Il est bon de tenir compte du passé pour comprendre le présent et mieux appréhender l’avenir. L'histoire des exploits humains et l'évolution des moyens de secours sont intimement liées, nous offrant une perspective précieuse sur la résilience et l'ingéniosité. Parmi les récits marquants de courage et d'endurance, l'extraordinaire descente de la Garonne à la nage par Louis Lourmais en plein hiver 1963, accompagnée et soutenue par sa femme Liliane, s'inscrit comme un jalon fondamental dans l'histoire de la nage en eau vive. Cet événement n'est pas seulement le témoignage d'une prouesse physique et mentale exceptionnelle, mais il illustre également le développement crucial des opérations de secours héliportés de la Protection Civile, qui ont joué un rôle direct dans la sécurité de cette aventure.
Louis Lourmais : L'Homme-Grenouille et Son Défi Glacial sur la Garonne
Louis Lourmais, surnommé « l’homme grenouille », était déjà une figure connue pour ses expéditions aquatiques audacieuses. L’idée lui est venue de partir de Toulouse pour rejoindre Bordeaux à la nage par La Garonne… en plein hiver ! Ce projet, d'une ampleur considérable, visait à parcourir pas moins de 300 kilomètres dans des conditions extrêmes. En février 1963, le nageur de l'extrême se jeta dans les eaux glaciales du fleuve. L'équipage Barthélémio-Jouanny, à bord d'un hélicoptère de type Bell ou Agusta Bell 47G/G2 de la Protection Civile, assurait la sécurité de Louis Lourmais, soulignant l'importance croissante du soutien aérien dans les entreprises périlleuses. Les Archives de « Sud Ouest » ont conservé les traces de cet exploit réalisé en plein hiver 1963 par le couple de nageurs, Louis et Liliane Lourmais.
L'épreuve fut d'une intensité redoutable. Il leur aura fallu cinquante six heures d’effort dans une eau glaciale pour rejoindre Bordeaux. Le calvaire fut décrit avec force détails par les journalistes de l'époque. Louis Lourmais, vaincu par le froid, s’arrêta, une nuit, à La Réole. Le martyre commence à La Réole, à cause d’une combinaison neuve, trop petite, qui obligea « Lou » à s’arrêter et remettre la vieille qui prend l’eau de partout. Face à ces imprévus techniques et les rigueurs climatiques, le nageur fit preuve d'une détermination inébranlable. « Faire 300 kilomètres n’est pas une entreprise tellement facile, mais avec du mauvais matériel en plus… », déclarait-il avant de replonger dans l’eau glaciale de la Garonne.
La progression fut lente et pénible. « Peu après le pont de Langon, franchi à 7 h 30, « Lou » rampait sur l’eau, il ressemblait à un arbre mort flottant au fil du courant », témoignait le journaliste de « Sud Ouest ». La fatigue et le froid laissaient des marques visibles. Louis Lourmais, jambes ankylosées, visage tuméfié par près de quarante heures dans l’eau, « prolongea volontairement son supplice, pendant près d’une heure, en nageant le long de la berge entre deux paquets de roseaux ». Le journaliste le décrivait alors comme « un squale blessé et pris au piège ». À ce moment précis, « l’ingénieur Poudré, transforma l’échappement de l’eau du moteur de la pinasse en geyser d’eau tiède, avec un tuyau de caoutchouc », offrant un répit bienvenu au nageur épuisé. Malgré l'inhumanité de l'effort, le couple de nageurs termina son expédition, en apothéose sous les acclamations de dizaines de milliers de personnes. « Toute proportion de taille gardée, le “Normandie” n’eut pas plus belle entrée dans le port de New York », conclut le journaliste de l’époque, qui décrivait sans modération le calvaire enduré par Louis Lourmais. Cet exploit inspira un jeune Agenais paralysé des deux jambes, répondant au nom de Guy Noël, qui imita l’exploit du couple Lourmais, six ans plus tard.
Liliane Lourmais : La Force Discrète Derrière les Exploits
Derrière la figure imposante de Louis Lourmais, se tenait une femme d'une trempe exceptionnelle : Liliane Lourmais, née Colomb. Son destin, profondément lié à celui de son mari, s'est forgé par une rencontre qui allait tout changer. A CHACUN SA DESTINÉE, Il a suffi d'une rencontre pour que le destin de Liliane Colomb s'accomplisse. En 1948, à la piscine municipale, la Bordelaise Liliane Colomb a rencontré Louis Lourmais. Nageuse championne dès l'âge de neuf ans et très attirée par la plongée sous-marine, Liliane était prédisposée à une vie hors du commun. L'ondine admira aussitôt l'homme-grenouille dont les projets étaient aussi merveilleux que des rêves. Ne parlait-il pas de se rendre au Canada et de se mesurer aux eaux glaciales du Fraser et du Saint-Laurent ? D'étudier la faune et la flore de l’océan Arctique, aux richesses inexplorées, et de prouver que l’organisme humain est capable de vaincre d'aussi redoutables obstacles.
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Le jour où elle est devenue l'épouse de Louis Lourmais, ce jour-là a comblé toutes ses espérances. « Effectivement, nous nous sommes rencontrés en un lieu prédestiné, c'est-à-dire à la piscine municipale de Bordeaux, où je suivais un entraînement régulier, sous la conduite de Roger Dannenhoffer, actuellement à Niort, et qui a manifesté le désir de suivre notre randonnée en Garonne », racontait-elle. Que je sois devenue l'épouse de Louis Lourmais, c'est cela, bien sûr, qui a orienté ma vie. Nous avions une passion commune, nous parlions le même langage. Et ils vivaient sur la même longueur d'onde. « Oui, c'est cela. Mariage et association, voilà les fruits de notre rencontre. »
Devenue Liliane Lourmais, devenue mère de famille, la pensionnaire de la piscine municipale aurait pu, comme tant d'autres femmes de son âge, se replier dans son foyer et tourner le dos à l’aventure. Elle aurait pu rechercher la paix parmi les livres et les fleurs. Mais elle ne s'est pas contentée de suivre son mari dans l'inconnu ou sur le bateau. Elle a aussi épousé ses rêves et son courage, son entêtement et ses combats. Épouse, elle est devenue co-équipière. Femme, elle a affronté les hommes sur leur propre terrain et, non contente de les imiter, a fini par les surpasser. Maternelle et sentimentale, elle affrontait les Hommes sur leur propre terrain. Fille du soleil, elle rêvait de prospecter avec son mari l’Océan Arctique. Frileuse, elle plongeait pourtant dans les eaux glacées des fleuves canadiens. Si l'on rencontrait Liliane Lourmais dans une rue de Bordeaux, on aurait peine à croire que cette femme souriante, à la taille et aux mensurations moyennes, est celle-là même qui nageait alors dans les eaux boueuses et agitées de la Garonne, quelque part du côté de Langon. À chacun sa vérité. Celle de Liliane Lourmais méritait et mérite toujours de la considération !
Liliane ne se contentait pas d'être une présence. « Non seulement vous accompagnez partout votre mari, mais vous participez, en effet, avec lui. Vous avez descendu ses côtés, pendant une partie du parcours, le Fraser, le Saint-Laurent et le Rhin. Et vous allez en faire autant, de Tonneins à Bordeaux », lui fut-il dit en interview, avant l'exploit de la Garonne. Au début, elle ne s'imaginait pas en pareille compagnie. Et puis, ce qu'accomplissait son mari a fait naître en elle un grand bonheur. « Je me suis dit : « Il faut que je l'aide de toutes mes forces. Il a besoin de moi, de ma présence », et c'est ce sentiment qui a prévalu. J'ai donc continué à m'entraîner, à suivre la compétition. Et j'ai été comblée… »
Malgré une nature frileuse, Liliane a affronté les eaux glacées. « Frileuse, ça je le suis. Je suis une fille du soleil. On ne change pas, n'est-ce pas ? Oui, ça a été dur pour moi, et ça l'est encore, alors, ces plongées dans les eaux froides. On souffre, vous savez ! Le corps garde ses réserves de chaleur pendant les trois premières heures de nage, mais après, gare ! On claque des dents. Alors, vous voyez… » Interrogée sur le fait qu'il serait plus simple pour elle de rester au foyer, auprès de ses deux filles, elle répondait avec conviction : « Alors là, mon mari peut en témoigner, jamais, peut-être, une mère ne s'est occupée autant que je le fais de mes enfants. Mes filles nous suivent partout, absolument partout. L'aînée, Patricia, âgée de treize ans, est née à Paris. La cadette, Joëlle, âgée de six ans, a vu le jour au Canada. Les deux parlent couramment l'anglais et trouvent dans leurs voyages une réelle source d'enrichissement. Patricia plonge déjà avec facilité et Joëlle l'imite bientôt. Tenez, vous pouvez le dire à cette dame, mon problème essentiel, ce n'est pas de franchir un barrage ou de lutter contre le froid dans les eaux d'un torrent, mais de bien éduquer mes enfants, jour après jour… »
Son rôle était également celui d'une co-équipière stratégique. « Le but à atteindre, nous le connaissons ; les moyens pour atteindre ce but, nous les connaissons aussi. Il n'y a, entre nous, ni divergence profonde ni différence de conception. Au fond, c'est cela qui est merveilleux, mon mari et moi nous nous considérons comme deux coéquipiers. Simplement, mon mari a l'idée, très souvent, de telle ou telle entreprise. L'idée vient de lui. Je n'ai plus qu'à le suivre… » Sa confiance en Louis était absolue. « Inquiète, non. J'ai une confiance absolue dans ses possibilités. Je le connais, je sais jusqu'où il peut aller. » Elle se souvenait d'un moment critique lors d'une tentative dans le Saint-Laurent, où Louis avait été obligé de s'arrêter, une première fois à Trois-Rivières, pendant quatre heures, puis à Cap-Santé, à quarante-cinq milles du pont de Québec. « Et ça, c'est terrible. S'arrêter, c'est terrible, parce qu'il faut repartir. Les Canadiens pensaient qu'il ne repartirait pas. Mais moi, je savais qu'il repartirait. Je suis même repartie avec lui… »
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Liliane Lourmais prouvait la capacité des femmes dans ce domaine. « Oui, je me mets à l'eau. J'ai fait ça pour répondre à une objection. On me disait : « Vous ne pouvez pas. Une femme ne peut pas. » Alors, j'ai voulu prouver le contraire. Et puis, peu à peu, me grisant peut-être, j'ai rêvé de l'exploit personnel. » À Montréal, un policier canadien détenait, avec vingt-quatre heures, le record mondial de l'immersion. Liliane pensa qu'elle pouvait mieux faire. Elle a essayé ; elle a réussi. Avec trente heures, elle détenait encore, au moment de l'interview, le record mondial. Le secret, selon elle, était simple : « Les femmes dépensent moins d'oxygène sous l'eau que les hommes ; elles respirent plus calmement. Tout le secret est là… »
Elle décrivait son rôle précis durant la nage : « Lorsque mon mari démarre, j'aime voir comment ça se présente, quelles sont les difficultés. Au début, je reste donc dans le bateau. Je sais quand mon mari a besoin de moi. Nous correspondons par signes. Je sais quand il a faim et qu'il doit être ravitaillé. Ce sont des moments très importants. » Elle précisait que la nourriture ne posait pas de problème en soi. « L'important, c'est le moment où le nageur s'arrête pour manger et où il casse son rythme. Il faut faire vite, car l'engourdissement risque de tout paralyser. Il est donc indispensable que je sois là. Mon mari est habitué à mes gestes, à mes réflexes. Je sais qu'à telle heure, il doit avaler une pilule, à telle heure un peu de miel… » Vers la fin du parcours, elle reprenait la nage. « Et, à la fin, si je nage à ses côtés, c'est pour le stimuler. Oui, c'est plus sentimental qu'autre chose. Les soixante derniers kilomètres sont vraiment les plus durs. » En nageant ainsi, auprès de son mari, on songeait à un tas de choses, à l'accueil qui les attendait, aux dernières difficultés. Et surtout, surtout, comme disait son mari, on pensait à l'écurie, aux dernières brassées, aux derniers mètres. On pensait, on pensait, mais on n'avait pas envie d'être bavard !
Quant à l'approbation de leur mode de vie, des amies, Liliane n'en avait presque pas. Par contre, elle recevait de nombreuses lettres d'encouragement et des femmes lui écrivaient pour lui demander des conseils au sujet de la plongée. Des hommes l'avaient félicitée, et parmi eux, le docteur Bombard, ce qui l'avait rendue très sensible à ses compliments. À celles qui lui écrivaient, elle conseillait : « Prouesses, c'est beaucoup dire. Ce que je fais est à la portée de beaucoup de femmes. » À l'étonnement de son interlocuteur, elle insistait : « Ai-je l'air d'un colosse ? » Elle expliquait l'importance de bien dormir avant et bien dormir après l'effort, et, quand on nage, de nager avec un rythme régulier, d'un cycle de bras toujours le même. Pour la descente de Toulouse à Bordeaux, son mari allait effectuer quelque 125 000 cycles de bras, elle-même un peu moins. « Les qualités physiques, cela importe peu. Ce qui compte, c'est d'abord l'entêtement, la volonté de réussir, d'aller jusqu'au bout. Mon mari est Breton et il m'a inculqué cette volonté de gagner la partie quand on a décidé, une fois pour toutes, de s'aligner au départ. La volonté et ensuite l'équipement. Un bon équipement. »
Elle détaillait leur équipement de pointe : « D'abord, sur la peau, un collant en « Rhovil », qui empêche l'irritation et combat les rhumatismes. Ensuite, un vêtement isothermique normal de plongée en caoutchouc mousse. Le dernier modèle portait d'ailleurs le nom de mon mari. Enfin, par-dessus, un troisième vêtement en caoutchouc mince, destiné à éviter une trop grande infiltration d'eau. Enfin, bien sûr, en plus du masque, les gants et les palmes. Je crois que la panoplie est complète. » Elle démystifiait l'étanchéité de ces combinaisons. Les gens pensent, en effet, que cette carapace est absolument étanche. « Qu'ils viennent nous voir, à l'arrivée ! L'eau sort de partout. Et quand elle est à -2 degrés centigrades, comme celle du Saint-Laurent… » C'est pour cela que ce qu'ils faisaient n'était pas à la portée de tout le monde. D'autres qu'eux auraient laissé leur peau dans la Garonne. Les médecins, à chaque fois, étaient stupéfaits. Ils avaient beau les examiner sous tous les angles, ils ne découvraient rien d'anormal. Pas de pneumonie, pas d'angine. Et le cœur battait normalement. Les toubibs leur disaient parfois : « Vous devriez être morts. » Et c'est là que son mari triomphait.
Le grand projet de Louis Lourmais, soulignait-elle, était de descendre dans l'océan Arctique pour inventorier ses richesses naturelles, qui sont colossales. Son idée-force était que l'homme devait devenir le fermier de la mer. Alors, il voulait prouver que l'organisme humain s'accommodait de ces difficultés tout à fait particulières. Ce combat hors série leur imposait une certaine règle de vie et sans doute aussi des sacrifices. Mais elle affirmait que tout cela était compatible avec la coquetterie féminine. « Si vous voulez parler du régime alimentaire, pas de problème : je mange ce qui me fait plaisir. J'ai d'ailleurs un gros appétit et ne me prive de rien. Pour le reste, je me trouve à l'aise dans la vie que j'ai choisie. Les dix années que nous avons vécues au Canada ne nous ont laissé que de merveilleux souvenirs. L'essentiel, pour une épouse, est de concilier son rôle de femme et de mère. J'y suis parvenue. Entre mon mari et moi, mes enfants et moi, l'intimité est toujours préservée. Nous adorons la musique et la peinture. Nous peignons souvent. Entre deux plongées… »
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Elle se souvenait d'une seule surprise désagréable : une fois, lorsqu'elle avait tenté, avec son mari, l'opération de l'île de Sein-Quimper, à mi-parcours, elle avait eu un évanouissement. Le coup dur, quoi… Quant aux voyages interplanétaires, elle pensait que c'était aussi bien tentant, mais qu'on ne pouvait pas tout avoir en même temps, qu'il fallait être raisonnable. Interrogée sur le caractère raisonnable de nager, en février, de Tonneins à Bordeaux, sans s'arrêter, comme ils le projetaient, elle reconnaissait : « Entre nous, je crois que ça va être très dur, plus dur que l'opération « Rhin 0 degré ». Cette histoire de mascaret nous préoccupe et puis voilà que les eaux montent. Nous vous donnons tout de même rendez-vous à Bordeaux, dimanche, disons dans la soirée. Vous voyez, je ne précise pas l'heure. »
L'Essor des Secours Héliportés : Un Soutien Indispensable
L'exploit de Louis Lourmais sur la Garonne ne peut être dissocié du contexte d'évolution rapide des technologies de secours et de l'engagement croissant de la Protection Civile. Un hélicoptère suivait le nageur ! Les années 56-57 furent une époque charnière, plusieurs évènements survenant en même temps, marquant un tournant décisif dans l'utilisation des aéronefs pour le sauvetage. L’hélicoptère en version sanitaire faisait des merveilles, tout d’abord au cours de la guerre d’Indochine, sous l’influence du Médecin-Général ROBERT assisté du capitaine Alexis SANTINI et du Médecin-Pilote Valérie ANDRÉ. Ces expériences de terrain ont prouvé l'efficacité de l'hélicoptère dans des missions de sauvetage et d'évacuation, incitant les autorités à étendre ces capacités au-delà des contextes militaires.
C'est dans cette dynamique qu'au cours des années 56/57, furent créées les trois premières Bases Protection civile équipées d’hélicoptères de type "Bell ou Agusta Bell 47G/G2". Ce fut tout d’abord PARIS en mai 1956. Les Sapeurs-pompiers de Paris étaient particulièrement enclins à étudier toutes les possibilités de l’hélicoptère à participer aux opérations de secours. L'ambition était de maximiser l'utilité de ces appareils novateurs. Les Unités de Gendarmerie et de C.R.S. participaient également à cette modernisation, notamment à la création du Centre de formation au secours en montagne des C.R.S.
L'évolution du matériel et des infrastructures fut continue. En été 1961, l’emplacement de l’ancienne gare de Lacanau-Océan fut aménagé pour recevoir tout d’abord le BELL G2, concrétisant l’idée d’installer un poste à Lacanau-Océan durant la saison estivale. À proximité immédiate, on installait le véhicule de maintenance, la pompe et les fûts d’essence de 200L, assurant l'autonomie nécessaire aux opérations. Cet appareil affecté était muni d’une civière extérieure à droite et d’un panier porte-charge à gauche contenant une échelle de corde et un canot pneumatique. Ces équipements polyvalents offraient des capacités de sauvetage variées. Il lui serait également possible de récupérer des personnes en détresse au moyen d’une échelle de corde et de larguer un Maître-nageur au plus près des baigneurs en perdition. Un exemple des premières interventions illustre la complexité de ces opérations : arrivé sur les lieux, au large de l’île CAZEAU, le mécanicien jette l’échelle de corde à un homme, mais ce dernier, croyant bien faire, en fixe l’extrémité sur son embarcation. Sans la possibilité de remédier à ce problème autrement, le mécanicien descend le long de l’échelle pour libérer l’hélico et récupérer ensuite le pêcheur, démontrant l'ingéniosité et le sang-froid requis.
L'innovation ne s'arrêta pas là. Dès 1935, avec la mise en œuvre des premiers autogires en France, la possibilité de rester en position stationnaire était déjà exploitée, prélude à la révolution du treuil. Puis apparurent les premiers treuils, transformant radicalement les capacités de récupération. Ce fut le cas sur un appareil issu du Bell G2 immatriculé F-BHMG, agrandi et transformé, pour devenir le BELL J2 en 1961. Un seul exemplaire fut acheté et testé à la Protection civile, un investissement pour l'avenir. Le F-BHMG, cassé à Bernay, sera reconstruit et modifié en J2 via Agusta Bell n°2006 sur chaîne, en Italie. Après un crash, suite à une panne moteur en mai 1962, il sera reconstruit en 1963. Cette année-là, le détachement de Quimper devient Base au mois de juin, signalant l'expansion du réseau de secours.
La Base de Bordeaux, créée en 1962, a rapidement bénéficié de ces avancées technologiques. Mis au standard en version J3 en avril 1964, le F-BHMG, sous sa nouvelle forme, part pour la Base de Bordeaux et remplace le Bell 47 G2, marquant une amélioration significative de la flotte locale. Le premier sauvetage en mer avec cet appareil eut lieu le 14 juillet 1964 sur Lacanau, une date symbolique pour les opérations de secours maritimes. L'appareil eut une vie opérationnelle complexe : 1967 vit le retour du J3 sur remorque à Paris, puis de nouveau, un retour sur Bordeaux.
Ce BELL J3 vola pendant des années en limite de température à cause d’une anomalie d’application du protocole d’entretien concernant le radiateur de refroidissement. Ce problème obligea les mécaniciens à aménager un système de déflecteur (fabriqué par Dassault) et à déposer quelques capots de protection surtout par fortes chaleurs. Cet appareil marqua néanmoins une transition entre l’échelle de corde et le treuil électro-pneumatique de l’Alouette II. En effet, il était équipé d’un moteur électrique avec câble de 15 m, installé à l’intérieur de la cabine et un système de trappe. Le mécanicien déclenchait la fonction "marche-arrêt" du moteur et demandait au pilote la "montée-descente" en l’informant du positionnement, une chorégraphie délicate mais efficace. Cependant, des incidents jalonnèrent l'existence de ces appareils pionniers. Plusieurs pannes moteur eurent lieu, avec le pilote Barthélémio, en phase de décollage, un pilote de Quimper en treuillage et Chazeaud-Jouanny qui furent contraints de se poser après un arrêt moteur en vol sur la commune de Sainte-Hélène en Médoc le 5 février 1968. Exprimant leurs inquiétudes auprès de la Direction de devoir voler en zone maritime sans équipement de flottabilité de secours, il leur fut répondu que cet appareil était muni d’une poutre de queue carénée et que, par conséquent, en cas de problème la flottabilité serait assurée ; ce qui bien sûr, n’avait jamais été prouvé. L’achat des Alouette II, pour renouveler la flotte et faire évoluer le Groupement avec la création de nouvelles Bases, ne se fit pas sans polémique. L’investissement financier fut souvent revendiqué par d’autres administrations en mal de développement. Tous les pionniers du secours héliporté de la Protection civile se sont efforcés de prouver le bien-fondé de leur vocation, démontrant une vision et une persévérance exemplaires. Quelques images du Bell 47 J3 F-ZBAH décollant de l’Île d’Ouessant en décembre témoignent de l'engagement constant de ces équipes. Qui s'en souvient ?