La question de l'âge approprié pour porter le voile islamique suscite des débats passionnés et des opinions divergentes. Qui n'a jamais croisé des jeunes filles, voire des fillettes, portant le voile islamique ? Cet article vise à explorer les différents aspects de cette question, en tenant compte des perspectives religieuses, des considérations légales, des expériences personnelles et des enjeux sociaux.
Perspectives religieuses sur le port du voile
L'obligation du port du voile pour la femme musulmane, croyante, ne fait aucun doute en Islam. Le Coran contient des versets qui sont interprétés comme des injonctions au port du voile. "Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines". Allah le Très-Haut a utilisé dans ce verset l’impératif comme moyen pour insister sur l’obligation du hijab de la femme musulmane. Le « hijab » de la femme dont il est question en Islam, concerne la croyante qui se trouve en présence d’hommes qui lui sont étrangers (qu’on dit en arabe : ajanib ). D'après ‘Aicha (qu’Allah l’agrée), Asma bint Abi Bakr (qu’Allah l’agrée) est rentrée auprès du Prophète صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم alors qu’elle portait un vêtement léger. Le Prophète صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم s’est alors détourné d’elle et a dit : « Ô Asma ! A propos de la femme voilée, le savant Ibn Baz (qu’Allah lui fasse miséricorde) a expliqué que le hidjab concerne un voile couvrant l’ensemble des parties de la femme qui doivent êtres couvertes mais qu’il ne concerne pas obligatoirement un vêtement unique, propre à toutes les femmes musulmanes. C’est-à-dire que, toutes les croyantes ne sont pas obligées de se couvrir de la même manière. Plutôt, elles doivent se couvrir d’une manière légiférée, d’un habit qui respecte les conditions du voile et qui correspond à la coutume du pays. Par exemple, les femmes en Arabie Saoudite et dans l’ensemble de la Péninsule Arabique utilisent traditionnellement la « abaya » noire, en Iran on trouve le « tchador » et au Maghreb on trouve le « aâjar » blanc. En revanche, elle impose un certain nombre de conditions pour que son vêtement rentre dans l’acceptation de ce qu’Allah عزوجل a ordonné.
Les érudits musulmans s'accordent généralement sur le fait que le voile devient obligatoire pour les femmes pubères. Il est conseillé de discuter du sujet du hijab aux petites filles, de façon à les préparer à le porter le jour où elles auront atteint la puberté. Un hadith nous est venu dans lequel notre noble prophète ﷺ lorsqu’il vu la sœur d’Aisha Siddiqa, qu’Allah l’agrée. Alors qu’elle portait des vêtements légers, le prophète ﷺ lui dit : « Ô Asma lorsqu’une fille devient pubère, il n’est pas convenable pour elle qu’elle montre, excepté son visage et ses mains, quoi que ce soit aux hommes étrangers.
Cependant, l'interprétation de ces textes et l'âge précis auquel le voile devient obligatoire peuvent varier selon les écoles de pensée et les contextes culturels. Certains estiment que le port du voile doit être encouragé dès le plus jeune âge, afin d'inculquer aux filles les valeurs de pudeur et de modestie. D'autres considèrent qu'il est préférable d'attendre que les jeunes filles aient atteint la puberté et soient en mesure de prendre une décision éclairée et personnelle concernant le port du voile.
Considérations légales et droits de l'enfant
Dans de nombreux pays, la loi garantit la liberté de religion, y compris le droit de porter des vêtements religieux. Cependant, ce droit peut être limité lorsqu'il entre en conflit avec d'autres droits fondamentaux, tels que le droit à l'éducation, à la santé ou à la sécurité.
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En France, la loi du 15 mars 2004 interdit le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques primaires et secondaires. Cette loi s'applique donc aux jeunes filles qui souhaitent porter le voile à l'école.
Par ailleurs, l'article L. 227-1 du Code pénal punit de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le fait, par un ascendant ou toute autre personne ayant autorité sur un mineur, de priver ce mineur du droit à l'éducation ou de l'empêcher de suivre l'enseignement obligatoire. Cette disposition pourrait être invoquée dans les cas où des parents imposeraient le port du voile à leurs filles mineures, au détriment de leur éducation ou de leur développement personnel.
Il y a lieu ici de s'interroger sur la symbolique de ce voile islamique et de faire respecter l'intérêt supérieur de l'enfant conformément à la Convention de l'ONU relative aux droits de l'enfant que la France a ratifiée il y a trente ans. Le voile n'est pas un vêtement comme un autreOui, le voile islamique n'est pas un simple tissu, il ne s'agit nullement d'un vêtement comme un autre, car il est indubitablement porteur d'une connotation qui ne saurait s'appliquer à des petites filles. Outre le fait qu'il est un symbole de la domination patriarcale et de l'oppression des femmes par les hommes, le voile dans toutes les religions et spiritualités renvoie à la notion d'impureté du corps féminin. Il évoque la tentation du péché charnel et fait reposer sur les femmes la responsabilité de la chasteté masculine. Michèle Vianès, présidente de Regards de femmes et essayiste, rappelle d'ailleurs très justement : « Si une fillette sur cinq est, en moyenne, victime d'agressions sexuelles, un garçonnet sur treize l'est aussi*. Alors, pourquoi ne pas voiler les petits garçons également ? » Le voile est fait pour dissimuler le corps des femmes aux regards sexualisés des hommes. Quelle est alors la signification de voiler une fillette ?
Dans ce contexte, il est essentiel de trouver un équilibre entre le respect de la liberté de religion et la protection des droits de l'enfant, en particulier le droit à l'éducation, à la santé et à un développement harmonieux.
Expériences personnelles et témoignages
De nombreuses jeunes filles et femmes musulmanes témoignent de leur expérience du port du voile, souvent avec des sentiments mitigés. Certaines expriment un sentiment de fierté et d'identité renforcée, tandis que d'autres se sentent contraintes ou stigmatisées.
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Yasmine, Adama, Salima, Laura et Sonia ont voulu porter le voile pendant leur adolescence. Leurs familles s’y sont opposées, par « volonté d’intégration », par peur pour leur carrière ou d’une éventuelle radicalisation. « Quand tu portes le voile, tu déçois tes proches », lâche Yasmine, le ton dur, au téléphone. « Je n’ai pas connu un moment où on m’a soutenu totalement. On est toute seule. »
Sonia (1), 23 ans, qui a eu du mal à gérer les réactions de son père quand elle lui a annoncé sa décision de porter le foulard. « On pense que nous sommes des femmes soumises, c’est tout le contraire. Laura se souvient très bien du jour où elle a pris son courage à deux mains pour annoncer la nouvelle à ses parents. Du haut de ses 16 ans, la lycéenne a décidé de porter le voile. Ce samedi soir, après avoir fait les cent pas dans sa chambre, la jeune fille descend dans la cuisine et se confie à sa mère. « Quelle bêtise tu me racontes ?! », lui rétorque-t-elle. La famille est pourtant d’origine kabyle. S’ils ne sont pas pratiquants, ils sont de culture musulmane. « Ma mère fait partie de cette génération qui est fière de s’être intégrée, de porter son tailleur, de se confondre dans la masse. Yasmine, elle, n’est pas passée par quatre chemins. « J’ai porté le voile et je suis sortie de chez moi. Je ne me sentais pas de faire un communiqué. » Elle est, elle aussi, en première au lycée quand elle décide d’aller un petit peu plus loin dans sa foi. Sa famille est pratiquante, mais a une mauvaise image du voile. « Mes tantes du côté de mon père étaient au bout de leur vie, comme si c’était sur leur tête ! » Pour elles, c’est foutu : Yasmine vient d’envoyer valser son avenir professionnel. « Je suis actuellement en master de droit des affaires, je ne me suis jamais fermé aucune porte, au contraire ! » Quand l’étudiante parle de ses recherches de stage, elles lui rétorquent avec dégoût : « Tu vas enlever ça quand même… ». « Les femmes se sont battues, nous on s’est battues, pour nos libertés. Et toi, tu portes le voile », lancent-elles un autre jour. « Des membres de ma famille m’ont retiré mon voile chez moi, contre mon gré. « J’ai ressenti beaucoup de solitude. Pour eux, je ne suis qu’un voile, je ne suis plus une femme. Je ne suis pas ouverte d’esprit et je ne vis que pour ma religion. « Ma mère fait partie de cette génération qui est fière de s’être intégrée, de porter son tailleur, de se confondre dans la masse. Adama, 33 ans, a vécu la même expérience. « Du jour au lendemain, je n’étais plus une personne. On ne m’écoutait plus, on ne me regardait même plus dans les discussions. » À 22 ans, Adama est toute jeune mariée et vient d’apprendre qu’elle est enceinte quand elle décide de porter le foulard. « Tout le monde s’est permis de me faire des réflexions. Jusqu’aux voisins ! Personne n’était pour. » À l’arrêt de bus, sans introduction, une amie de la famille qui la croise lui demande : « C’est ton mari qui t’a forcé ? ». « Mais pourquoi elle parle de mon mari ?! », s’agace Adama. Sa famille est pratiquante et ne comprend pas sa décision : « Le foulard n’est pas obligatoire dans la foi musulmane, pourquoi se mettre des barrières dans la vie ? » L’incompréhension a laissé place aux réflexions sexistes et blessantes, qui n’existaient pas avant qu’elle ne porte le voile : « Mais Adama ne sait rien du tout. Elle ne sait que faire à manger ! Oh ne t’énerve pas, je rigole, c’est une blague. » Rapidement après son mariage, la jeune femme donne naissance à ses deux enfants et décide de s’en occuper. « Ils ont relié ça au voile. On te rabaisse, on te met dans une case, celle de femme voilée au foyer, et basta. T’es bête et t’es bonne qu’à faire la vaisselle. « On a commencé à me reprocher des avis que je n’avais pas… », explique Laura, toujours dubitative. Elle se souvient par exemple d’un moment où elle discutait vêtement avec sa sœur. « J’aime bien la mode, elle est venue me demander des conseils. » Laura la complimente sur une mini-jupe qui lui va bien. « Mais toi tu ne portes pas ça et tu ne cautionnes pas », l’interpelle sa sœur. « Je n’avais rien dit et je n’ai jamais rien dit qui allait dans ce sens. « Pour elle, le foulard est soit un acte politique, soit un truc de femmes frustrées qui veulent se cacher. Sa mère lui reproche aussi « d’être moins coquette », parce qu’elle ne porte plus de jupe courte. Ou « d’être moins drôle », parce qu’elle ne sort pas en club. « Mais je n’ai jamais eu envie de tout ça. La famille de Laura a commencé à lui reprocher des avis qu'elle « n'avait pas ». « Un jour, j’ai croisé mon père dans la rue avec mon foulard. J’ai cru lire du dégoût sur son visage. » Sonia (1) a 23 ans. Elle est étudiante en licence de droit et vit chez ses parents. Depuis trois ans qu’elle porte le foulard, elle vit une guerre froide avec son père. Il est pourtant musulman. Elle raconte qu’il fait ses cinq prières par jour et le ramadan. Mais rien n’y fait, ça ne passe pas. « On n’en a jamais parlé en frontal, mais je l’ai entendu en discuter avec ma mère ou ma tante. Je crois qu’il s’est dit qu’on m’avait peut-être lavé le cerveau. » Son père regarde beaucoup BFM et Cnews, des chaînes qui « oppressent » Sonia. Les proches de Yasmine ont également pensé qu’elle avait été forcée ou influencée. L’étudiante se souvient d’un jour où, coquette qu’elle est, elle avait accordé son foulard à la couleur de sa tenue. « Ça ne matchait qu’avec du noir. C’est classe le noir ! » Ses proches ont cru à un signe salafiste. « Ma mère m’a dit droit dans les yeux : “Tu ne porteras pas le voile. En 2014, Salima a tout juste 18 ans et se lance dans une nouvelle vie : la petite dernière de la fratrie déménage de chez ses parents à Aix-en-Provence pour poursuivre ses études de langues à Montpellier. Mais sa vie de jeune étudiante va malgré elle s’entremêler aux déboires de ses deux cousines. Alors que Salima s’intéresse davantage à l’Islam et commence à prendre des cours de religion, ses cousines surprennent toute la famille en s’envolant pour la Syrie. « Dans ce même temps, mes parents voient que je commence à prier, que je prends des cours de religion avec des gens qu’ils ne connaissent pas. Et je parle de porter le foulard ! Elles étaient très proches toutes les deux. « On était un duo, on a fait toutes les bêtises ensemble. » Sa cousine lui demande de la rejoindre, Salima refuse. Il en était hors de question. Mais la famille est inquiète. Et les remarques sur son turban, qu’elle noue dans ses cheveux de temps en temps, en attendant de porter sérieusement le voile, sont incessantes. « Et puis ma mère a tout fait pour s’intégrer dans le petit village où on habitait. J’avais peur qu’ils me tournent le dos et j’avais trop besoin de ma famille. Salima n’a jamais porté le voile. Pour la soeur de Laura, bq. Les quatre autres femmes de cet article le portent, malgré l’avis de leurs proches. La relation de Sonia avec son père reste conflictuelle. Ses sœurs la soutiennent et tentent de faire évoluer les choses. « Mais je n’arrive toujours pas à porter le hijab devant lui. Adama a également l’impression que les choses se tassent, petit à petit. « J’ai recommencé à travailler. Ils n’ont plus rien à dire. » Les proches de Laura sont également rassurés qu’elle ait trouvé un travail : assistante médicale en cardiologie. Elle s’est également engagé chez Lallab, une association féministe et antiraciste qui défend les droits des femmes musulmanes. « Malgré leur réticence autour du voile, paradoxalement, ils sont fiers de voir que je me bats pour mes droits. Pour Yasmine aussi, les remarques se sont estompées. « Ils n’ont pas eu le choix ! Ils peuvent garder leurs réflexions dans leurs tête mais je ne leur permets pas de me juger ! » Elle aussi a trouvé son stage de fin d’études. « C’est déjà dur de trouver un stage quand t’es étudiante, je n’allais pas m’ajouter ça. Et ce n’est pas un échec, c’est pragmatique. Je sais qu’il faut que j’arrive avec le meilleur CV et la meilleure expérience pour essayer de changer les mentalités.
Ces témoignages soulignent la complexité de la question du port du voile et la nécessité de prendre en compte les expériences individuelles et les contextes familiaux et sociaux.
Enjeux sociaux et débats contemporains
Le port du voile est devenu un enjeu social majeur dans de nombreux pays, en particulier en France. Les débats portent sur la place de l'islam dans la société, la laïcité, l'égalité entre les hommes et les femmes, et la liberté de religion.
Certains considèrent le voile comme un symbole d'oppression et de soumission des femmes, incompatible avec les valeurs de la République et de l'égalité. D'autres défendent le droit des femmes à porter le voile comme une expression de leur identité religieuse et culturelle, protégée par la liberté de religion.
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Ces débats ont souvent des répercussions sur la vie des femmes voilées, qui peuvent être confrontées à la discrimination, au harcèlement ou à l'exclusion sociale. Il est donc essentiel de promouvoir le dialogue, la compréhension mutuelle et le respect des différences, afin de construire une société inclusive et harmonieuse.
Le voile en entreprise et dans l'espace public
La Cour de justice européenne a rendu ce mardi un avis sur le port du voile en entreprise. Chacun s'habille comme il veut, dans le respect de la loi, évidemment. Le voile traditionnel, celui qui ne recouvre pas le visage, est autorisé dans l'espace public. Une femme musulmane peut porter le voile dans un jardin public ou à la plage «dans la limite du respect de l'ordre public». De même, dans le métro ou lors de démarches administratives à la mairie, elle peut se couvrir la tête : elle est considérée comme une usagère. Détail qui a son importance : selon la loi du 11 octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l'espace public, le port du voile intégral est interdit. Le port du voile par une fonctionnaire est interdit. Une étudiante dans une université publique : OUI MAIS il peut lui être demandé de le retirer dans certaines situations. Une étudiante est considérée par la loi française comme majeure, adulte et libre de faire ses choix. Elle peut donc porter le voile si elle ne fait pas de prosélytisme et ne perturbe pas le bon fonctionnement de l'établissement. Par ailleurs, un professeur peut lui demander de découvrir sa tête lors d'un examen pour vérifier qu'elle ne porte pas d'oreillette. Une élève, une collégienne ou une lycéenne : NON. Ici, il ne s'agit pas d'une interdiction mais d'une «obligation de discrétion très forte». La loi de 2004 estime que les jeunes sont «dans une phase d'acquisition des bases du savoir, à un âge où chacun doit développer son esprit critique, de préserver les enfants de pressions qu'ils subiraient pour porter tel ou tel signe religieux»,. Le port du voile n'est pas prohibé mais l'entreprise peut l'interdire en s'appuyant sur plusieurs critères. Pour interdire la manifestation d'un fait religieux et sanctionner un salarié, l'entreprise doit notamment prouver qu'il constitue une entrave aux règles de sécurité et d'hygiène ou à l'organisation d'un service. Une femme voilée dans une usine peut se voir demander de retirer son voile si le tissu est susceptible de s'accrocher dans une machine. Autre exemple : pour des raisons d'hygiène, un laboratoire peut refuser que sa salariée soit coiffée de son foulard pour travailler dans une pièce stérile. La salariée ne doit pas non plus aller à l'encontre de l'intérêt économique de l'entreprise.
Le voile : Cheminement spirituel et liberté de choix
J’ai pris la décision de me voiler le 3 janvier 2018, jour de mon anniversaire, je venais alors d’avoir 19 ans. Cela n’a pas été une décision prise à la hâte, loin de là, mais plutôt le résultat d’un long cheminement spirituel. J’ai commencé à me questionner sur ma religion, sur ma pratique de l’Islam dès l’adolescence, vers l’âge de 13-14 ans. C’est un sujet que je n’avais encore jamais abordé avec ma mère ou encore mes tantes qui elles le portent, je n’ai reçu aucune pression, directe ou indirecte, quant au fait qu’il fallait que je porte le voile. C’est un choix que j’ai fait en toute âme et conscience et surtout librement. Je n’ai pas de père, je ne suis pas mariée et j’ai un petit frère, si je me permets de dire ça, c’est que l’on a trop tendance (surtout dans les médias) à penser que si une femme décide de se voiler, c’est parce qu’on le lui a demandé, et que généralement derrière cette décision se cache un homme. Tout d’abord, lorsque l’on souhaite savoir si une pratique est légiférée ou non, on se réfère à deux sources : le Coran et la tradition prophétique (la Sunna). Quant à la question du voile, de nombreuses et nombreux érudit.e.s se sont penché.e.s sur la question et en ont conclu que le port du voile était obligatoire en Islam pour toute femme pubère, et, pour arriver à cette conclusion, voici leurs principaux arguments. Ainsi si l’on se réfère au texte coranique ainsi qu’à la tradition prophétique, les savants s’accordent à dire que le voile est une obligation. Cependant ce n’est pas parce que c’est une obligation, qu’il doit être imposé à la femme, car comme le dit le Coran “ nulle contrainte en religion”. Si cette dernière ne le porte pas, on ne peut pas la considérer comme une mauvaise musulmane, car là encore il s’agit d’un choix personnel, qui ne doit pas être fait sous la contrainte.
En effet, par le passé, de nombreuses femmes ont milité pour pouvoir le retirer et être enfin libres, et me voilà ici, moi, en train de vous raconter que j’ai décidé de porter le foulard de mon propre chef. Cette situation peut paraître déconcertante au début, et je comprends tout à fait que l’on puisse se questionner. Cependant, il y a une différence fondamentale entre ces deux situations, et cette différence peut se résumer en un mot : la liberté. Ces femmes ont été forcées de se vêtir de la sorte, ce n’était pas un choix volontaire de leur part. Et à travers ce combat, c’est en réalité un combat encore plus noble qu’elles menaient, à savoir celui de disposer de leurs corps comme elles le souhaitaient, de pouvoir se vêtir comme elles l’entendaient sans que personne ne puisse venir leur imposer une manière de s’habiller. Et étrangement je revendique la même chose, je veux que l’on me laisse l’opportunité de me vêtir comme bon me semble, en l’occurrence ici, je souhaiterais qu’on me laisse porter le voile librement et surtout que les personnes comprennent que je ne suis soumise à personne et qu’il s’agit de ma liberté. Je me considère comme une féministe pro-choix. Je considère que chaque femme a le droit de jouir de son corps comme elle l’entend. Si une femme veut mettre une mini-jupe, qu’elle le fasse, si une autre décide de porter un pantalon qu’elle le porte, et il en va de même pour une femme voilée. Si cette dernière décide de le porter librement, alors ainsi soit-il. Cependant ces dernières années avec l’obsession médiatique sur la question du voile, l’idée de penser qu’une femme décide de se voiler librement et que l’on doit respecter sa décision, est une idée qui est de moins en moins compréhensible. On entend certaines personnes parler à notre place et nous expliquer que non, nous ne sommes pas libres de porter ce voile, que notre tenue n’est pas en accord avec les valeurs républicaines, ou encore que notre manière de nous vêtir ne serait pas non plus en accord avec les principes de la laïcité.
Risque de communautarisme et essentialisation
La question était de savoir si le voile n’est pas un risque de créer de l’animosité envers la communauté musulmane, dans une société dans laquelle on dénonce et on a peur du communautarisme. Ce que je dénonce c’est que dans de nombreux débats, on a tendance à beaucoup trop souvent oublier que la plus grande majorité des femmes voilées sont françaises, elles font partie de la communauté française, elles respectent les lois républicaines et que pour l’écrasante majorité, elles ne représentent pas, enfin nous ne représentons pas, un danger pour la France. Nous faisons partie de la communauté française. Il devient de plus en plus dangereux de faire des amalgames entre le voile et le communautarisme, car cela entraîne et nourrit la peur de l’autre, et donc, ce communautarisme que l’on cherche tant à éviter. Vous êtes-vous demandé ce qu’une femme voilée pouvait ressentir lorsqu’elle allume la télévision et voit qu’il y a plus de 90 débats autour de ce choix qu’elle a fait, et qu’on lui explique que ce voile qu’elle porte sur la tête, et qui fait partie intégrante de son identité, n’est pas souhaitable en France ? Sans parler d’une personne qui n’est pas musulmane, et qui elle aussi allume sa télé, et a face à elle les mêmes débats, où l’on insinue que le voile est un problème en France. Cette dernière peut, sans s’en rendre compte, assimiler la femme musulmane voilée à une personne qui ne souhaite pas s’intégrer en France, et qui peut représenter un danger. Je pense en toute honnêteté qu’il est grand temps que l’on arrête d’alimenter le débat et que l’on comprenne que toutes ces femmes sont plus que ça, et que l’on ne peut les réduire à ce foulard. Il faut comprendre que ce n’est pas parce qu’une femme décide de porter le voile que sa personnalité a changé, elle reste toujours la même intérieurement. Ce choix ne nie en rien celle qu’elle est et ne l’empêche pas de réfléchir, elle est toujours la même si ce n’est qu’elle porte sur sa tête un voile.