextes d’enseignement.
Si l’on compare aux autres sports, la natation est depuis toujours considérée comme une activité « à part » dans l’enseignement, avec notamment des circulaires et des brevets spécifiques (attestation scolaire du savoir nager délivrée par l’École en fin de cycle 3). Ainsi, la société reconnaît le risque de noyades comme un problème majeur. Ce statut particulier a un revers : l’apprentissage de la natation est imprégné d’un inconscient collectif qui est la peur de se noyer.
Depuis 1977, des spécialistes de l’enseignement ont montré, grâce à une nouvelle approche didactique et pédagogique de la natation, qu’apprendre à nager, c’est d’abord expérimenter la flottaison, l’apnée (« même en ouvrant la bouche, je ne bois pas »), et explorer le fond de la piscine. Ils ont également démontré qu’on apprend à nager sans « prothèses » (sans bouées et sans brassards) de façon à ce que l’enfant (ou l’adulte) puisse ressentir pleinement cette flottaison et construire un nouvel équilibre/respiration/propulsion. Le film "Digne dingue d’eau" de Raymond Catteau montrait en 1977 que la première étape d’une telle transformation peut s’opérer - avec un spécialiste - en une quinzaine de séances à raison de 2 séances par jour pendant 2 semaines.
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Le paradoxe est que, malgré ces démonstrations, depuis 50 ans, on continue à laisser les parents, les Maîtres-Nageurs Sauveteurs (MNS), et les enseignant.es mettre des brassards et des bouées aux enfants. Avec ces « prothèses », tout le monde est leurré. D’abord l’enfant qui vit une expérience biaisée de la natation, car, ayant toujours eu des brassards, il ne sait pas qu’il ne flotte pas sans eux. Les parents pensent leur enfant en sécurité et ne pas avoir besoin de le surveiller, ce qui peut créer un faux sentiment de sécurité. De surcroît, cette pratique allonge considérablement le temps d’apprentissage pour devenir autonome.
C’est pour cette raison que des propositions émergent pour délivrer des brevets avec des niveaux, à l’instar des étoiles et des flocons au ski, des ceintures et des dans au judo ou karaté, ou des galops en équitation. Ces niveaux sont intéressants au plan pédagogique parce qu’ils donnent un repère extérieur à l’enfant, une indication qui lui permet de se situer en tant que débutant, débrouillé, confirmé, etc. Pour l’école, il est proposé d’expérimenter 3 repères scolaires de natation correspondant à 3 étapes didactiques importantes : un premier niveau obtenu vers 5-6 ans (type « aisance aquatique »), un deuxième niveau en fin de cycle 3 (l’ASNS actuel ou un test du même type), et un 3ème niveau obtenu en fin de troisième (conformément aux programmes collège de 2008).
Pour réussir à atteindre l’objectif de 100% de nageurs, il faut miser sur des apprentissages plus rapides. Cela suppose d’une part d’enlever les flotteurs et de donner accès au grand bain aux débutants. Des apprentissages massés de type « classes natation » doivent permettre également des apprentissages plus rapides.
Les Enjeux d'Infrastructure et de Formation des Enseignants
Le manque de piscines est un frein incontestable, pointé dans plusieurs rapports de la Cour des Comptes. Celui de février 2018, intitulé « Les piscines et centres aquatiques publics : un modèle obsolète », indique qu’« un tiers des classes élémentaires ne bénéficie pas d’une offre de bassin jugée satisfaisante au regard des objectifs d’apprentissage ». Celui de septembre 2019, mené dans l’académie de Créteil, met en évidence que « le manque d’infrastructures est la principale cause de non-participation au dispositif « savoir nager » ». Il souligne également que la gestion des piscines en délégation de service public tend à privilégier des activités plus « rentables » financièrement, ce qui conduit à la conception de bassins peu adaptés aux apprentissages et à la réduction des créneaux accessibles aux scolaires. Il est nécessaire de créer les conditions et les synergies, particulièrement financières, pour rénover et construire des piscines adaptées aux apprentissages partout où il en manque.
L’autre principal levier est d’améliorer considérablement la formation des enseignant.es, en particulier au primaire. Aujourd’hui, la quasi-totalité des jeunes professeur.es des écoles savent nager, avec très peu de grands débutant.es en master 1. La courte période où la formation initiale a pu consacrer 18-20 heures à la natation (soit 6 demi-journées dédiées à la didactique/pédagogie associée à de la pratique personnelle), a permis aux enseignantes de posséder les outils nécessaires pour enseigner. Contrairement à ce qui est souvent dit, il n’est pas plus difficile d’enseigner la natation que les sports collectifs pour un.e professeur.e des écoles aujourd’hui. La majorité des enseignant.es comprennent « qu’on n’apprend pas des gestes » et la nécessité d’enlever les brassards et les bouées. Avec une formation adaptée, la majorité des enseignant.es se sentent capables d’enseigner, à condition qu’on ne tente pas de leur faire croire l’inverse. Il est important de rappeler que si un.e enseignant.e ne se sent pas capable d’enseigner, la loi permet des échanges de service.
Dans tous les départements, les conseillers pédagogiques de circonscription (CPC) peuvent aider les enseignant.es, à condition que leurs missions EPS soient confortées, ce qui n’est pas toujours le cas actuellement. Il serait tout à fait possible de généraliser 3 jours de stages de Formation Continue pour tout enseignant de Grande section/CP allant nouvellement à la piscine, avec un plan pluriannuel si besoin. Depuis 15 ans, l’épreuve de natation au concours de recrutement des professeurs des écoles a été supprimée. Or, cette épreuve permettait d’inscrire la natation dans les cursus de formation initiale (il s’agissait de nager 50 mètres et de réussir une épreuve de sauvetage avec transport d’un petit mannequin sur 12,5 mètres). Aujourd’hui, il est seulement demandé un brevet de 50 mètres, sans exigence particulière de sauvetage.
Certains départements financent des projets de « classes natation » pour les collégiens (par exemple, le Conseil Départemental de la Manche). Dans certains départements, il y a quelques années, un professeur des écoles était affecté sur un centre de loisirs qui accueillait des classes natation sous forme de « stages massés ». Ces postes, au nom de la baisse des dépenses publiques, ont été supprimés, alors qu’ils montraient leur efficacité. Bien sûr, toutes ces propositions ont un coût, mais la question se pose de savoir s'il s'agit d'un coût ou d'un investissement. Si apprendre à nager est un enjeu de société, c’est un investissement. Par ailleurs, pour l’École, les ressources existent, et la solution n’est pas à chercher en dehors de l’École en voulant désespérément multiplier les partenaires. La politique volontariste affichée par la ministre des sports sur « l’aisance aquatique » semble créer un contexte favorable pour populariser l’idée que « tous les enfants de France peuvent apprendre à nager et l’École est prête à relever le défi ». Une formation des enseignant.es (3 jours minimum) centrée sur un apprentissage moderne, plus efficace et plus rapide de la natation, avec diffusion d’outils, est essentielle.
Le centre aquatique Aquoisia, par exemple, a lancé l'Académie du Savoir Nager, dans le but d'en finir avec les risques de noyades en France et d'apprendre aux enfants à nager dès le plus jeune âge. Cette activité, à la fois idéale et incontournable, allie plaisir, pratique sportive et surtout la sécurité. Elle est destinée à remplacer l'école de natation traditionnelle. Le mercredi 2 septembre a d'ailleurs été une journée test afin d'évaluer le niveau de chacun.