Léon Marchand, auréolé de ses succès aux Jeux Olympiques de Paris, se lance un nouveau défi : le 400m nage libre. Une discipline qu'il avait délaissée depuis plus de cinq ans, mais qui le fait rêver aujourd'hui. Fort de ses quatre médailles d'or, il pourrait être tenté de croire qu'il deviendra la référence sur la distance en trois ans. Cependant, son temps actuel de 3'48"97 révèle que le chemin sera ardu, même pour un champion de sa trempe.
Un temps modeste à l'échelle internationale
Le chrono de 3'48"97 réalisé par Léon Marchand lors de sa récente compétition en Floride le place loin des standards internationaux actuels. À titre de comparaison, ce temps l'aurait situé au 21e rang des chronos des JO de Paris et ne suffirait pas à le qualifier pour les Mondiaux à venir cet été.
Lukas Martens a battu le record du monde du 400 m nage libre le 12 avril dernier en 3'39"96. "Aujourd’hui, c’est un temps qui lui permet de faire un podium sur les championnats de France (ndlr : 3e temps des derniers championnats de France) mais on est loin du meilleur niveau international", prévient son oncle Christophe Marchand, ancien spécialiste de la distance alors que le niveau est très relevé, aujourd’hui, sur 400m.
Les obstacles sur la route de Los Angeles
Si Léon Marchand souhaite réussir son pari aux Jeux Olympiques de Los Angeles, il devra surmonter de nombreux obstacles. "Ce n’est pas rédhibitoire mais il existe de vrais obstacles physiques et stratégiques. C’est une question de repères et de sensations. Pour lui, c’est complètement nouveau, rappelle Denis Auguin, le directeur des équipes de France. Il va solliciter son corps différemment avec une endurance musculaire plus élevée. C’est une course très exigeante qui nécessite une finesse dans les allures et une grande régularité."
Le champion olympique du 200m brasse et papillon n'a jamais été un spécialiste de crawl. Ses qualités naturelles, sa souplesse et son relâchement font du papillon la nage la plus naturelle pour lui. Le crawl, beaucoup moins. "On voit qu’il part trop sur les jambes et qu’il a du mal à finir sa course, note encore son oncle. Quand on arrive aux 250 m, ça tire beaucoup plus que sur le 4 nages. Il allonge encore beaucoup ses coulées. On peut se dire que le crawl est la nage la plus simple mais, à ce niveau, c’est ce qu’il y a de plus dur. Il lui reste trois ans. C’est un beau défi, il faut le tenter."
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Un défi pour se dépasser
Cette nouvelle ambition donne un sens à l'après-JO de Léon Marchand. Après avoir tout gagné, il avait besoin d'un nouveau défi pour se motiver. Même s'il réalise que l'écart avec l'élite mondiale est trop important, le travail accompli ne sera pas vain.
En travaillant le crawl, il va muscler ses fins de 200 et 400m 4 nages. Même si aujourd’hui, l’objectif est de réussir là où Michael Phelps a toujours échoué : briller sur 400m nage libre. "Il ne suffit pas de s’appeler Léon Marchand pour y parvenir et la concurrence est très forte, rappelle Denis Auguin. Signer des courses de très haut niveau, ça demande de l’expertise. Les gens peuvent se dire : ‘200, 400 crawl ou 4 nages, c’est facile.‘ Mais même quand on s’appelle Léon Marchand, c’est un défi hyper compliqué."
"Si j’étais spécialiste du crawl aujourd’hui, je ne serais quand même pas confiant et j’aurais bien les boules que Léon vienne se tester dans mes nages, s’amuse encore son oncle. Aujourd’hui, il se rend compte qu’il y a du boulot mais c’est un défi taillé pour lui. Si j’étais spécialiste, vraiment, je serais inquiet."
L'évolution du record du monde
Le record du monde du 400m nage libre a connu plusieurs évolutions marquantes au fil des années. Récemment, Lukas Martens a inscrit son nom dans l'histoire en battant le record le 12 avril dernier à Stockholm, avec un temps de 3'39"96. Il a ainsi effacé des tablettes son compatriote Paul Biedermann, qui détenait le record depuis 2009 avec un temps de 3'40"07.
Christophe Marchand gardait précieusement jusqu’à ce vendredi le record familial du 400m et s’en est vu dépossédé par son neveu.
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Summer McIntosh : une concurrente redoutable
Il est important de noter la performance exceptionnelle de la Canadienne Summer McIntosh. Elle a explosé samedi le record du monde du 400 m nage libre en remportant la course en 3 minutes 54.18 lors des sélections nationales pour les prochains Championnats du monde de Singapour. Après ses titres aux JO de Paris sur 200 m papillon, 200 m et 400 m 4 nages, et en l'absence d'Ariarne Titmus, qui fait une pause cette saison, McIntosh confirme son statut d'attraction pour la prochaine compétition à Singapour.
De plus, Summer McIntosh ne s'arrête plus. La Canadienne a battu mercredi un nouveau record du monde, son troisième en cinq jours, en nageant le 400 m 4 nages en 4 min 23 sec 65 lors des Championnats nationaux à Victoria. McIntosh (18 ans), triple championne olympique à Paris l'été dernier (200 m papillon, 200 et 400 m 4 nages), a amélioré sur 400 m 4 nages son propre record du monde, qu'elle avait établi à 4 min 24 sec 38 l'an passé.
Léon Marchand : un retour progressif
Léon Marchand a effectué sa reprise en nageant le 400 m nage libre en 3 min 52 sec 77 en série du meeting Pro Swim Series de Fort Lauderdale (Floride, États-Unis). Le Français âgé de 22 ans s'est qualifié pour la finale du 400 m nage libre qui aura lieu jeudi après-midi à 19h00 locale (01h00 vendredi heure de Paris). Son chrono du matin (3:52.77) constitue un record personnel mais il n'avait pas disputé de 400 m nage libre depuis janvier 2020 alors qu'il était encore adolescent.
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